En Argentine, un stérilet pour augmenter la production de viande bovine

En Argentine, un stérilet pour augmenter la production de viande bovine

Le gouvernement argentin a décidé de promouvoir l'utilisation d'un stérilet pour vaches, un dispositif inédit conçu par un vétérinaire local pour augmenter la production de viande en évitant les pertes dues aux gestations.

A l'origine de cette initiative pionnière figure Enrique Turin, un vétérinaire de Pergamino (province de Buenos Aires), qui a inventé le premier Dispositif intra-utérin pour bovins (DIUB).  "C'est un dispositif très bon marché, qui coûte 17 pesos (environ 3 dollars), il s'introduit dans l'utérus des vaches et est destiné aux femelles qui ont déjà bouclé leur cycle reproducteur de cinq à sept veaux", explique M.Turin devant l'atelier où il fabrique son stérilet.

La viande bovine, composante principale de l'alimentation des Argentins, accuse une baisse régulière de production, en partie due au fait que 20% des 5 millions de vaches abattues chaque année portent un foetus.

"Il est nécessaire que les femelles arrivent à vide parce que le foetus absorbe les nutriments et la mère maigrit. Avec le DIUB, nous estimons que nous pourrons produire 5% de viande en plus par animal", assure le vétérinaire de 47 ans qui se trouve à la tête d'une entreprise de deux employés.

 Un programme pilote réussi en 2012 a convaincu le gouvernement de lancer le Programme national de promotion du DIUB.

Ce programme prévoit la distribution de 220.000 DIUB cette année, et autant l'année prochaine, à quelque 20.000 éleveurs détenant moins de 200 têtes de bétail, explique le sous-secrétaire d'Etat chargé de l'élevage bovin, Alejandro Lotti.

"Nous espérons que les producteurs vont considérer cette pratique comme commune parce que c'est important, vu la production bovine extensive de l'Argentine, avec des mâles et des femelles qui se côtoient sur les mêmes prés", poursuit M. Lotti.

L'Argentine compte actuellement 58 millions de bovins sur son territoire, un cheptel qui s'est réduit depuis les campagnes 2008-2009, qui ont vu de nombreux éleveurs liquider une partie de leur cheptel face à l'effet conjugué d'une sécheresse et de nouvelles politiques agricoles gouvernementales. Ils se sont tournés vers des cultures comme le soja, devenu aujourd'hui le principal produit d'exportation du pays.

Déjà 2,5 millions de DIUB exportés

Vingt ans après les premières expériences, le dispositif de M. Turin est désormais produit à l'échelle industrielle, grâce à des machines installées dans un hangar près de la maison du vétérinaire, et des brevets ont été déposés dans plusieurs pays.

Quelque 2,5 millions de DIUB ont déjà été exportés au Brésil, au Paraguay, en Uruguay, en Bolivie, mais aussi en Espagne. Pour conquérir le marché européen, l'entreprise a obtenu le brevet international PCT.

Au Brésil, les dispositifs "sont utilisés dans des élevages privés, mais nous avons des contacts avec des représentants du gouvernement, comme en Colombie, où nous attendons l'aval de l'Institut agricole colombien", explique le vétérinaire.  Et le DIUB séduit aussi de nombreux universitaires et chercheurs, en quête d'alternative à la castration physique ou chimique. Ils sont aussi séduits par la fin du sacrifice de milliers de foetus.

"C'est révolutionnaire, parce que ça fait longtemps qu'on cherche quelque chose de semblable. Ce n'est pas sanglant... Et nous à la faculté obstétrique on travaille depuis longtemps sur une solution comme le DIUB, pratiquement inoffensive", explique le docteur Marco Franco, professeur d'éthologie à l'Université du Salvador et conseiller pour l'Association de Défense des Animaux en Argentine (ADDA).

Beaucoup de groupes pharmaceutiques ont souhaité racheter le brevet de ce vétérinaire. Mais il s'y est toujours opposé. M. Turin veut le distribuer lui-même, espérant ainsi que le plus grand nombre de petits producteurs y auront accès.

Source AFP

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