Viande bovine : Des marges de progrès et d'innovation à explorer

Patricia Olivieri

Invité de l'association d'éleveurs, l'industriel Laurent Spanghero a présenté le projet Viandes d'Auvergne Premium et incité les éleveurs à une plus grande compétitivité.

À l'heure où le monde agricole est plus que jamais en quête de lisibilité et de certitudes, les interventions - à une semaine d'intervalle dans le Cantal - de deux figures nationale et européenne de la filière bovins viande ont de quoi rassurer de part leur convergence, du moins sur les perspectives de la demande mondiale en viande bovine. Comme Pierre Chevalier (président de la FNB) avant lui, l'industriel français Laurent Spanghero, par ailleurs président de l'Union européenne du commerce du bétail et de la viande, a en effet exprimé vendredi, devant l'assemblée générale d'Elvea, son intime conviction que l'Europe va avoir besoin de produire davantage de viande. “La production globale a diminué de quelques pourcents en Europe, de même que nos exportations qui se sont réduites en 2009 de 15 %. Par contre les importations ont continué de progresser”. Une croissance des importations qui n'est pas sans inquiéter celui qui engraisse lui-même plusieurs centaines de bovins.

Le “grenier à viandes” s'estompe

“On pensait que l'Amérique du Sud serait un grenier à viande, mais les éleveurs argentins ont constaté qu'il valait mieux retourner des prairies et planter du soja”. Quant au Brésil, il pourrait bien, selon l'industriel ariégeois, revoir à la baisse ses ambitions exportatrices du fait d'une demande intérieure croissante. Ce qui amène tout naturellement à la conclusion que l'Union européenne va vers un déficit croissant en viande bovine. “Et à moins d'un million de tonnes de déficit, la Commission européenne ne bougera pas”, lance M. Spanghero, rapportant les propos de l'ancienne commissaire, Mariann Fischer Boel. Et malgré une vision moins libérale de son successeur Dacian Ciolos, Laurent Spanghero estime que “le choix européen de l'indépendance n'est pas fait...” Voilà pour la prospective internationale. Et la France dans tout ça ? Certes, l'Hexagone reste le premier fournisseur européen de gros bovins avec 18,9 millions de têtes. Mais Laurent Spanghero juge que c'est dans ce secteur que les marges de progrès et de compétitivité sont les plus importantes. “J'ai entendu qu'il faut vendre la viande plus cher, moi je dis qu'il faut voir comment on peut produire moins cher !”, lâche l'industriel dont l'accent du Sud-Ouest paraît du coup moins chantant à l'oreille des éleveurs. “On est encore trop empirique, poursuit-il. Si on veut augmenter la production, il faut d'abord préserver les moules à veau. Vous avez deux races exceptionnelles, la salers et l'aubrac. Mais nous devrions avoir plus de croisement, c'est une source de progression extrêmement importante que ce soit sur le GMQ, la qualité, la valorisation des produits...” Autres préconisations : travailler sur les coûts alimentaires (fabriquer à la ferme par exemple), réformer les vaches plus tôt, mais aussi sevrer les veaux à cinq mois. Des pistes qui n'ont guère suscité l'enthousiasme dans l'assemblée et c'est peu dire...

 

Plus compétitifs

Être plus compétitifs côté production, innover côté transformation. C'est le credo de l'industriel qui, avec sa casquette de président de l'Adiv (le Centre technique français de la viande), a présenté le projet de Viande d'Auvergne Premium associant l'Adiv, Elvea et l'abatteur William Papon (à Clermont-Ferrand). La démarche vise à inventer de nouveaux produits tout en valorisant l'image des territoires auvergnats associés à cet élevage. Des produits issus dans un premier temps de femelles de races à viande, âgées dans l'idéal de six ans, présentant un bon état d'engraissement (minimum 3), un poids minimal de 330 kg et conformées à minima R. “L'objectif est de ne pas ajouter de nouvelles contraintes, a précisé Laurent Spanghero. Si la planification des apports est indispensable là aussi, notre démarche est un peu différente du label. On veut travailler également sur la maturation des viandes, revenir à des méthodes un peu plus traditionnelles”. Un projet qui a séduit Elvea et qui devrait prendre corps d'ici 2011.
Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.
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Source L'Union du Cantal

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