 | Quelle est la part de l'agriculture dans les émissions de gaz à effet de serre (GES) ? | |
A.L. : Sur les 557 millions de tonnes équivalent CO2 émis chaque année en France, l'agriculture en représente 20% (26,5% pour les transport NDL). Il s'agit surtout de méthane dû à la rumination des bovins, de leurs déjections et du protoxyde d'azote (N2O) lié à l'utilisation d'engrais azotés. Depuis 1990, ces émissions sont en diminution (- 9% entre 1990 et 2003) mais des actions visant à les réduire devront, tôt ou tard être engagées. L'agriculture représente un fort potentiel de réduction des émissions de gaz à effet de serre, évalué à plus d'une quinzaine de millions de tonnes de CO2 par an.
 | Concrètement, quelles sont les actions à mettre en oeuvre dans le domaine agricole à court et long terme ? | |
A.L. : A court terme, il s'agit surtout d'utiliser de la biomasse (bois, paille, …) comme énergie, et de mettre en place des unités de méthanisation des déjections animales. A plus long terme, on peut essayer d'améliorer l'alimentation des bovins en vérifiant que ce soit compatible avec la santé de l'animal, et de réduire la fertilisation azotée mais des études complémentaires sont encore nécessaires . Une autre piste très prometteuse est la séquestration du carbone dans les forêts et dans les sols agricoles.
A titre d'exemple, l'utilisation de la biomasse comme énergie permet d'éviter 2.5 tonnes de CO2/tep (tonne équivalent pétrole). Et le potentiel en France est grand puisque l'on pourrait aller jusqu'à plus de 6 millions de tonnes de CO2/an économisés. Quant à la méthanisation, elle permet d'éviter 0,22 tonne de CO2/porc dont le lisier est traité, soit 220 tonnes de CO2/an pour un élevage de 200 truies mères. Si tous les gros élevages porcins et bovins adoptaient cette mesure, on pourrait économiser 3 millions de tonnes de CO2/an !
 | Vous allez lancer un appel à projets domestiques le printemps prochain. Dans quelle mesure les agriculteurs sont-ils concernés ? Quels bénéfices financiers peuvent-ils en attendre ? | |
A.L. :Les projets domestiques vont permettre de rémunérer financièrement des réductions d'émissions réalisées par des acteurs qui ne sont pas, aujourd'hui, concernés par le système européen d'échange de quotas, réservé aux industriels. L'agriculture est particulièrement visée et notamment les projets d'utilisation de biomasse pour la production d'énergie et les unités de méthanisation des déjections animales. Mais afin d'éviter des coûts administratifs et de traitement des dossiers trop importants, il sera important que les point de regroupement soient trouvés afin d'agréger les petits projets. Cela pourrait être des coopératives agricoles, des associations d'agriculteurs, etc.
Une fois la sélection réalisée, la Caisse des Dépôts s'engagera sur un prix d'achat des réductions sur la période 2008-2012. La rémunération de projets se fera en euros, et de façon annuelle lorsque le porteur de projet déclarera les tonnes de CO2 évitées par rapport à un scénario de référence. Chaque porteur aura donc, avant 2008, une vision claire des revenus «CO2» que pourra lui apporter son projet sur les 5 années suivantes.
Propos recueillis par Sophie Caron
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