Eau : des espoirs !

Eau : des espoirs !

Avec le changement climatique, les tensions entre les différents usagers de l’eau vont s’exacerber dans les années à venir. L’irrigation, si elle ne concerne que 6 % de la SAU en France (contre 9,8 % pour l’UE), participe indéniablement à épuiser la ressource en période critique. Pour autant, vilipendée et stigmatisée, l’irrigation est-elle vraiment le faire-valoir d’une agriculture intensive et productiviste ? Pas sûr.

L’eau, facteur de durabilité

Dans un rapport publié en 2017, le Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER) soulignait les limites de l’agriculture pluviale ou peu irriguée. Et considère désormais l’eau, non plus comme un facteur de production mais comme un facteur de durabilité, pour sa contribution à la souveraineté et à la sécurité alimentaires, à l'économie et à l'emploi, à la diversité des systèmes culturaux, au maillage territorial d’exploitations agricoles multi-fonctionnelles, à la prévention des risques d’incendies et d’inondations. A cet égard, les intempéries de janvier et leur cortège de crues et d’inondations ont apporté de l’eau au moulin des partisans de la création de nouveaux bassins de rétention et autres ouvrages de transfert (NB : pendant cet épisode pluvieux, on a aussi entendu des voix incriminant le drainage...), ouvrages qui, en plus de leur effet régulateur de crues, pourraient servir l’irrigation et soutenir l’étiage des cours d’eau, et contribuer ainsi à résorber les déficits structurels qui affectent de nombreux bassins versants en été.

Pragmatisme politique

Les projets de retenues et autres bassines ne manquent pas. Les blocages non plus. Justement, le 2 novembre 2017 s’est mise en place une cellule interministérielle (Agriculture et Transition écologique) visant à dénouer les conflits entre partisans et opposants aux projets d’infrastructures. Dans la foulée, une commission parlementaire sur la ressource en eau s’est mise en place. Son rapport est attendu pour le mois de mai prochain. Sans préjuger des conclusions, elle augure un nouveau regard de l’Etat sur la gestion de l’eau, rompant avec une approche réductrice et castratrice. D’autres signes témoignent d’un pragmatisme salvateur. On peut citer les expérimentations en matière de réutilisation des eaux usées traitées, une pratique courante dans de nombreux pays. En vigne, c’est l’INAO qui fait bouger la ligne de partage des eaux et qui entrouvre les vannes de l’irrigation encadrée et contrôlée, pointant la sensibilité de la vigne au stress hydrique, lequel pénalise autant les rendements que la qualité.

Dialogue sociétal

Cette entreprise de dédiabolisation de l’irrigation avait été entamée sous la précédente législature. En 2015, une instruction gouvernementale avait levé le moratoire sur le financement des retenues d’eau par les Agence de l’eau, sous réserve que les projets s’inscrivent dans des projets de territoire. Le projet de territoire, il y en a 54 au plan national, c’est désormais l’instance au sein de laquelle toutes les parties (agriculteurs, associations, institutions etc.) sont censées faire émerger des projets cochant toutes les cases de la durabilité, dans une démarche de co-construction, prévenant les risques de conflits et de recours. Le 21 décembre dernier, l’ensemble des acteurs concernés par l’ex-projet de barrage de Sivens (Tarn) ont signé une charte préalable au lancement du projet de territoire du bassin versant du Tescou, escompté pour juin prochain. Tous les espoirs sont permis.

Raphaël Lecocq

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