Vers des importations massives : grogne des producteurs

Guillaume de Werbier

« Nous devons porter une attention particulière sur une politique de prix. L’export est le moyen de maintenir une filière dynamique », assure Jean-Pierre Fleury, secrétaire général de la FNB.
« Nous devons porter une attention particulière sur une politique de prix. L’export est le moyen de maintenir une filière dynamique », assure Jean-Pierre Fleury, secrétaire général de la FNB.

Réunion interrégionale de la Fédération nationale bovine vendredi dernier à Nantes. En toile de fond de la rencontre, les baisses de prix payés aux producteurs, et un accord de libre-échange à venir entre l’Union européenne et le Canada.

«Quelle production de viande bovine voulons-nous demain dans notre pays ? Quelle politique agricole pour le secteur spécialisé, dans un con-texte français, européen et mondial qui est très complexe ? », se demandait Pierre Chevalier, président de la FNB, à l’entame de la réunion qui rassemblait producteurs et représentants syndicaux des Pays de la Loire, de Bretagne et de Poitou-Charentes. Un territoire qui a la plus forte production de viande bovine et le plus fort taux d’abattage en France.

Depuis le milieu de l’année, les producteurs de viande bovine connaissent des baisses de prix, accentuées depuis trois semaines par une pression des entreprises de l’aval. « Il y a de fortes baisses sur les femelles », note Guy Hermouet, vice-président de la FNB. « Elles ne s’expliquent pas forcément. Le niveau d’abattage est assez important. »

Le producteur vendéen note qu’il y a moins d’export sur pays tiers. « L’Italie et la Grèce sont plus difficiles, mais depuis trois semaines, le marché italien a repris 0,15 €. Pourquoi, nous, a-t-on baissé de 0,15 € ? Des entreprises françaises ont aussi baissé les prix de 0,40 € sur les avants en Grèce. Rien ne le justifiait ! C’est seulement une histoire de concurrence entre elles. Les producteurs ne vont pas pouvoir tenir longtemps. A ce rythme-là, la viabilité de nos exploitations va en être fragilisée. »
Autre mouvement de fond pas réjouissant, les importations, celles destinées entre autres à la restauration hors domicile, augmentent. Constat confirmés ces derniers mois, lors d’action coup de poing des éleveurs dans des enseignes Mc-Donald’s et Métro, où il y a pour les unes 70 % de viande d’importation (d’Irlande, d’Italie…), et 60 % pour les autres. Pour Guy Hermouet, il faut continuer les actions auprès de la grande distribution (70 % de viande d’importation dans certains magasins de la région parisienne). « Des enseignes doivent revenir autour de la table pour en parler. C’est par la pression qu’on gardera des marchés. »

En 2012, la baisse de la production était de - 200 000 naissances. Voilà qui n’aide pas davantage la filière ! « Si on n’arrive pas à avoir un équilibre entre le prix du maigre et le prix de l’engraissement, et des prix rémunérateurs pour l’ensemble, ça n’ira pas. Actuellement, le prix du maigre est au-dessous des prix de production. Pour garder notre filière, il faut aller chercher la valeur ajoutée à la vente. »

Ouverture des marchés inquiétante

Les négociations internationales préoccupent aussi les éleveurs, comme notamment les accords de libre-échange qui pourraient voir le jour entre le Canada et l’Union européenne, qui prépareraient ceux qui seraient passés ensuite entre l’Europe et les États-Unis (pouvant aller jusqu’à 300 000 t). A cela s’ajoute le Brésil qui commence à venir frapper à la porte de l’Europe avec des accords bilatéraux… « Cette ouverture de marchés nous apportera des viandes qui n’ont pas les mêmes cahiers des charges que les nôtres, tant au niveau sanitaire qu’environnemental et social. Il ne faudrait pas que par manque de réalisme, la filière soit fragilisée comme c’est le cas pour d’autres produits carnés de cette grande région. »

« La priorité aujourd’hui, c’est de reconquérir le marché intérieur », juge Jean-Pierre Fleury, secrétaire général de la FNB. « On doit passer d’une stratégie d’opportunisme de la filière à une stratégie de durabilité ». Sans quoi effectivement, le manque de lisibilité pourrait plomber dans les années à venir le taux de renouvellement dans les exploitations. « Quand on aura réglé le problème du revenu, on aura réglé une grande partie celui de l’installation et celui du coût du capital engagé / ha », estime Jean-Pierre Fleury. « Le mode de financement des installations est aussi à prendre en compte », ajoute Christiane Lambert, première vice-présidente de la FNSEA. « Il faut se poser la question des capitaux extérieurs. »

« Dans notre région, on va être confronté à une concurrence entre les productions, sur l’utilisation du foncier notamment », rappelle Mickaël Trichet, président de la section viande bovine de la FNSEA 44. « Le réel problème sera celui de la rentabilité. Le vrai partenaire sur nos exploitations, c’est le banquier, à qui il faut de la lisibilité et l’assurance que les agriculteurs valoriseront bien leur produit. Il faut donc que la filière s’engage. Une sécurisation, via la contractualisation d’une partie de nos produits, donnerait un gage de confiance. »

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