Influenza aviaire : ne croiser ni les doigts, ni les bras

Influenza aviaire : ne croiser ni les doigts, ni les bras

La filière avicole a payé un lourd tribut aux épidémies successives des hivers 2015/2016 et 2016/2017, occasionnant la mort de millions de volailles, déstabilisant toute une filière et fragilisant de nombreuses exploitations. Le coût, supporté par les éleveurs et la collectivité, se compte en centaines de millions d’euros.

L’influenza aviaire est une peste, aux sens propre et figuré. Qu’elle soit véhiculée et transmise par l’avifaune ou qu’elle « dorme » de manière asymptomatique au sein d'élevages, de palmipèdes notamment, avant d’exploser subitement sous forme hautement pathogène, l’influenza aviaire est une maladie sournoise qui peut renvoyer rapidement chaque éleveur, chaque acteur, chaque intervenant à des sentiments d’impuissance et de fatalité.

Prévention et détection

Il n’en est rien. Si la lutte contre la maladie n’offre aucune solution thérapeutique, vaccination comprise, la parade existe. Elle tient en deux mots : prévention et détection. Tirant les enseignements des deux épizooties passées, le ministère de l’Agriculture, aiguillé par les autorités sanitaires et en concertation avec la filière, a, tout au long de l’année 2017, égrené différentes mesures visant à renforcer l’application des mesures de biosécurité par tous les acteurs : éleveurs, transporteurs, intervenants en tous genres sur les élevages.

En face des arrêtés ministériels, la puissance publique a mobilisé des moyens en termes de formation et d’aide aux investissements. Elle a aussi mis les éleveurs face à leurs responsabilités, en confiant aux professionnels la responsabilité d’élaborer des cahiers des charges ou des guides relatifs à la biosécurité, privilégiant l’obligation de résultats sur l’obligation de moyens.

Obligation de résultats, pas de moyens

Ce faisant, et sans rien concéder aux règles de biosécurité, les autorités ont ainsi évité l’affrontement qu’aurait pu raviver l’influenza hautement pathogène (IAHP) entre filière courte et filière longue, « petits » et « gros » élevages, modes fermiers et industriels, et qui ferait passer les premiers comme négligents en matière d’hygiène et les seconds comme bombes à retardement. L’IAHP ne tranche pas le débat, si débat il y a. Le virus de la grippe aviaire s’agrippe à tout (animaux, hommes, bottes, vêtements, matériels, cages, véhicules etc...), survivant plusieurs semaines voire plusieurs mois et n’aimant rien moins que le froid et l’humidité.

Quelques foyers, passe, des centaines, non !

A la veille de l’hiver 2017/2018, tous les acteurs et intervenants se doivent d’être sur le qui-vive. Selon l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail), si le « zéro foyer » est une gageure, les 485 foyers recensés lors de l’hiver passé constituent un aveu d’échec en matière de prévention et de réaction à la crise, dont doivent nous préserver l’expérience acquise et des nouvelles obligations en matière de dépistage sur les canards prêts à gaver notamment. N’oublions pas que l’influenza aviaire est aussi susceptible de faire des victimes humaines : un peu plus de 1000 au cours des 15 ans passés selon l’Organisation mondiale de la santé. Un bilan « contenu » du fait de l’absence de transmission d’homme à homme des souches en circulation alors. C’est n’était pas le cas de la grippe espagnole qui a sévi en 1918-1919 à travers le monde. Bilan : entre 20 et 50 millions de morts. Plus que le premier conflit mondial qui s’achevait.

Raphaël Lecocq

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