Une fin de mandature sur un mode agricole offensif

Patricia Olivieri

Lors de la dernière session de la mandature, les élus consulaires ont clairement dénoncé l’impact pour l’agriculture du futur tracé de la RN 122 au sud d’Aurillac.

On s’attendait pour la dernière session de la Chambre d’agriculture de la mandature à un bilan détaillé des actions conduites par la compagnie consulaire. Bilan il y a bien eu mais la réunion des élus professionnels a pris vendredi la forme inattendue d’un appel à la fronde sur un volet qui, jusqu’alors, avait plutôt fait l’objet de compromis : celui de l’aménagement foncier et en l’occurrence de l’impact de la déviation de Sansac-de- Marmiesse et du raccordement du futur tracé de la RN 122 au contournement sud d’Aurillac. “Aujourd’hui, nous en sommes encore à la méthode douce mais il va falloir être beaucoup plus visible. Il faut clairement une révolte des agriculteurs”, a lancé Louis-François Fontant, des plus offensifs à la veille de quitter la présidence. La méthode douce, c’est-à- dire une motion par laquelle la Chambre d’agriculture s’oppose clairement à la mesure compensatoire de restitution d’espace forestier proposée par la Dreal Auvergne (autorité environnementale) et qui impose de recréer 14 ha de milieu forestier sur un secteur agricole restreint et à forte valeur agronomique. Quatorze hectares amputés qui viendront s’ajouter aux 10 ha déjà sacrifiés par le tracé.

L’unanimité a été de mise sur les motions présentées lors de cette dernière session de mandature.

De “pseudos” enjeux écolos

“Les agriculteurs de ce secteur en ont marre. Il y a deux jeunes agriculteurs dont le système est sans cesse sur le grill et qui sont désespérés ! a témoigné André Carsac, exploitant à Bargues et confronté aux projets d’aménagement successifs dans cette zone. On veut bien développer la ville et le bassin d’Aurillac mais pas à n’importe quel prix. On est révolté, on ne signera rien du tout dans ces conditions.” “Il ne peut y avoir compromis que si il y a respect à la même hauteur des différents acteurs, a enchaîné Louis-François Fontant. Là, on a le sentiment que les agriculteurs sont passés pour quantité négligeable pour de pseudos enjeux environnementaux qui ont bon dos.” Une intervention qui en a appelé moult autres, reflétant l’exaspération qui règne dans les rangs de l’agriculture cantalienne face à des exigences faisant passer la cause écologique avant la survie des exploitations, a dénoncé Patrick Bénézit avec virulence. “Est-ce que la forêt vaut mieux que la prairie ? a interrogé le président de la FDSEA. C’est un exemple de plus de la surenchère que nous avons eu pendant des années quel que soit le gouvernement en place pour séduire toute une partie de gens qui n’ont plus les pieds sur terre !” D’autant plus inadmissible que, selon les chiffres présentés en Commission départementale de consommation des espaces agricoles (CDCEA), sur les 540 ha cantaliens qui sortent chaque année de l’agriculture, les deux tiers (360 ha) deviennent forêt, le reste est artificialisé.

Éviter la ghettoïsation

Une double peine tout aussi inacceptable pour Michel Teyssedou qui a plus globalement alerté sur le risque de ghettoïsation de l’activité agricole dans des régions du département où “l’interdiction urbaine sera la règle” dans le cadre de la mise en œuvre de la loi sur les Scot (schéma de cohésion territoriale). Et le maire de Parlan de juger que la Chambre d’agriculture va avoir un rôle éminent à jouer sur ce dossier pour éviter que la “concentration urbaine nuise aux exploitations  périphériques”. Certains évoquant déjà le cas de l’extension de la zone d’activités de Vic-sur-Cère qui va “consommer les 15 meilleurs hectares du département !” Au terme de ces échanges, la compagnie consulaire a donc adopté à l’unanimité - un fait rare en période pré-électorale - cette motion demandant que soient examinées au plus vite des mesures pour limiter et compenser ces impacts agricoles (réaménagement foncier, rétablissement des accès et cheminements...) et que ce projet soit soumis à la CDCEA. Motion qui sera déposée au commissaire enquêteur dans le cadre de l’enquête publique en cours. Et nul doute que dans les prochains mois ou semaines, d’autres initiatives soient prises sur le terrain. Dans la foulée, avec la même unanimité, une autre motion - sur le dossier tout aussi sensible des biens de section qui ont fait l’objet d’une récente proposition de loi adoptée au Sénat - a été votée pour demander que la communalisation de ces biens ne s’effectue que “dans les cas particuliers qui s’avèreraient nécessaires du point de vue de l’intérêt général”, qu’ils gardent leur vocation agricole et qu’ils soient mis à disposition des agriculteurs. Un dossier sur lequel des élus de la Chambre d’agriculture devaient s’entretenir lundi avec une délégation de l’Association des maires.

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.

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