Wwoofing : L'accueil simple et bio

Arnaud Carpon

Wwoofing : L'accueil simple et bio

A la recherche d'échanges culturels, Corinne Chilou ouvre les portes de son exploitation biologique aux wwoofers désireux de découvrir et de participer aux travaux de l'agriculture biologique.

Jess McArdle est arrivée sur l'exploitation il y a six jours. Elle a succédé à un jeune japonais qui est resté quinze jours. Dans les prochaines semaines, ce seront des Américains et des Canadiens. » A la tête du petit domaine viticole et arboricole familial, situé à Duras dans le Lot-et-Garonne, Corinne Chilou a vu défiler sur son exploitation, durant ces dernières semaines, une bonne dizaine de touristes et autant de nationalités.

Depuis début juillet, elle accueille des personnes en quête d'un véritable retour à la terre le temps de quelques jours de vacances. Ces dernières sont là pour goûter aux travaux et à la vie d'une exploitation conduite en agriculture biologique. Nom de code : wwoofer car adepte du wwoofing. « Wwoof vient de l'anglais worldwide opportunities on organic farms, précise Corinne. Ce terme peut être traduit en français par les opportunités dans les fermes bio du monde entier. »

Simplicité et convivialité

Le principe du wwoofing est simple : mettre en relation des personnes désireuses de découvrir et de participer au monde agricole biologique avec les agriculteurs eux-mêmes via l'adhésion à l'association Wwoof France. Pour les hôtes, le wwoofing implique une volonté de faire découvrir leur travail.

Accueillis comme des amis, les wwoofers sont nourris et logés gratuitement. En échange, ils se consacrent quelques heures par jour aux activités de la ferme. Le concept privilégie ainsi la simplicité, la convivialité et surtout la gratuité de l'échange entre les hôtes et les voyageurs. En s'inscrivant au wwoofing, Corinne veut poursuivre à domicile les voyages – et les échanges qui vont avec – qu'elle a eu l'occasion de faire avant de s'installer. Et ainsi développer, tout en restant sur son exploitation, une nouvelle façon de découvrir le monde. «A ma majorité, j'ai décidé de voyager en m'installant quelques mois dans différents pays», explique-t-elle. Elle séjourne successivement en Irlande, en Angleterre et en Italie où elle se fait embaucher comme cuisinière ou serveuse. Elle traverse ensuite l'Atlantique pour le Canada puis le Guatemala. Dans ces pays aussi, elle trouve un job en restauration. Pendant six années, elle voyage comme cela, au gré de ses envies de découverte.

«J'étais à la recherche d'échanges culturels. Je voulais rencontrer des gens, apprendre leur langue et découvrir la culture du pays.» Malgré des rencontres plus enrichissantes les unes que les autres, Corinne se lasse rapidement d'être enfermée en cuisine. A 24 ans, elle décide de remettre définitivement les pieds sur sa terre natale duraquoise où ses parents lui passent le flambeau de l'exploitation.

Sur une dizaine d'hectares en phase de conversion à l'agriculture biologique, elle gère un petit vignoble et élabore elle-même un vin valorisé en AOC côtes-de-duras. Elle fait aussi un peu de maraîchage et produit des prunes - transformées ensuite en pruneaux d'Agen – et des pêches. En 2008, un ami belge venu lui prêter main forte pour les vendanges – et améliorer son français par la même occasion – lui parle du wwoofing. «Je ne m'y suis pas intéressée tout de suite. Je n'ai regardé ce concept de plus près que début 2010.» Corinne adhère finalement au wwoofing au printemps. Pour une cotisation modique de 30 €, elle figure dans un livret recensant les fermes bio adhérentes de France.

Pour recevoir des visiteurs, aucun aménagement particulier n'est exigé. Corinne, qui n'a donc pas dépensé un centime, propose une chambre pouvant recevoir une personne ou un couple, voire deux amis pour qui le partage de ladite chambre n'est pas un problème.

Corinne Chilou (à dr.) transmet ses connaissances en agriculture biologique à des visiteurs – comme Jess McArdle (à g.) – en quête de vacances à la campagne

Corinne Chilou (à dr.) transmet ses connaissances en agriculture biologique à des visiteurs – comme Jess McArdle (à g.) – en quête de vacances à la campagne

 

Revenir aux choses simples

Moyennant une cotisation de 15 €, les wwoofers accèdent, quant à eux, à la liste des exploitations bio avec les coordonnées des agriculteurs. Ils n'ont plus qu'à engager des échanges avec ces derniers via Internet ou par téléphone, et s'entendre sur les dates et les modalités du séjour. Hébergée chez Corinne durant 10 jours, Jess McArdle a adopté le wwoofing pour voyager pendant une année sabbatique. Après l'Argentine et les Cévennes, elle en est à sa troisième expérience. « Ce concept est un bon moyen pour rencontrer des gens, découvrir d'autres cultures et apprendre une langue étrangère, explique l'étudiante londonienne dans un français presque parfait. Je voulais aussi me rendre utile et découvrir le monde agricole. » Tous les matins, elle part donner un coup de main à Corinne. Et comme tous les wwoofers, elle s'adapte au rythme de vie de son hôte. « Tous les jours, nous récoltons des prunes et faisons des conserves de tomates. Nous avons eu la visite de techniciens pour la vigne », raconte-t-elle. Les après-midis sont libres et l'étudiante peut visiter la région. Corinne lui laisse d'ailleurs un vélo à disposition. Malgré la présence continue d'un vacancier sur son exploitation, l'agricultrice ne change pas ses habitudes.

Elle ne déclinera pas une invitation chez des amis parce qu'elle héberge un wwoofer. Au contraire, elle l'emmène avec elle. « Avec le wwoofer japonais qui a précédé Jess, nous sommes allés à une soirée des JA du canton. Même s'il ne parlait pas beaucoup le français, c'était très intéressant pour tout le monde. » En tant qu'hôte, Corinne est plutôt satisfaite par la formule. Pour les quelques jours de vacances qu'elle prendra fin 2010, elle envisage même de faire du wwoofing, pour échanger avec d'autres agriculteurs bio, en France et pourquoi pas à l'Etranger.

 

Source Ja Mag

Publié par Arnaud Carpon

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