 | Le réseau Farre compte aujourd'hui 150 fermes qualifiées en agriculture raisonnée. C'est peu. Quelles sont les raisons de ce faible engouement ? | |
Christophe Grison : Le faible engouement pour la certification en agriculture raisonnée est d'abord lié à la peur des audits. L'agriculture raisonnée a été mise en place à un mauvais moment, en 2003, en même temps que la conditionnalité des aides. L'écoconditionnalité, décidée par Bruxelles, s'est en quelque sorte télescopée avec l'agriculture raisonnée et les agriculteurs ont associé la qualification volontaire à la peur des contrôles. Il fallait dédramatiser cette procédure, ce qui n'a pas été fait. Qui plus est, nous n'avons pas été très soutenus par les organisations professionnelles agricoles.
Aujourd'hui, je prends la présidence et je n'ai pas envie de regarder en arrière. Avec l'arrivée de la nouvelle certification environnemental (HVE), souhaitée par le Grenelle, nous sommes persuadés que nous avons plus que jamais notre raison d'être.
Ma première ambition est de densifier et de multiplier le nombre de « Fermes de rencontre Farre ». Notre réseau est la pierre angulaire de l'action et de l'existence de Farre. Nous avons la volonté, dans les prochaines années, de doubler leur nombre et surtout d'avoir un meilleur maillage sur tout le territoire et dans les départements d'Outre-Mer. Ce n'est pas tant la quantité qui importe que la diversité.
Je vais personnellement réaliser une tournée régionale pour expliquer notre action et recruter de nouveaux agriculteurs Farre. Ces fermes ne sont pas de simples vitrines de l'agriculture raisonnée, leur raison d'être, c'est d'abord de montrer le travail des agriculteurs, de communiquer, d'expliquer… de créer des ponts entre la profession agricole et la société.
 | Quelle est votre opinion sur la nouvelle certification HVE (Haute valeur environnementale) qui se met en place ? Quel rôle comptez-vous y jouer ? | |
C.G. : On ne peut que se féliciter de cette démarche de certification des exploitations. D'autant que 99% du cahier des charges est issu de celui de la qualification en AR. Je n'ai qu'un seul regret : que le volet social n'ai pas été pris en compte. On peut dire que le niveau 1 de la certification correspond à ce qui est exigé pour la conditionnalité des aides ; le niveau 2 est le niveau requis pour la qualification en agriculture raisonnée et le niveau 3 est lié au respect d'indicateurs de résultats. Nous ne sommes pas toujours d'accord avec le choix des indicateurs mais nous soutenons le projet. Nous avons d'ailleurs eu l'assurance du Gouvernement que les agriculteurs déjà certifiés en AR obtiendraient automatiquement le deuxième niveau de certification HVE.
Nous souhaitons accompagner cette démarche et notamment faire passer les audits de certification des niveaux 1 et 2. L'objectif de 50% des exploitations françaises certifiées en 2012, me semble toutefois un peu ambitieux. La clef du succès sera dans la dédramatisation des audits. Il faut, pour cela, que tous les réseaux agricoles, coopératives, chambres d'Agriculture, syndicats… se mobilisent pour accompagner les agriculteurs.
Néanmoins, nous ne voulons pas que l'action de Farre se limite à la certification HVE. On ne veut pas y perdre notre âme. Farre, c'est aussi 4 réseaux* spécialisés dont deux devraient se mettre en place prochainement : un sur le sol et l'autre sur les énergies renouvelables. Pour chaque réseau , nous allons travailler à l'élaboration d'indicateurs pertinents pour mesurer et montrer à la société les progrès effectués.
 | On vous reproche parfois votre proximité avec l'industrie phytosanitaire. Vous dites aujourd'hui vouloir travailler avec les associations environnementalistes. Est-ce un changement de style ? | |
C.G. : Au fur et à mesure des années, l'industrie phytosanitaire est sortie financièrement de l'association. C'est vrai qu'ils sont toujours membre du conseil scientifique via l'UIPP, mais il faut reconnaître qu'ils ont fait énormément d'efforts dans leur approche de l'agriculture raisonnée. C'est d'ailleurs avec eux que nous avons créé le réseau des fermes des Bonnes Pratiques Phytosanitaires. Et plutôt que de s'opposer, je suis un fervent défenseur du dialogue : le côte-à-côte, plutôt que le face-à-face.
Aujourd'hui, nous avons la volonté d'ouvrir notre Forum aux associations de consommateurs et environnementalistes. En premier lieu, nous allons leur proposer de participer aux travaux de notre conseil scientifique. Nous travaillons d'ailleurs déjà, depuis plusieurs années, avec la Ligue de la Protection des Oiseaux (LPO) au sein du réseau biodiversité.
Mon originalité est que je suis d'origine citadine puisque, avant de reprendre la ferme de mon grand-père, j'ai grandi à Paris. J'ai donc rapidement pris conscience du fossé d'incompréhension qui existe entre ces deux mondes et je suis bien décidé à les rapprocher. Recréer du lien entre urbains et ruraux est l'une de mes principales motivations.
Et Farre permet justement de montrer aux citoyens les efforts réalisés par les agriculteurs dans le domaine environnemental. L'agriculture doit modifier ses pratiques mais aussi en apporter la preuve à la société.
* Protection des plantes, biodiversité, machinisme, santé et sécurité au travail.
Propos recueillis par Sophie Caron
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