Gestion des strongles gastro-intestinaux. Le rendez-vous d’automne

Dr Dider GUERIN et Dr Boris BOUBET

Gestion des strongles gastro-intestinaux. Le rendez-vous d’automne

Le kit « strongles » en automne => Une gestion adaptée des strongles dans les deux premières années de vie des bovins s’avère primordiale, l’automne constitue une période de bilan et d’adaptation de son plan antiparasitaire.

Retrouvez le dossier parasitisme en suivant ce lien DOSSIER PARASITISME

Gestion des strongles gastro-intestinaux. Le rendez-vous d’automne

Pour être efficace vis à vis du risque « strongles », avec les outils agronomiques et médicaux, deux rendez-vous sont incontournables : le printemps, pour définir la stratégie à adopter pour le pâturage (cf. article du 17/03/2017) et l’automne, pour tirer le bilan de la saison passée et mettre en place, si nécessaire, un traitement antiparasitaire.

Les jeunes, cible principale des strongles gastro-intestinaux

Une gestion adaptée des strongles dans les deux premières années de vie des bovins s’avère primordiale pour deux raisons principales :

  • Les jeunes sont très sensibles à ces parasites en raison d’une immunité absente ou insuffisante et de la grande capacité de multiplication de ces strongles. Ils représentent une parasitose majeure pour les jeunes ruminants élevés sur prairie.
  • Tout retard de croissance enregistré pendant cette période ne sera jamais totalement compensé. Les séquelles seront d’autant plus importantes que les animaux sont jeunes. Cela se traduira par un moindre développement musculosquelettique.

Une contamination variable selon les animaux

La période de vêlage va impacter la dynamique de contamination des animaux et des parcelles. Il faut attendre 3-4 mois pour que le veau allaitant acquière une capacité d’ingestion « suffisante » pour entraîner une contamination, le lait étant la base de l’alimentation auparavant. Donc, tout veau âgé de 4 mois ou plus à la mise à l’herbe présentera un potentiel de recyclage des strongles maximal du fait d’une capacité d’ingestion suffisante et de l’absence d’immunité vis à vis des strongles. Ces animaux vont présenter rapidement un niveau de contamination élevé et, par contre, acquérir une immunité importante au cours de leur 1ère année de pâturage. A l’inverse, des veaux plus jeunes (nés en fin d’hiver) présentent un potentiel de recyclage beaucoup plus faible et ne seront infestés par les strongles de manière significative qu’à l’automne mais ne bénéficieront que d’une immunité en début d’acquisition.

Un diagnostic « strongles » basé sur l’examen des animaux avec une estimation de l’immunité…

L’observation des animaux permet de relever d’éventuelles atteintes cliniques (« poil piqué », diarrhée) ou subclinique (amaigrissement). S’il est indispensable, il n’est cependant pas suffisant ; des animaux paraissant sains peuvent héberger de nombreux strongles enkystés.

Le cycle parasitaire chez le bovin agit sur l’installation de l’immunité antiparasitaire. Au contact du parasite, l’organisme va graduellement réagir en bloquant le développement des strongles. Une larve d’Ostertagia ostertagi (strongle le plus fréquent et le plus pathogène du bovin), ingérée deviendra un adulte excréteur dans 70 % des cas sur un veau et dans 0,1 % des cas sur un animal correctement immunisé ! L’acquisition de l’immunité est estimée avec le Temps de Contact effectif (TCE) (cf. illustration).

Gestion des strongles gastro-intestinaux. Le rendez-vous d’automne

… complété par des analyses de sang et de fèces

La coproscopie est intéressante, mais ne donne une idée que du nombre de strongles adultes et en capacité de pondre. Elle n’est utilisable que sur des bovins de moins de 6 mois. L’excrétion fécale (ponte des strongles) se réduisant très fortement après quelques semaines d’infestation, un examen sérologique pour estimer le niveau d’infestation est à associer. Le dosage du pepsinogène plasmatique est un excellent outil de mesure de la charge parasitaire en Ostertagia sur les animaux en première ou deuxième saison de pâture (cf. illustration).

Le plan de prévention strongles « ni trop peu, ni trop », « mieux traiter »

Une fois le diagnostic parasitaire posé, la stratégie de lutte est à adapter si l’infestation des animaux est trop importante ou préserver les parasites résiduels pour développer l’immunité si l’infestation est faible. Le plan d’intervention qui va en découler devra limiter toute implication clinique ou subclinique des strongles tout en préservant au maximum le capital immunitaire avec une notion de gestion des coûts de traitement.

Des résistances aux antiparasitaires…

Pendant longtemps, éleveurs et vétérinaires ont eu la certitude de pouvoir éradiquer le parasitisme avec un schéma du « tout traitement ». Si ce système a donné satisfaction pendant de nombreuses années, ces parasites, comme les autres êtres vivants, nous montrent qu’ils savent s’adapter. Les familles d’antiparasitaires étant limitées en nombre (3 pour les strongles), des résistances des parasites aux antiparasitaires sont apparues. D’abord très important en ovin (parfois 100 % de résistance pour certains strongles), ce phénomène apparu en bovins au début des années 2000 est en développement, y compris en France. Une étude réalisée dans le grand ouest a mis en évidence des baisses d’efficacité des ivermectines et apparentées sur un strongle, Cooperia, dans des troupeaux de génisses laitières. En allaitant, ne pas traiter les adultes correctement immunisés est un bon moyen de préserver des strongles sensibles aux antiparasitaires.

Gestion des strongles gastro-intestinaux. Le rendez-vous d’automne

… et des molécules avec un impact environnemental

Les résidus antiparasitaires peuvent ne pas être sans impact sur l’environnement. C’est pourquoi toutes les molécules utilisées vont être classées en fonction de critères P. B. T. (Persistance, Bioaccumulation, Toxicité), les plus dangereuses verront leur emploi limité, voire interdit. Penser immunité, alterner les molécules et raisonner l’emploi des produits les plus rémanents deviennent incontournables. Si les utilisateurs ne font pas aujourd’hui l’effort de faire évoluer leurs pratiques, c’est le législateur qui l’imposera à court terme.

Une prescription raisonnée à adapter à chaque élevage et chaque année

La gestion du parasitisme se base sur le poids pathogène des parasites en intégrant leur cycle et les interférences hôte/parasite/environnement. Le plan antiparasitaire se définit annuellement, avec le vétérinaire prescripteur de son élevage, à partir des observations effectuées, du cycle de pâturage réalisé pour chaque lot, des traitements déjà réalisés et de l’utilisation adéquate des moyens de diagnostic. Pour une vision d’ensemble sur le plan de maîtrise du parasitisme dans votre troupeau, consultez le dossier parasitisme sur notre site, « onglet boîte à outils – bovins ». Votre vétérinaire prescripteur et GDS Creuse sont à votre disposition pour tout renseignement complémentaire.

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier