Une transmission clés en mains

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Une transmission clés en mains

Avant de reprendre la ferme de Daniel Sourzat, Olivier de la Borderie a travaillé un an à ses côtés. Une transition en douceur, réalisée grâce à un Contrat emploi formation installation (Cefi).

Quand il découvre la ferme de Peyrelevade, en mars 2010, Olivier de la Borderie a le coup de foudre. Ses bâtiments aux murs de pierre, son troupeau de 500 brebis croisées, ses bois défiant le vent qui balaie le causse de Martel... « C’est celle-là qu’il me faut ! », se dit-il. Après trois ans de salariat en élevage, «je voulais gérer ma propre exploitation », se souvient le jeune agriculteur. Un dynamisme qui a plu à Daniel Sourzat, l’ancien gérant de cette Earl basée à cressensac, à la limite entre lot et corrèze. Depuis avril 2012, olivier gère seul les 120 ha de terres, le troupeau ovin et l’atelier porcin. Une transition opérée en douceur grâce à un contrat emploi formation installation (cefi). Pendant un an, le futur agriculteur, payé par le conseil régional de Midi-Pyrénées, a travaillé et appris aux côtés de Daniel. Essayer avant d’adopter, en somme. Réservé aux installations hors cadre familial, cet outil permet aux porteurs de projets de se familiariser avec le métier d’agriculteur. Olivier, lui, savait ce qu’il voulait. Bien qu’originaire des Yvelines, il n’avait rien du parigot qui débarque à la campagne. « Je suis venu à l’agriculture par le biais du cheval. C’est ma passion, j’en fais depuis que j’ai 7 ans. » En 2006, il décroche son BTS productions animales à Guingamp (côtes-d’armor). c’est là qu’il découvre l’élevage ovin. Cette production l’attire par ses marges de progression technique et parce qu’elle nécessite « moins d’investissements qu’un élevage bovin ». il enchaîne avec un certificat de spécialisation ovin au cFPPa de Bellac (Haute-Vienne). Un diplôme qu’il obtient en alternance en travaillant dans un élevage. Cet amoureux des animaux continuera à y travailler trois ans durant.

La greffe a pris

À la recherche d’une ferme à reprendre, olivier prospecte en limousin, puis dans les départements limitrophes. il découvre l’offre de Daniel Sourzat via le répertoire départemental à l’installation (rDi). La chambre d’agriculture du lot lui propose ensuite de signer un cefi. Le futur agriculteur sait bien que «l’expérience du salariat ne fait pas tout ». ce contrat de formation lui laisse le temps de se familiariser avec le contexte local. «Ici, les sols sont très caillouteux. Quand il fait chaud en été, plus rien ne pousse», explique l’éleveur. rien à voir avec les verdoyantes prairies du limousin. «C’est pour ça que je cultive de la luzerne, qui a besoin de peu d’eau.» l’exploitation est toutefois autonome en fourrages et céréales. Autre avantage du cefi : « Je me suis intégré, j’ai fait connaissance avec les voisins. Ils étaient très accueillants, surpris de voir un hors cadre s’installer, mais pas inquiets. » Trois ans plus tard, la greffe a pris. Nommé membre du bureau de la cuma de cressensac, l’agriculteur de 27 ans projette d’acheter une presse avec deux voisins. Côté élevage, une année n’est pas de trop pour appréhender la conduite du troupeau mise en place par son prédécesseur. Coïncidence : à l’image de ses origines franciliennes, les 500 brebis d’olivier sont issues d’un croisement entre des brebis causse du lot et des béliers Île-de-France. Baptisées F1-46, elles sont de nouveau croisées avec un bélier berrichon. «Le troupeau est divisé en trois lots avec des agnelages en février, en juillet et en novembre. Chaque brebis donne trois agneaux en deux ans.» un étalement de la production qui lui permet de profiter de la montée automnale des prix de l’agneau (7€ le kilo contre 5,5€ au printemps). Livrée à la coopérative capel, la production est valorisée par le label rouge agneau fermier du Quercy.

Une transmission clés en mains

Une exploitation pensée pour une personne seule

Olivier a aussi eu la chance de tomber sur une exploitation « organisée pour qu’une personne puisse y travailler seule ». Une orientation prise par Daniel après le décès de son père. Très attaché à sa ferme, le jeune retraité s’avoue « soulagé de ne pas avoir démantelé la ferme, ce qui aurait pu créer des jalousies entre voisins ». L’année de transition du cefi lui a permis de réduire son activité en douceur. Et d’être sûr de la personne à qui il lègue le fruit de son travail.  Pour que la transmission fonctionne, repreneur et cédant doivent évidemment partager le même état d’esprit. Olivier était le sixième candidat. « Certains n’avaient pas imaginé la charge de travail, un autre voulait tout changer pour élever des canards…», se souvient Daniel. Avec le jeune francilien, «le courant est passé, explique-t-il. Un an à travailler ensemble, ça facilite les choses…» le cefi constitue ainsi un complément pertinent au parcours à l’installation. Même si, pour l’ancien agriculteur de 62 ans, «les aides aux JA ne sont plus adaptées aux investissements d’aujourd’hui ». Son repreneur a emprunté 135000€ pour démarrer.

Se diversifier pour une deuxième installation

Désormais simple voisin, Daniel répond toujours présent pour donner un coup de main. «Il m’arrive de donner des conseils à Olivier, mais c’est lui qui gère. Je ne contesterai pas ses décisions. » Quand le jeune éleveur lui a confié son envie d’ouvrir une pension pour chevaux, il lui a répondu : « Fais ce que tu veux, tant que tu en tires un revenu ! » L’exploitation était déjà équilibrée entre ovins (75% du chiffre d’affaires) et porcs. Cet atelier d’engraissement en intégration fournit complément de revenu et matière organique. la nouvelle diversification dans l’équin permet de valoriser des terres peu productives et proches du siège de l’exploitation. Tout en se basant sur des ressources locales : le foin produit par olivier ainsi que des copeaux de bois issus d’une scierie proche (pour la litière). Le projet a tout de même nécessité 40 000€ d’investissements en bâtiments. Cinq boxes sont pour l’instant loués. Quand l’ensemble des places (11 en tout) le seront, l’activité devrait permettre à Lucile, la compagne d’Olivier, de s’installer à son tour.

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