 | Les causes d'une sous-réalisation « record » | |
Depuis plusieurs années, la France n'atteint pas son quota laitier. Pour essayer d'infléchir la nouvelle sous-réalisation pour la campagne 2007-2008, des taux d'allocations provisoires exceptionnels sont accordés aux producteurs. Même avec un prix du lait plus incitatif que l'an dernier, cet assouplissement se heurte à un contexte défavorable, que sont le manque de cheptel, l'envolée des prix des aliments du bétail, des fourrages de qualité variables, sans compter la fièvre catarrhale qui agit dans certaines régions de France. Malgré un prix du lait qui redevient attractif, le cheptel laitier est en régression et un déficit important de génisses de plus de 2 ans apparaît. Du côté des aliments du bétail, les prix flambent depuis le 1er semestre 2007. Dans ce contexte, comment produire plus, avec un minimum de charges ?
 | Un premier levier : l'alimentation | |
2 facteurs essentiels jouent un rôle important dans l'alimentation : l'appétence des fourrages et leur mise à disposition permanente. Ils peuvent produire des différences d'ingestion de 0,5 kg. à 1,5 kg. de matière sèche par jour entraînant un écart favorable de production de 0,5 litre à 2 litres de lait par jour. Pour obtenir ces résultats, il est nécessaire : - d'avoir une bonne couverture de silo (afin de ne pas laisser humidifier inutilement l'ensilage qui deviendra plus instable à l'auge), et un front d'attaque rectiligne, qui avance de 20 cm. par jour appuyé par une double rangée de boudin ; - de raisonner le rationnement : en hiver, une distribution de ration par jour et 2 interventions de repousse à l'auge conviennent. Par temps doux et humide, 2 distributions de ration par jour et 2 interventions à l'auge sont nécessaires. En cas de libre service au silo, le front est détassé 1 ou 2 fois par jour selon les capacités du dispositif d'auge et 2 fois par jour si les journées sont douces et humides ; - d'avoir une place à l'auge ou en libre service pour chaque vache, avec des points d'eau accessibles et suffisamment nombreux, de leur faire bénéficier d'une alimentation ajustée pour une ingestion maximale en début de lactation, de réserver aux vaches en production les meilleurs fourrages, les génisses de plus de 6 mois en phase d'élevage pouvant recevoir des fourrages moins appétents.
 | Un second levier : le concentré | |
Autant sur une ration à base d'herbe conservée, ensilages et foins-regains, l'apport de matière grasse donne un coup de pouce à la production, autant une ration basée sur 50% d'ensilage de maïs ou plus, l'apport de matière grasse n'est pas souhaitable. En apportant plus de concentré dans la ration, on augmente la quantité de matière sèche ingérée et la production laitière. Le concentré se substitue partiellement au fourrage. Comme on apporte plus de protéines que d'énergie supplémentaire, la vache doit en général aller chercher l'énergie manquante dans ses réserves, avec un écueil qui est un risque de la baisse du taux protéique (TP) et un allongement de l'intervalle vêlage-vêlage. D'autre part, en augmentant l'apport protéique de la ration complète ou semi-complète, l'ingestion de la ration augmente ainsi que la production laitière. Augmenter la densité de 10 grammes de PDI/UFL (de 100 à 110) permet de gagner 0,9 kg. de lait alors que la même progression de 110 à 120 grammes ne fait augmenter la production laitière que de 0,4 kg. de lait. L'apport de concentrés supplémentaires va augmenter la proportion de concentrés dans la ration. Pour maintenir une bonne rumination et ne pas prendre de risques sanitaires sur le troupeau, de type acidose, il ne faut pas dépasser 30% de concentrés dans la ration à base d'ensilage de maïs, ou 35% dans une ration à base d'herbe ensilée et/ou de foin-regain.
 | Les autres leviers | |
D'autres pratiques peuvent aider à assurer une production supplémentaire : - diminuer le nombre de vaches réformées par rapport aux prévisions est possible que si les risques sanitaires n'interviennent pas sur la qualité du lait (cellules) et la santé du troupeau ; - retarder le tarissement et la réforme des vaches vides si elles ont encore assez de lait ; - ne pas vendre les génisses amouillantes excédentaires ; - ajouter une 3ème traite quand on est en 2 traites par jour, le gain peut obtenir de 10% à 15%, mais ne pas oublier le temps et les dépenses liées à la traite supplémentaire ; - ajouter une 2ème traite quand on est en monotraite, le gain attendu est de 20% à 35% de lait livré, mais avec un TB et TP qui baissent ; - reprendre la traite du soir, lorsqu'elle était supprimée, le gain est d'environ 3% ; - réduire la durée du tarissement, en choisissant les animaux candidats à cette pratique (concentration cellulaire) ; - réduire la durée d'allaitement au lait entier par de la poudre de lait, un gain de 250 litres de lait par veau élevé est possible ; - l'achat de vaches supplémentaires, à condition de pouvoir les loger, est un moyen efficace, mais la rareté et les conditions de prix sont onéreuses, un calcul s'impose.
 | En résumé | |
L'impact de ces différents leviers dépend de la conduite et du niveau de production des troupeaux. Le levier le plus efficace est l'effectif de vaches traites. Les pratiques d'allaitement des veaux viennent en 2ème position pour leur efficacité, mais n'ont pas la même durée d'application. Celles qui concernent l'alimentation viennent en dernière position, car les conséquences sur le taux protéique, la réussite à l'insémination, … ne sont pas réellement connues à moyen terme. Pour répondre à l'augmentation de production, il faut imaginer pour chaque exploitation, une combinaison de ces différents leviers.
Michel HAUTENAUVE
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