Influenza aviaire : les canetons repeuplent les élevages du Sud-ouest

Lise Monteillet

Influenza aviaire : les canetons repeuplent les élevages du Sud-ouest

Après l’épisode de vide sanitaire, beaucoup de producteurs sont soulagés de reprendre leur activité. Mais l’ombre du virus plane toujours au-dessus des têtes.

Quelles indemnisations ?

130 millions d’euros ont été prévus pour aider les producteurs touchés et les accouveurs, ainsi que 220 millions d’euros pour financer la rénovation et la mise aux normes des bâtiments d’élevage.

Par ailleurs, Stéphane Le Foll a indiqué que les autres entreprises concernées par le dépeuplement (abattage, transformation, transport, entreprises de nettoyage/désinfection, fabricants d’aliments pour volailles…) bénéficieraient de mesures qui pourraient représenter 120 millions d’euros. 

« Mon ressenti, c’est qu’il faut aller de l’avant », confie une gaveuse gersoise, qui commercialise 2500 canards gras par an en vente directe. Comme elle, tous les producteurs de palmipèdes doivent suivre une formation en biosécurité et s’atteler aux travaux de mise aux normes, suite à l’épidémie d’Influenza aviaire. Le vide sanitaire imposé dans le Sud-ouest s’achève.

La productrice gersoise attend de pied ferme le retour des palmipèdes sur son exploitation, qu’elle achète prêts à gaver. « Grâce à la formation, on prend conscience que l’Influenza aviaire est un problème sanitaire majeur, explique-t-elle. Il faut faire en sorte que cela ne se reproduise pas, revoir notre méthode de travail »

« On est dans le dur »

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Selon le comité interprofessionnel des palmipèdes à foie gras (Cifog), 80 % des éleveurs ont maintenant retrouvé leurs canetons, malgré quelques retards liés à des nettoyages et désinfections mal réalisés. Les gaveurs pourraient ainsi reprendre leur activité fin juillet – début août.

« On est dans le dur », témoigne Pierre Peres. Celui-ci élève habituellement 30 000 animaux par an, vendus à des petits gaveurs ou gavés sur l’exploitation. « Quand les bâtiments sont vides, on se pose des questions. Des producteurs ont des difficultés financières, le moral prend un coup », ajoute-t-il. Heureusement, une partie des aides devrait être versée dans quelques jours.

Biosécurité vs circuits courts

Le repeuplement est conditionné à de nouvelles mesures de biosécurité. La mise en place de la « bande unique » est une source d’inquiétude chez les producteurs en circuits courts, habitués à élever des canards d’âges différents, afin d’étaler leur production. « Il est encore possible de travailler en bandes multiples, sous certaines conditions, comme le respect d’un vide sanitaire plus exigeant », précise Philip Everlet, responsable du pôle élevage à la chambre d’agriculture du Gers. « Des situations pragmatiques ont été trouvées, les circuits courts vont pouvoir continuer à travailler », confirme Marie Pierre Pé, directrice du Cifog.

La Confédération paysanne, pour sa part, n’approuve pas le guide des bonnes pratiques mis en place par le ministère de l’Agriculture. Elle dénonce « l’industrialisation forcée de l’élevage fermier » à travers ces mesures. Le syndicat appelle, dans un communiqué, à poser « la question du rôle des transports et de la concentration, donc de l’industrialisation, dans le développement de la maladie ».

Une nouvelle façon de travailler

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Les efforts de mise aux normes se révèlent plus ou moins coûteux, selon les exploitations. Pierre Peres, qui élevait simultanément 5-6 âges différents, a décidé de simplifier son système en passant à 1-2 âges. « Techniquement, c’était compliqué et nous prenions des risques sanitaires. Nous avons dû nous restructurer avec quatre éleveurs, en mettant en commun notre planning », raconte-t-il. Désormais, ils gèrent ensemble un planning de 100 000 canards, destinés à 70 gaveurs. Chez Pierre Peres, la mise aux normes va aussi se concrétiser par la construction de sas, d’aires d’élevage, d’aires bétonnées, etc.

« Eviter que le virus revienne »

Marcel Saint-Cricq, pour sa part, élève et gave des canards dans les Landes pour la Coppac. Les canetons viennent d’arriver sur son exploitation en pleine refonte avec  la pose de sas, l’adaptation du système d’abreuvement, le nouveau dessin des parcours par unité de production… Un mal nécessaire. « On ne veut pas revivre une crise pareille. Nous devons éviter que le virus revienne, et surtout, qu’il se diffuse », déclare-t-il. Le vide sanitaire a fait chuter la production nationale de 25 %, soit 9 millions de canards en moins. 

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