Face à la crise laitière, le changement de système plus rentable que l'agrandissement!

Jean-Marie Lusson

Face à la crise laitière, le changement de système plus rentable que l'agrandissement!

Même si la chute du prix du lait impacte tous les producteurs, l’éleveur laitier de l’ouest gagne plus à développer un système pâturant économe qu’à s’agrandir ! Tel est le constat de l’Observatoire technico-économique du Réseau Civam sur l’exercice 2015 pour les systèmes bovin lait spécialisés du Grand Ouest. Un message qui détonne tandis que la libéralisation des volumes continue d’accélérer l’agrandissement des moyens de production par actif et les logiques d’investissements sensés réduire les coûts de production.

Depuis 2000, l’observatoire technico-économique du Réseau Civam compare les performances des systèmes herbagers bovin lait du Grand Ouest avec les exploitations laitières du Rica (réseau d’information comptable agricole). 
Sur l’exercice 2015, la chute du prix du lait a impacté le revenu de tous les agriculteurs, à tel point que 28 % des fermes du Rica ont un résultat négatif. Les herbagers, de par leur système économe et autonome, résistent bien mieux, avec 20 598 € de résultat courant par actif pour les non bios, soit en moyenne 12 000 € de plus qu’au Rica (+ 139 %) avec 110 000 L de lait en moins.

Les systèmes herbagers créent plus de richesse (+ 24 % de valeur ajoutée par actif en non bio), qui va prioritairement à la rémunération du travail plutôt qu’aux investissements. Le poids du capital est plus conséquent dans les fermes Rica. Cela se traduit par des charges d’équipement élevées qui consomment 74 % de leur EBE (54 % pour les herbagers non bio). Les systèmes herbagers montrent ainsi que ce n’est pas l’investissement qui fait le revenu, c’est bien la richesse créée !

Le Résultat Social*, nouvel indicateur de gestion créé par le Réseau Civam, démontre qu’avec 300 € de rémunération du travail en plus par hectare, les herbagers, même non bios, ont une capacité bien supérieure à maintenir et développer l’emploi dans les territoires.
Cette efficacité économique repose sur le pâturage qui permet des économies de charges**. Dans les fermes du Réseau, avec en moyenne 64 ares d’herbe/UGB, la part d’herbe pâturée représente 57 % des fourrages consommés, soit 200 jours de pâturage plat unique.
Autant de résultats qui confortent les tendances observées par l’Observatoire les années passées.

Une étude complémentaire révèle aussi que les économies d’échelle ne sont pas linéaires en agriculture. A un certain seuil, l’agrandissement dégrade même la situation financière des fermes. Et les très grandes structures par actif font vivre 2 fois moins d’actifs agricoles sur les fermes et sur les territoires que des petites structures.

Dans les stratégies qui s’offrent à un agriculteur souhaitant améliorer ses résultats, la meilleure option reste le changement de système plutôt que l’agrandissement (par exemple pour une petite structure par actif : - 1 000 € de résultat courant en s’agrandissant ; + 6 000 € avec un changement de système).

Pour réussir cette transition, les échanges en groupe permettent aux agriculteurs d’être mieux accompagnés dans leurs nouveaux choix techniques et de développer leur autonomie de décision.

Lien pour lire l'étude complète :  http://www.agriculture-durable.org/lagriculture-durable/lobservatoire-technico-economique/

*Résultat social : il mesure le résultat permettant de 1) rémunérer tout le travail, exploitant et salarié, direct (rémunérations) et différé (prestations sociales) ; 2) d’assurer la santé financière de l’exploitation (augmenter la part des capitaux propres dans le passif et donc réduire l’endettement).

**Réduction des charges : 2 fois moins de concentrés par UGB, 30 € de coût alimentaire en moins aux 1000 L, et par hectare : 75 % d’économie d’engrais, 67 % d’économie de phytos et 200 € de coût de mécanisation en moins.

Contact presse : Romain DIEULOT, coordinateur Systèmes pâturants & Évaluation, Réseau CIVAM, SPEA - Pôle Agriculture Durable Grand Ouest. Tel : 02 99 77 39 24. Mail :   romain.dieulot@civam.org. Site :  www.agriculture-durable.org et  www.civam.org

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Commentaires 8

COMPTE263

pâturer oui mais comment fait on avec un troupeau sur la route et des automobilistes mécontents qui klaxonnent et affolent les vaches et ceux qui rouspètent à cause des bouses sur la route les bien pensants peuvent-ils me répondre ???

invictus

attention je suis éleveur en système pâturant mais pas tout herbe. et il y a des années comme cette année ou je suis bien heureux d'avoir du maïs surtout au vu des bons rendement de cette année. c'est vrai qu'on a eu un super printemps avec fermeture du silo au 1er Avril mais à partir de juillet paillasson total même la fétuque était certe plus verte mais zéro pousse...
quand il ne pleut pas et qu'il fait 35° pas de solution miracle et pourtant l'été j'ai 45 ares par vl
Alors attention je ne pense pas que les systéme pâturant sont faisable partout et par tous et il ne faut pas que l'idéologie passe avant l'économie! #PAysan adgo 76

Paysan ADGO-76 – Grand Ouest

1- Lorsque je vous lis, comment peut-on imaginer une seule seconde, de dire, que ce n’est pas possible d’activer le système pâturant sur toutes les fermes France... Oui c’est totalement faisable, sans aucune exception de région. La preuve en est, je reviens tout juste d’un séminaire système d’exploitation de Moyenne Montagne, où le système pâturant y est développé et les éleveurs se félicitent de la réussite environnementale, économique et sociale qui en découle de leur ferme, en retrouvant une sérénité totale depuis qu’ils ont quittés le système productiviste. Encore faut-il adapter les espèces au territoire.

quinenpeuplu

Le paturage c'est bien quand l'herbe pousse toute l'année, ici ça fait 16 mois que nous sommes en déficit hydrique alors sans stock!Que les vaches sortent au pré quoi de plus naturel et c'est bon pour leur santé mais qu'elles produisent c'est bon aussi pour le moral financier de l'éleveur par les temps qui courrent! Quel salariés aujourd'hui accepterai de travailler 70h/semaine pour un revenu mensuel de 1000€?
je vous laisse c'est dimanche soir et...c'est l'heure de la traite

invictus

#ebene35 moi perso je préfère aller chercher les vaches aux champs que de mettre en route le tracteur et la mélangeuse ou bien de passer 1/2 heure a consulter l'ordi et trier les vaches non traites c'est une question aussi de goût personnel. quand aux tonnes à eau à déplacer c'est pas un argument un simple réseau d'eau réduit l'astreinte à seulement vérifier les fuites la propreté des bacs comme en stabu quand aux fils un pâturage tournant c'est juste des poignées à changer tous les 2-3 jours.. le débat est donc plutôt si tu aimes l'herbe ou pas c'est clair que si un éleveurs n'est pas convaincu pâturage ça ne marchera pas il rouvrira le silo et repartira dans son ancien système

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