[Vidéo] Analyse financière des IAA : "Le tassement de la rentabilité amorcé en 2012 s’est poursuivi en 2014"

Les Experts du Pôle Agriculture et Agroalimentaire de Crédit-Agricole S.A

[Vidéo] Analyse financière des IAA : "Le tassement de la rentabilité amorcé en 2012 s’est poursuivi en 2014"

Le tassement de la rentabilité amorcé en 2012 s’est poursuivi en 2014 : il concerne la plupart des filières et métiers de l’industrie agroalimentaire.

 

I - Ce qu'il faut retenir en 2014

- Des facteurs conjoncturels expliquent une partie de la baisse de rentabilité : rendements et qualité moindres des vins de Bordeaux, intempéries limitant des productions de fruits et légumes, décisions politiques (embargo russe, directive chinoise). De surcroît, les volatilités des marchés mondiaux amplifient la difficulté à gérer les marges : fluctuations à l’échelle mondiale des prix des céréales, du sucre et des produits industriels laitiers, du porc en Europe, auxquelles s’ajoutent les variations de parités monétaires.

- Les surcapacités industrielles et/ou le niveau de compétitivité expliquent également le faible niveau de rentabilité dans quelques métiers malgré l’allégement des charges apporté par le CICE : Abattage (EBITDA/ CA = 2,6 %), Volailles hors Leaders (2,8 %), PGC Lait (5,4 %).

- Une minorité d’entreprises Leaders Champagne et Spiritueux dégagent une rentabilité nettement supérieure à la moyenne des autres IAA (EBITDA/CA = 23,2 %), en large partie grâce à leur activité à l’international et à leurs marques renommées.

- 40 % des grandes entreprises dégagent une rentabilité faible (EBITDA/ CA < 3 %), majoritairement dans les filières Métiers du grain et Viandes.

- A contrario, les petites entreprises, prises globalement, tirent leur épingle du jeu avec un ratio autour de 6 %, stable depuis 5 ans grâce à leur production « de terroir » et/ou un service de proximité.

Depuis 3 ans, les IAA investissent à un rythme moins soutenu que précédemment : l’équivalent de 18 % de la valeur ajoutée de l’année vs 31 % sur la période 2009-2011, qui avait connu des opérations importantes de croissance externe. Actuellement, la dynamique est portée par la filière Métiers du grain, qui réalise un quart des investissements de l’ensemble des IAA. A contrario, les difficultés de la filière Viandes se reflètent par un niveau d’investissement ralenti (12 % de sa VA) et concentré sur quelques entreprises. La structure financière des IAA est globalement équilibrée, avec une capacité théorique de désendettement inférieure à 4 années d’EBITDA. Un quart des entreprises présentent un ratio Dettes financières/EBITDA dégradé (> 10 années). Toutefois une majorité d’entre elles (60 %) sont issues de la filière Vins & Spiritueux, qui porte des stocks importants et en hausse en 2014 (263 jours de CA, +21 jours). Le profil de risque des IAA s’améliore légèrement en 2014, avec 46 % des entreprises qualifiées en « risque faible » (vs 43 % en 2013) et 11 % en « risque fort ». Le nombre d’entreprises dont le résultat net est en perte baisse de 6 %, pour un déficit cumulé légèrement plus important (+ 7 %) et plus concentré (5 entreprises = 50 % déficit).

 

[Vidéo] Analyse financière des IAA : "Le tassement de la rentabilité amorcé en 2012 s’est poursuivi en 2014"

II - Tendances 2015/2016

Le CA des IAA est orienté en très légère hausse grâce à une production qui bénéficie d’une consommation des ménages plutôt favorable (+ 2 % en un an) et du dynamisme à l’exportation des métiers d’excellence. Les prix à la production sont néanmoins en repli par rapport à leur niveau de 2014 (période de janvier à septembre) et s’inscrivent dans un contexte de cours mondiaux agricoles également en baisse.

- Les entreprises de Collecte-appro et les négociants exportateurs ont réalisé un travail important, après les inquiétudes de l’été 2014 liées à la qualité du blé tendre. La commercialisation a pu être assurée, en France et à l’export (Asie) - facilitée par une parité €/$ plutôt favorable et un prix du fret bas. Les Métiers du grain se placent dans un contexte de prix toujours extrêmement volatils, à des niveaux nettement en retrait : 166 €/t (moyenne prix blé tendre rendu Rouen, août - octobre 2015) vs 182 € en 2014 (moyenne annuelle) et 233 € en 2012.

- En Spiritueux, les exportations ont enregistré de belles performances au cours du 1er semestre 2015 (+ 2 % en volume, + 18 % en valeur), principalement grâce au cognac (+ 13 % et + 26 %), suivi par les liqueurs (+ 3 % et + 9 %). L’Amérique du nord et l’Asie sont les principales destinations en croissance (Chine + 12 %). Toutefois, le contexte mondial demeure volatil et les prévisions de croissance de la consommation mondiale sont moins soutenues que par le passé (+ 3 % jusqu’en 2018), avec quelques marchés identifiés en développement (Russie, Brésil, Mexique, Inde, Pologne).

❙ Les marges ne devraient pas s’améliorer :

- Dans les Métiers du grain, les entreprises ayant une activité en appro sont confrontées à l’arrivée d’un nouveau type de concurrents (services limités, prix réduits), qui pourrait tirer les marges à la baisse. De surcroît, de nouvelles réglementations concernant les phytosanitaires devraient introduire des coûts supplémentaires, qui viennent également peser sur les marges. En nutrition animale, la fragilisation des filières induite par les niveaux de prix du lait et du porc se traduit par une baisse des volumes vendus : le secteur, sous pression depuis plusieurs années déjà, enregistre un alourdissement du besoin en fonds de roulement (allongement des délais clients, montée des risques).

- Dans l’industrie du lait, la baisse du prix du lait payé aux producteurs a entraîné des tensions, au moment ou la fin des quotas laitiers intensifie la concurrence entre pays européens. L’amélioration mécanique de la marge des industriels devrait toutefois être en grande partie absorbée par l’infléchissement de la demande de produits laitiers (à l’international et, récemment, en France) conjuguée à la pression sur les prix.

- En Fruits & Légumes transformés, les marges des industriels sont à la baisse sur le segment le plus important : la conserve de légumes – notamment sous marque distributeurs. Cette perte n’est pas compensée par l’évolution des volumes, ni par le surgelé - qui tire son épingle du jeu malgré une activité en RHD difficile - du fait d’une faible présence des industriels français sur cette technologie. En conséquence, l’activité à l’international apparaît comme un relais de croissance, en 4e gamme mais également en appertisé - notamment en Europe de l’Est (Pologne, Russie) où les marchés sont en croissance. En Fruits transformés, les prix sont également mis sous pression sur le marché domestique, et une enquête des autorités de la concurrence sur le marché de la compote place les industriels dans un climat d’incertitude. A l’international, la croissance est toujours portée par les gourdes, sur la plupart des marchés - notamment aux États-Unis.

- En viandes, l’embargo russe pèse toujours sur le marché du porc et la crise des prix durant l’été - mise en exergue par le blocage du Marché du Porc Breton et un prix d’achat administré durant plusieurs semaines a pesé sur les marges des entreprises. Enfin, l’activité porcine reste en souffrance, alors que la concurrence entre pays européens ne faiblit pas.

❙ En 2015, la situation devrait être moins tendue qu’en 2014 :

- Dans les Métiers du grain, les entreprises diversifiées (malt, bio carburants, semences...) s’inscrivent dans le cadre de cours des céréales moins extrêmes qu’en 2012, et bénéficient d’un prix de l’énergie à la baisse. En aval, la meunerie devrait pouvoir préserver sa rentabilité en 2015, avec une clientèle de boulangerie artisanale nombreuse mais en décroissance et une industrie de la BVP en développement.

- En F&L Frais, le climat a été favorable à la consommation et à la qualité des produits, les récoltes ont été modérées dans l’ensemble. Les entreprises ont connu une campagne satisfaisante, notamment les opérateurs de fruits d’été. Enfin, malgré l’impact de l’embargo russe, le commerce européen de la pomme a pu entamer une nouvelle campagne 2015-16 avec des perspectives plus encourageantes. La campagne de pomme de terre, avec des volumes mieux maîtrisés qu’en 2014 sur le marché européen, devrait pouvoir atteindre un équilibre de marché.

- En Viandes bovines, en volailles et charcuterie, les volumes se stabilisent ou évoluent positivement. Le prix des approvisionnements fléchit, notamment en vache (de l’ordre de - 1 à - 3 % sur les 9 premiers mois de l’année) et en pièces de découpe de porc.

- En Vins Tranquilles, les prix restent globalement fermes et les perspectives d’exportation  restent attractives. Le marché domestique, qui reste le principal débouché, est toujours dans une tendance baissière en volumes - compensée par une demande qualitative.

 

Source L'Observatoire - Novembre 2015

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