330 millions d’euros contre l’antibiorésistance

Lise Monteillet

330 millions d’euros contre l’antibiorésistance

Une nouvelle feuille de route gouvernementale a été réalisée conjointement par les ministères de l’Agriculture, de la Santé et de l’Environnement.

« L’année 2017 sera celle d’un nouveau départ » a déclaré Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé, ce matin, devant un parterre de spécialistes de l’antibiorésistance. En ouverture d’un colloque consacré à ce phénomène, la ministre a présenté la nouvelle feuille de route gouvernementale. Au lendemain de la publication de résultats encourageants en élevage, le Gouvernement entend poursuivre ses actions pour diminuer la consommation d’antibiotiques de 25 % d’ici 2018. 

Les Français consomment en effet plus d’antibiotiques que leurs voisins européens. Le coût direct de cette « surconsommation » a été estimé à 489 millions euros en 2014, quand on compare la France aux trois pays européens les plus vertueux. 

Dans l’hexagone, 12 500 décès seraient liés, chaque année, à une infection à bactérie résistante aux antibiotiques. Si aucune mesure n’est prise, à l’échelle de la planète, il est estimé qu’à partir de 2050, le nombre annuel de décès humains sera de 10 millions, contre 700 000 en 2015. Cela ferait de l’antibiorésistance la première cause mondiale de mortalité, devant les cancers*. 

Sensibiliser et encadrer les prescriptions

Le plan dévoilé par Marisol Touraine comprend plusieurs axes. Un accent sera porté sur la sensibilisation des jeunes et des propriétaires d’animaux. La feuille de route prévoit d’améliorer la formation des professionnels de la santé, de renforcer l’encadrement de la prescription des antibiotiques ou encore d’ajouter un message de mise en garde sur les boîtes de médicaments.

Le Gouvernement souhaite aussi favoriser le développement de nouvelles stratégies thérapeutiques et renforcer les réseaux de surveillance. 

Des éleveurs qui montrent l'exemple

En élevage, plusieurs filières ont réussi à diminuer l’usage d’antibiotiques. La filière cunicole, par exemple, a vu ses index de fréquence des traitements antibiotiques diminuer presque de moitié entre 2010 et 2015. Depuis 2014, elle observe cependant un « effet palier », confrontée à une pression sanitaire forte ainsi qu’à un contexte économique difficile. 

En porc, les dépenses de santé curatives ont baissé, tout comme l’usage d’antibiotiques. Mais la filière se heurte, elle aussi, à des situations sanitaires contraignantes et des bâtiments anciens qu’il faudrait rénover. Cela nécessite des investissements que les éleveurs n’ont parfois plus la capacité de porter.

Un combat mondial

Le combat contre l’antibiorésistance ne pourra s’arrêter aux frontières de la France. Selon Jonathan Brooks, de l’OCDE, l’utilisation d’antibiotiques pourrait croître de deux tiers d’ici 2030, du fait de l’accroissement de la population mondiale. Sachant que le secteur agricole utilise autant d’antibiotiques que le secteur humain. « La Chine, les États-Unis, le Brésil et l’Inde représentent à eux seuls plus de la moitié des antibiotiques utilisés », précise-t-il. 

Aux États-Unis, notamment, les antibiotiques sont utilisés comme agent de croissance dans les élevages. Une pratique que le Gouvernement souhaiterait pouvoir « interdire universellement ». La lutte contre l’antibiorésistance passera enfin par une meilleure surveillance du phénomène dans les pays en voie de développement, où les données manquent encore cruellement. 

*Rapport Review on antimicrobial resistance, Jim O'Neil, mai 2016

 

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