Yves Guillouet : 3 vaches à traire et 6 veaux à faire boire

Thierry Guillemot

Yves Guillouet : 3 vaches à traire et 6 veaux à faire boire

Yves Guillouet, dont le troupeau de 70 vaches laitières a été empoisonné accidentellement par un aliment contaminé au minium en août dernier, est toujours en stand-by. 3 vaches à traire, 6 veaux à faire boire... Il aimerait, pour Noël, entreapercevoir le bout du tunnel.

La justice suit son cours. On pourrait lui reprocher sa lenteur mais l'affaire est compliquée et demande de la rigueur. Les enjeux sont de taille. L'entreprise de transport qui a livré des drèches de brasserie contaminées au minium et le fabricant d'aliments sont dans son collimateur (lire notre édition du 11 septembre dernier). Leur avenir pourrait être plombé au terme du rendu.

Rapport d'expertise

En attendant, c'est Yves Guillouet, jeune producteur de lait installé il y a 3 ans à Culey-le-Patry (14), qui ronge son frein.”Nous sommes en décembre et toujours rien”, lance-t-il. Enfin pas tout à fait. Les pièces manquantes (bon de lavage et disques du camion) au rapport d'expertise seraient enfin arrivées. Et après l'expertise, on pourra contre-expertiser.
Car dans la cour de l'exploitation, le silo de drèches est toujours là. Il constitue une pièce à conviction accrochée au béton tant que l'enquête n'est pas définitivement bouclée. Un peu plus loin, c'est la désileuse qui “s'enrouille”. Pas question de s'en servir et encore moins de la vendre. Elle est sans doute contaminée au minium (quelques grammes suffisent à foudroyer une vache). S'en servir pour nourrir quoi d'ailleurs? Le troupeau d'Yves Guillouet se résume aujourd'hui à trois vaches en lait et une tarie qui faisaient bande à part dans une pâture en août dernier. Dans un autre coin de la stabulation, 6 veaux nourris au lait naturel car le camion de lait passe tout droit devant la ferme depuis plus de 5 mois.
Le silo de maïs est plein. Après les ensilages de l'automne dernier (27 ha), il n'a même pas été ouvert. Du coup, côté assolement, notre éleveur revoit sa copie. de 15 ha de blé en année normale, il est passé à 22. Et au printemps en fonction de la situation, Yves pourrait emblaver 6 ou 7 ha d'orge de printemps en lieu et place du maïs. Des prairies aussi vont être cassées afin d'enfouir des bouses susceptibles de renfermer des résidus de minium.

Un préjudice qui augmente tous les jours.

Son préjudice, Yves Guillouet est en l'état incapable de le chiffrer. Seule certitude, le trou se creuse un peu plus chaque jour. Au terme de la campagne laitière 2008/2009, il aura produit moins de 50 % de sa référence. 225 000 litres de lait non produit et autant de chiffre d'affaires en moins. Heureusement, sa banque (le Crédit Mutuel) le suit.Mais il lui faudra bien un jour rembourser les annuités de retard.
Il attend donc d'être indemnisé au plus vite et à 100 % pour rebondir.Après : “il faut compter au moins 5 ans pour rebâtir un cheptel et atteindre un rythme de croisière”.

Solidarité professionnelle

Localement, la solidarité professionnelle tente de s'organiser. Daniel Courval, élu de la FDSEA, suit en tant que voisin le dossier. “A cas exceptionnel, mesures exceptionnelles, plaide-t-il. Cette situation aurait pu arriver à tout le monde. Nous devons démontrer notre solidarité”. Sous quelle forme ? Il pourrait s'agir d'un don de litrage de lait sur la campagne en cours. A l'instar un peu de ce qui se pratique au profit de la Banque Alimentaire. “Que l'on soit en dépassement de référence ou pas d'ailleurs”, fait remarquer Daniel Courval qui, producteur de viande bovine, exprimera différemment son soutien.
Il faut cependant au préalable convaincre l'administration de déroger à certaines règles. Convaincre les laiteries, Lactalis et les autres, d'apporter leur logistique administrative à la gestion de l'opération... La partie n'est pas gagnée mais quand les banques vont mal, certains soulèvent des montagnes.
Alors Yves, qui ne demande pas la charité, espère. Cela ne changerait pas fondamentalement le cours de son histoire mais un geste de solidarité lui remonterait le moral. Car il lui faut tenir bon pour passer le cap. Mais tenir encore combien de temps? Il aimerait bien le savoir.

Plus que 3 vaches à traire.

Plus que 3 vaches à traire.

 

Solidarité : si vous souhaitez vous aussi exprimer votre solidarité envers Yves Guillouet, appelez la FDSEA du Calvados (à partir du 5 janvier) au 02 31 70 88 16.

Source Réussir l'Agriculteur Normand

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