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JA Mag - Paris

18/08/15
Alpes-de-Haute-Provence - Agriculture biologique

Le labour n’est plus dans son pré

Depuis qu’il a arrêté le labour en 2010, Julien Gozzi ne retourne plus le sol, mais il a chamboulé toute son exploitation. Rencontre avec un pionnier de semis direct en Paca.

 « Quand l’orage vient de Digne, prend ta pioche et va à la vigne. Quand l’orage vient de Banon, rentre vite au cabanon. » Cet après-midi de juin, Julien Gozzi scrute le ciel gris qui menace la vallée de la Durance. Comme tous les agriculteurs d’Oraison (04), il espère la pluie. Mais le jeune céréalier n’est pas un agriculteur comme les autres : il pratique le semis direct, la forme la plus aboutie des techniques culturales simplifiées.

En 2010, seuls 2 % des agriculteurs français avaient, comme lui, supprimé le travail du sol (lire ci-contre). Une démarche globale qui présente des intérêts multiples : moins de carburant consommé, moins de temps de travail, sol plus riche et plus vivant, etc. Sur le papier, le principe est simple : « Faire reproduire le travail mécanique par les vers de terre. Pour cela, il faut les nourrir avec des couverts végétaux. » Lesquels restent en place jusqu’au semis, voire dans la cutlure. Mais sur le terrain, ce n’est pas la même histoire : « Il faut revoir toute l’exploitation ! »

Pour Julien, la réflexion est partie d’un constat économique : « Je ne peux pas agir sur les prix mondiaux des céréales. Mais je peux réduire les charges de mon exploitation. » Agronomie et économie sont indissociables, insiste celui qui se destinait à travailler dans le monde du vélo. « Faire du semis direct uniquement pour des raisons économique sans se soucier du sol et de l’agronomie, c’est aller droit dans le mur » 


Les couverts végétaux, indispensables

Le déclic s’est fait en 2010, quand sa commune a été déclarée « captage prioritaire Grenelle ». Cette année-là, avec deux de ses voisins, il a fait venir d’Angleterre un semoir de semis direct, « sans même l’avoir vu ! ». Cinq ans plus tard, ils ne sont plus que deux cultivateurs pour remplacer la machine par un Semeato brésilien flambant neuf. Prix : 40 000 €, soit 10 000 € par agriculteur en comptant la vente de l’ancien semoir. Une facture Par Yannick Groult Depuis qu’il a arrêté le labour en 2010, Julien Gozzi ne retourne plus le sol, mais il a chamboulé toute son exploitation. Rencontre avec un pionnier que Julien réduit en semant une quarantaine d’ha chez des voisins éleveurs.

Pourtant, le principal bouleversement n’a pas lieu pas dans l’atelier, mais dans les champs. Diversification des cultures, allongement des rotations, introduction de légumineuses : la réflexion agronomique a remplacé le travail mécanique. En 2006, quand il reprend les 60 ha de son père, le blé dur occupe la moitié de la surface. En 2015, Julien n’a planté que 9 ha de Triticumdurum. Et les 10 doigts de la main ne suffisent pas  pour compter les autres cultures. Pois, soja, féverole, colza semence, tournesol, maïs, sauge sclarée... et surtout couverts végétaux, les indispensables compagnons de l’agriculture de conservation. Leurs missions ? Limiter l’érosion et le lessivage, travailler le sol, l’enrichir en azote et matière organique. Leurs noms ? Pois fourrager, féverole, colza, gesse, vesce, ers (plante locale de la famille des lentilles), etc.

Cette impressionnante diversification aurait été impossible sans l’irrigation, déployée sur la moitié de l’exploitation. L’apport en eau est nécessaire pour le soja, par exemple, la culture fétiche de Julien. Semée au printemps et récoltée en octobre, cette légumineuse nécessite peu d’interventions (pas d’engrais, un seul désherbage). Elle peut même s’implanter en dérobé (deux cultures en un an) derrière un blé ou un colza récolté avant le 10 juillet. Et le soja présente l’immense avantage de fournir des protéines made in France aux élevages largement dépendants du soja américain, majoritairement OGM. « Souvent, derrière un soja, je fais un maïs, explique Julien. La chaleur et l’humidité du printemps provoquent le relargage de l’azote, facilitant le démarrage du maïs ». En 2014, le céréalier en a récolté 13,5 t/ha (pour une moyenne nationale de 10,7 t/ha). 


« Si je rate mon semis, je peux recommencer ».

Après cinq ans de pratique, Julien affirme obtenir des « rendements aussi bons, voire meilleurs » qu’en labour. Sans compter les économies de carburant (30 à 40 l/ha), d’intrants (« Je ne mets plus d’engrais de fond depuis deux ans ») et de temps de travail. Un temps que Julien utilise surtout pour JA - il est président de son département depuis 2014 - plutôt que pour son exploitation. Sans travail du sol, l’organisation du travail gagne en souplesse. « Si je rate mon semis, je peux recommencer, ça ne me coûte pas grand-chose... » Enfin, contrairement aux idées reçues, le semis direct nécessite finalement peu de matériel. « Un tracteur de 100 chevaux, un pulvé, un épandeur à engrais, un rouleau, et c’est bon ! »

Comme beaucoup d’agriculteurs qui se sont engagés dans la conservation des sols, le céréalier a subi « des critiques ». « Aujourd’hui, de plus en plus d’agriculteurs veulent essayer cette technique », se félicite celui qui fait partie des pionniers de son département. Cinq ans d’essais - et quelques échecs - lui ont appris qu’en semis direct, « la moindre erreur se paie ». D’où l’intérêt de se former en permanence avec d’autres agriculteurs, des techniciens, Arvalis, le réseau d’échanges Base, etc.

En attendant, Julien ne reviendrait au labour « pour rien au monde. » « J’apprends tous les jours ! Et je me régale plus à semer dans un gros couvert qu’à passer la charrue... » Il égrène les conseils avec le débit haletant du passionné : commencer le semis direct « en partant sur de bonnes bases » derrière une prairie, une luzerne ou un sainfoin (sol non travaillé pendant trois ans) ; semer plus tôt à l’automne et plus tard au printemps ; privilégier les variétés qui « boostent » au démarrage, etc. Et surtout « toujours se remettre en cause », car les échecs sont inévitables. « Mais, même en labour, qui ne s’est jamais raté ? »

◆ Source : JAMAG n° 717 - Yannick Groult


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