 | Les éleveurs français doivent-ils avoir peur de la fin des quotas laitiers ? | |
V.C. Dans l'hypothèse de l'abandon des quotas, la régulation de l'offre dans le secteur laitier ne serait plus assurée par les pouvoirs publics, mais par les entreprises de collecte et de transformation du lait. Une telle évolution provoquerait, d'abord, un renforcement de la contractualisation entre les producteurs et les entreprises. Elle pourrait conduire à une plus grande volatilité des prix et à des écarts de prix croissants entre producteurs.
Mais cela ne signifierait pas nécessairement une baisse du prix du lait payé aux producteurs. Tout dépendra de la stratégie des entreprises de transformation et, surtout, de l'évolution du marché des produits laitiers. Les éléments récents de conjoncture nous rappellent l'existence d'une demande internationale soutenue dans un contexte de raréfaction de l'offre dans plusieurs pays, dont l'Australie.
Pour se préparer à cette éventuelle évolution de la politique laitière, il conviendrait, d'ici là, de privilégier en France deux voies prioritaires : augmenter la productivité du travail dans les exploitations en place pour atteindre la moyenne communautaire (la production de lait par emploi agricole est de 180.000 kg par an dans l'Union européenne contre 150.000 kg dans l'Ouest de la France) et renforcer la maîtrise du coût de production de la tonne de lait, en diminuant les frais de mécanisation.
 | Quelles conséquences cette disparition aurait-elle sur le paysage laitier français ? | |
V.C. Si les quotas laitiers sont supprimés, les volumes de lait ne seront plus figés, de manière administrative, entre États membres. Le maintien de la production laitière en France dépendra d'abord de la compétitivité de ses élevages. Ceux-ci ne devraient pas, au moins à moyen terme, être fragilisés. Ils disposent, en effet, de nombreux atouts à faire valoir dans un contexte plus concurrentiel : un coût alimentaire limité par des conditions pédoclimatiques plutôt favorables ; un faible coût d'acquisition des facteurs de production (foncier, quotas ) ; des disponibilités importantes en surfaces fourragères et la présence d'entreprises de transformation du lait performantes et innovantes.
En France, la suppression des quotas pourrait cependant conduire à des déplacements géographiques de la production laitière, au détriment des bassins cumulant plusieurs handicaps : des coûts de collecte du lait élevés (du fait de la faible densité de vaches laitières au km2 ou de la mauvaise qualité des infrastructures routières) ; une faible valorisation commerciale des produits laitiers ; une productivité du travail limitée dans les élevages et une forte dépendance à l'égard des soutiens publics directs. La suppression des quotas pourrait aussi modifier la nature des relations entre producteurs et entreprises.
 | A quoi ressemblerait la carte laitière d'une Europe sans quotas ? | |
V.C. La cartographie laitière européenne ne restera pas, vraisemblablement, exactement la même. Les mouvements dépendront, d'une part, des stratégies des industriels en matière d'implantation de leurs sites (principalement des groupes privés, les coopératives ayant un ancrage territorial plus évident) et, d'autre part, des choix internes de politiques agricole et environnementale.
De nombreux facteurs devraient cependant concourir à freiner la concentration géographique de l'offre dans les bassins potentiellement les plus compétitifs : les disponibilités en surfaces fourragères ; la densité de population ; les exigences environnementales ; la proximité des bassins de consommation (coût des transports) ; le taux d'auto-approvisionnement local ; le prix des végétaux et le savoir-faire commercial à l'export pour bénéficier de la croissance de la consommation dans les pays tiers, particulièrement asiatiques.
Pour des raisons environnementales, les Pays-Bas et, dans une moindre mesure, le Danemark ne sont pas en mesure d'augmenter de manière significative leur offre de lait. De même, les modèles espagnols et portugais pourraient être économiquement plus fragilisés que les français, irlandais ou anglais par la hausse du prix des céréales.
Contrairement à la France, la mobilité du quota entre régions est déjà permise dans de nombreux pays européens, la suppression des quotas aurait donc peu d'effets internes pour eux.
Propos recueillis par Sophie Caron
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