GB: Sous perfusion de Bruxelles, Toby Bulgin, éleveur du Norfolk, craint le Brexit

GB: Sous perfusion de Bruxelles, Toby Bulgin, éleveur du Norfolk, craint le Brexit

Le visage anxieux de Toby Bulgin se reflète dans un étang de sa ferme, entourées de prairies marécageuses. Depuis l'annonce d'un référendum sur la sortie du Royaume Uni de l'Union européenne, il redoute des jours sombres pour un secteur agricole déjà mal en point.

Dans ce domaine de la région de Norfolk (est de l'Angleterre), bêlements et chants d'oiseaux s'entremêlent.   L'éleveur est rémunéré par l'UE pour maintenir une partie de son exploitation inondée et entretenir une réserve ornithologique, ce qui le contraint à réduire le nombre de bêtes par hectare exploité. Aujourd'hui, une interrogation plane sur ce contrat de dix ans signé l'année dernière. "Je n'arrive pas à imaginer que le gouvernement britannique mette en place une politique raisonnable pour aider les campagnes", s'inquiète l'éleveur au volant de son 4x4, inspectant son troupeau.  

Les fermes britanniques sont fortement subventionnées par la politique agricole commune (PAC) de l'UE. Outre ce programme environnemental, Bruxelles accorde des paiements aux agriculteurs qui varient en fonction du type et de la taille de leur exploitation. Selon un rapport de l'Institut pour une politique environnementale européenne (IEEP), chaque agriculteur britannique reçoit en moyenne un chèque annuel de 27.000 livres (34.000 euros), soit plus que le salaire d'un instituteur. Les subventions représentent 30 à 40% des revenus de Toby Bulgin. Mais pour d'autres exploitations, ce montant dépasse largement 50%. Le Premier ministre conservateur David Cameron fait campagne pour rester dans l'Europe, mais son parti se déchire sur le sujet, tout comme sur la question des subventions agricoles.

Boris Johnson, le maire conservateur de Londres, pro-Brexit (sortie de l'UE), promeut par exemple un modèle libéral avec des subventions a minima. Toby enfonce sa fourche dans un tas de foin qu'il jette dans l'enclos des moutons. "Soit le consommateur doit payer plus pour manger, soit l'agriculteur doit être subventionné pour produire moins cher. Si nous n'avons pas de subventions alors que le reste de l'Europe en a, les fermiers ici iront droit au mur".      

Angoisse de l'inconnu

Le secrétaire d'Etat à l'Agriculture, George Eustice, également en faveur d'une sortie de l'UE, se veut rassurant. "Le gouvernement britannique va continuer de donner aux agriculteurs et à l'environnement autant de soutien, sinon plus, que ce qu'ils ont actuellement", a-t-il affirmé. Des mots qui veulent apaiser face à l'angoisse de l'inconnu. En cas de Brexit, il faudra au moins deux ans aux 28 pour négocier les termes de la sortie. "Les agriculteurs sont déjà dans une situation économique difficile", prévient Allan Buckwell, auteur du rapport de l'IEEP, et cette période d'incertitude risque selon lui d'inquiéter les investisseurs et de faire chuter les prix. "Il pourrait y avoir une dépression sérieuse, et même une récession dans le secteur agricole si rien n'est fait pour rassurer".  

Récemment, un millier d'agriculteurs ont battu le pavé londonien avec vaches et moutons pour protester entre autres contre l'effondrement du prix du lait. Selon les chiffres du gouvernement, les revenus des producteurs de lait ont dégringolé de 45% lors de la dernière année fiscale. Ceux des céréaliers ont également chuté de 24%. "On essaie de s'en sortir mais les supermarchés poussent tout à la baisse. L'industrie du boeuf mais aussi les cultures arables, le maïs, tout le monde est à genoux", déplore Yulita Parkes, une militante du groupe Farmers for Action qui a organisé la manifestation.  

Le secteur agricole reste malgré tout divisé. Au sein du groupe Farmers for Action, 50% sont contre une sortie de l'UE mais 50% sont au contraire pour. Mais pour Allan Buckwell, dans le secret des bureaux de vote, le choix sera rapide: "Beaucoup d'agriculteurs se laissent séduire par la rhétorique anti-européenne sur la régulation à outrance. Mais les poules ne votent pas pour les renards. Ils savent tous quel chèque ils touchent à la fin du mois". Toby Bulgin a déjà fait son choix, même s'il reste tiraillé. "Je suis britannique, je suis anglais. Mon coeur me dit, +sors de l'UE+. Mais ma tête dit qu'il faut y rester. Je ne crois pas que le gouvernement s'occupera de notre agriculture de la même manière que l'Europe le fait."

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Commentaires 1

a

ou là, les Français ne sont pas en dessous de tout, les pilotes Allemands ont aussi fait des grèves, leurs éleveurs itou et maintenant les Anglais, vite vite cachons cette information, faisons tout pour qu'elle n'apparaisse jamais à la télé, vite des drones, des imprimantes 3D, de la vente directe, du bio (jamais de faillite en bio c'est évident), c'est forcement mieux chez le voisin, pas réfléchir, pas réfléchir...

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