Une manifestation qui fait du bruit

Jean-Philippe Arnaud

Les agriculteurs de Moisdon-la-Rivière ont pris quelques mesures de précaution pour empêcher la tenue de la rave-party, en épandant par exemple du lisier aux abords du site initialement choisi.
Les agriculteurs de Moisdon-la-Rivière ont pris quelques mesures de précaution pour empêcher la tenue de la rave-party, en épandant par exemple du lisier aux abords du site initialement choisi.

La décision du préfet d’interdire la rave-party prévue à Moisdon-la-Rivière du 27 au 29 septembre dernier a été accueillie avec soulagement. Mais les inquiétudes ne se sont pas dissipées pour autant.

Saisi par la FNSEA 44, JA 44 et leurs responsables cantonaux (voir édition Loire-Atlantique Agricole du 20 septembre 2013), le préfet de Loire-Atlantique a finalement interdit la rave-party prévue du 27 au 29 septembre à Moisdon-la-Ri­vière. Mais les inquiétudes ne se sont pas dissipées pour au­tant, les organisateurs ayant rapidement convenu de maintenir la manifestation malgré son illégalité.

Mesures de précaution

Après une première réunion le 16 septembre qui a confirmé la nécessité d’écrire au représentant de l’Etat, les agriculteurs du secteur se sont à nouveau retrouvés une semaine après. Cette fois-ci, il était question de prévoir des me-sures de précaution pour éviter une installation sauvage de la rave-party. La décision a donc été prise collégialement d’épandre lisier et fumier en bordure de la parcelle prévue initialement. « Même si le préfet interdit le Multisons, comment s’assure-t-il que sa décision est respectée », interroge Mickaël Hu­neau, président de Jeunes Agriculteurs de Moisdon ? « Sans certitudes sur la tenue ou non de la rave-party, nous avons pris les devants ».

Le jeu du chat et de la souris

Le vendredi 29 septembre de-vant être le jour d’ouverture de la rave-party, la vigilance était donc de mise. D’autant plus que des centaines de véhicules ont convergé vers le parking d’un supermarché à Nozay, en début de soirée. Les agriculteurs de Moisdon, ac­compa-gnés de ceux de Nozay qui redoutaient de voir affluer des milliers de personnes, ont donc assuré une surveillance active des déplacements. « Nous a-vons suivi les véhicules qui partaient en éclaireur dans dif-férents endroits », explique Mickaël Huneau. « Certains se sont retrouvés à la mine d’Abbaretz par exemple. Mais les gendarmes les ont délogés, sans attendre qu’ils soient rejoints par tous les autres ». Ce manège a duré toute la soirée mais a bien fonctionné puisque tous les véhicules stationnés à No-zay ont quitté les lieux aux alentours de minuit, en s’éloignant du secteur.

Bilan

Le plan élaboré à Moisdon-la-Rivière a été efficace mais a nécessité beaucoup d’énergie de la part des agriculteurs. « Tout le monde est content d’avoir évité que cette rave-party ait lieu chez nous », souligne Mickaël Huneau. « Les agriculteurs et les autres riverains sont satisfaits de notre mobilisation. Mais je ne comprends pas que nous soyons obligés d’en arriver là. Surtout que cela ne fait que reporter le problème ailleurs. Il y a certainement des terrains en France où il n’y a pas une habitation à dix kilomètres aux alentours, et qui seraient par conséquent plus appropriés : pourquoi l’État ne propose pas de solutions aux organisateurs de ce type de manifestation  ?  » Si cette question ne trouve pas de réponses, le problème risque de se poser chaque année.

La rave-party a eu lieu À Guenrouët

Bien qu’interdite, la rave-party a quand même eu lieu. C’est à Guenrouët qu’elle s’est installée au dernier moment, en plein milieu de la nuit de vendredi à samedi. « C’est déjà la quatrième fois en quinze mois qu’une telle manifestation a lieu dans le secteur », explique Sacha Brunner, l’éleveur dont la parcelle a été envahie illégalement. « Mais contrairement aux fois précédentes, ni le propriétaire, ni moi n’avons été informés et encore moins donné notre autorisation. J’ai d’ailleurs refusé l’argent proposé par les organisateurs en dédommagement car je ne cautionne pas cette manière de faire. Nous avons pensé épandre nous aussi du lisier autour du site mais il était trop tard pour agir : ils étaient déjà des centaines sur place quand nous avons été informés. Nous l’aurions fait si nous avions su plus tôt que la rave-party aurait lieu ici. Nous l’avons donc subi, sans pouvoir agir. Mais je regrette une chose : les forces de l’ordre ont été incapables d’empêcher l’accès ou d’évacuer le site. C’est scandaleux de nous avoir laissés dans cette situation ».

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