 | Avez-vous le sentiment que la prévention progresse en matière de risques liés à l'utilisation des pesticides ? | |
Je n'ai pas le sentiment mais la certitude que la prévention progresse. Les jeunes ont notamment intégré le risque pesticides dans leur activité quotidienne : choix des produits les moins toxiques, matériel de pulvérisation bien réglé, équipements de protection individuelle entretenus… Il est vrai que les jeunes agriculteurs ont bénéficié de formations phytosanitaires pendant leur scolarité et qu'ils continuent à se renseigner et à se former. Ils ont conscience des dangers de certains produits et de leurs effets néfastes sur la santé.
Les agriculteurs plus âgés ont un comportement sécuritaire moindre. Ils ont pris des habitudes qui sont plus difficiles à changer. Ils regrettent le retrait de certaines substances dangereuses très efficaces sur le plan agronomique mais très toxiques chez l'homme.
 | Que reste-t-il à faire pour diminuer le danger et l'exposition des applicateurs ? | |
Le risque est égal au danger multiplié par l'exposition. Il faut donc agir sur ces deux aspects. Pour diminuer le danger, l'applicateur doit choisir le produit le moins toxique en se renseignant auprès de son distributeur et en lisant les informations inscrites sur l'étiquette de sécurité. Il peut ainsi comparer les produits proposés pour protéger sa culture et choisir le moins dangereux.
L'applicateur doit aussi agir afin de réduire son exposition aux produits phytosanitaires : il évitera de traiter si les conditions climatiques sont défavorables (chaleur, vent trop fort) ; il privilégiera de traiter dans un tracteur avec une cabine ventilée et filtrée et entretiendra son matériel de pulvérisation.
Notre dispositif « Phyt'attitude* » montre que de nombreuses intoxications sont dues à une déficience du matériel ! Il faut également privilégier une hygiène parfaite en évitant de se contaminer (lavage de mains, douche après un incident ou en fin de journée, ne pas manger, boire, fumer pendant les traitements…). Enfin, chaque agriculteur doit s'équiper de protections individuelles adaptées à sa morphologie et à l'activité de traitement, en bon état et bien entretenus.
 | Les agriculteurs seraient globalement moins touchés par le cancer mais certains cancers seraient surreprésentés. Pourquoi ? | |
Les agriculteurs sont moins touchés par le cancer et notamment par les cancers liés au tabac - cancers du poumon, de l'oesophage et la vessie - car ils fument moins. Par contre certains cancers sont surreprésentés : cerveau, lèvres, estomac, sang, peau, prostate, ovaires... Différentes études américaines, scandinaves et française ont mis en évidence une fréquence accrue de ces cancers.
L'agriculteur travaille dans un environnement où il est exposé à des produits phytosanitaires mais aussi à d'autres produits chimiques (désinfectants de locaux ou de matériel de traite), à des huiles et fuels, à des solvants, des peintures, des fumées, des poussières organiques et inorganiques, au soleil ou à des virus animaux. Les agriculteurs exercent leur activité en majorité à l'extérieur. L'exposition prolongée aux UV pourrait expliquer au moins en partie l'excès de cancer des lèvres et de la peau. D'autres facteurs de risque sont suspectés telles que des habitudes de vie et notamment des déséquilibres d'apport lipidique.
* Phyt'attitude ( 0 800 887 887) : Signalez vos symptômes !
Propos recueillis par Sophie Caron
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