Bien-être animal : les éleveurs reprennent la parole

Lise Monteillet

Bien-être animal : les éleveurs reprennent la parole
© FNSEA

Afin d’analyser le lien qui unit l’éleveur à ses animaux, la FNSEA a organisé une conférence de presse d’un nouveau style, en présence du philosophe Francis Wolff.

Aux quatre coins de la France, des éleveurs montrent, smartphone en main, les conditions dans lesquelles leurs animaux sont élevés. Leurs images sont retransmises en direct sur un écran géant, à Paris, dans une salle emplie de journalistes. Le 14 février, la FNSEA a imaginé une conférence de presse d’un nouveau style pour reprendre la parole sur la question du bien-être animal.

C’est « une première technologique », confie Christiane Lambert, vice-présidente de la FNSEA.  Comme dans toutes les premières, celle-ci a connu son lot d’avaries. Les images pixellisées et le son inaudible ont très sérieusement compliqué le dialogue entre les journalistes et les éleveurs. Cette prestation laisse penser que l’accès à internet depuis les exploitations agricoles mérite d’être amélioré !  La volonté d’échanger était pourtant au rendez-vous. Les quatre éleveurs de porcs charcutiers, de lapins, de lait et d’œufs de consommation ont fait leur possible pour faire visiter leurs bâtiments d’élevage.

 

Ne pas assimiler les animaux de rente aux animaux de compagnie

Le philosophe Francis Wolff a clôturé cette rencontre chaotique.  Celui-ci propose de distinguer trois catégories d'animaux : de compagnie, sauvages et de rente. « L’image des animaux a changé », constate-t-il, notamment parce qu’une large partie de la population vit désormais en ville, où elle n’est plus en contact qu’avec des animaux de compagnie. Dans ce cas, c’est l’échange d’affection qui prime entre l’homme et l’animal.

Le philosophe appelle cependant à ne pas confondre ce type de relation avec l’élevage d’animaux de rente. Ces bêtes, domestiqués depuis 11 000 ans, procurent à l’homme des œufs, de la viande, du cuir, de la laine, etc. Francis Wolff estime qu’il incombe à l’éleveur d’éviter de causer de la souffrance, du stress ou de la peur à ses vaches ou moutons. L’agriculteur doit également leur donner la possibilité d’exprimer les comportements normaux de leur espèce. « On l’a vu, on l’a entendu ce matin. C’est que tente de faire les éleveurs, au détriment de leurs propres rendements », insiste-t-il. Il résume les deux principes qui priment aujourd’hui à ses yeux : « nous voulons des animaux les mieux traités possibles et que les éleveurs puissent vivre de leur travail ». Pour lui, la société ne doit ni « personnifier » les animaux, ni les « chosifier ». 

 

« Éloigner la mort de nos vies »

Autre évolution de la société, « nous avons éloigné la mort de nos vies », souligne Francis Wolff. Alors que les gens meurent aujourd’hui dans des hôpitaux, que les signes extérieurs de deuil sont beaucoup moins visibles, Francis Wolff doute que « notre regard soit encore à même de supporter la mort en face ». Pourtant, comme le rappelle Christiane Lambert, « la mort fait partie de l’histoire de l’animal d’abattage ». La mise à mort des animaux constitue toujours « un moment sensible », pendant lequel il est primordial de causer le moins de douleur possible. Comment ? Par la formation des salariés, l’étourdissement des bêtes ou encore la modernisation des abattoirs, détaille-t-elle.

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