L'accélération à contre-temps : innovation ou frein pour le pâturage ?

Etienne CHOISY (conseiller technique spécialiste des systèmes herbagers au CIVAM 72)

L'accélération à contre-temps : innovation ou frein pour le pâturage ?

Ne pas laisser un temps de repos suffisamment long entre deux tours de pâturage est doublement pénalisant pour l’éleveur : à court terme, il perd sur la productivité de l’herbe, sur le long terme, il compromet la pérennité de la prairie. Économiquement, il est perdant sur toute la ligne.

« Je ne comprends pas, j’ai 35 hectares pâturables pour mes 75 vaches, et cette année je n’ai pas réussi à débrayer un seul paddock ! ». En regardant de plus près le planning de pâturage, on relève sur chacun des 19 paddocks, 10 tours dans l’année, avec un temps de repos de seulement 14 jours au printemps et en été. Il s’agit d’un cas d’accélération à contretemps.

Les plantes à rosette ont pris le dessus ...

Sur le plan économique, c’est un cercle vicieux. D’abord, car la moitié du rendement est perdu lorsqu’on fait pâturer 7 jours trop tôt. André Pochon, éleveur et co-fondateur du CEDAPA dans les Côtes d’Armor, l’a souvent répété. Un temps de retour de 21 jours est un optimum entre le temps de repos, la quantité d’herbe et la qualité de la pousse. En Sarthe, la pousse de l’herbe au printemps est en moyenne de 60 kg/ha/j. Un stade d’entrée 7 jours trop tôt, c’est 420 kg/ha de perdu, soit pour notre éleveur, environ 15 TMS de perdu sur un unique tour de ses 35 hectares de pâtures ! Pour un autre éleveur, le surpâturage a dégradé prématurément la flore de sa prairie, et a accentué la perte de productivité (porcelles, plantes à rosettes …). Les prairies seront cassées au bout de 5 ans, bien loin de son objectif initial de 9 ans.

Mais alors, que se passe-t-il à nos pieds ? Les graminées peinent à taller. Et à force de faire pâturer les jeunes repousses, la plante puise dans ses réserves racinaires pour reconstituer la partie aérienne qui ne parvient pas à effectuer de photosynthèse pour reconstituer à son tour les réserves. Elle s’épuise, se nanifie, les racines s’implantent moins en profondeur, et quand arrivent les premières chaleurs, elle meurt et laisse la place aux espèces indésirables.

L’accélération à contretemps produit l’effet inverse de ce qui est recherché chez nos deux éleveurs. Pour l’un, c’est la volonté de diminuer son coût alimentaire qui l’a amené à pâturer sans faiblir. Mais à terme, de telles pratiques peuvent lui coûter cher, surtout s’il s’agit de retourner précocement la prairie. Pour l’autre, son choix était motivé par la recherche d’autonomie fourragère. « Ça m’embête de devoir affourager en juin », dit-il.  Certes, mais cela permettra de pâturer de plus belle à l’automne, et de tendre ainsi vers l’autonomie fourragère.

Alors, comment se prémunir des risques ? En premier lieu, les groupes d’éleveurs herbagers s’accordent à dire qu’il faut être rigoureux et méthodique dans la gestion de l’herbe. Deux heures passées chaque semaine à faire le tour de ses prairies pour mesurer les hauteurs d’herbe n’est pas du temps perdu, mais de l’argent gagné ! Et puis, cotiser au CIVAM est indispensable ! Car en guise de cadeau de bienvenue, le calendrier de pâturage et le Pâtur’Agenda aideront tous ceux qui cherchent des repères sur l’herbe. Mais rien ne vaut une journée d’échanges avec un groupe d’éleveurs du CIVAM pour avoir des réponses précises à ses questions, se rassurer, bénéficier de l’expérience des collègues. Bref, un investissement rentable !

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