La besnoitiose, une maladie émergente. Une progression inquiétante

Dr Boris BOUBET

La besnoitiose, une maladie émergente. Une progression inquiétante

La besnoitiose bovine => C’est une maladie vectorielle provoquée par un parasite de la famille des coccidies. Le bovin n’est que l’hôte intermédiaire, mais c’est l’animal le plus cliniquement atteint et de manière incurable. Les symptômes cutanés dominent conduisant à une non-valeur économique.

La besnoitiose, une maladie émergente. Une progression inquiétante

L’abattage prochain de 65 vaches laitières dans les Vosges, couplé à la découverte de cas dans l’Allier ou l’Indre, a mis en lumière la progression de cette maladie parasitaire en France avec un gradient sud-nord.

Un protozoaire de la famille des coccidies

La maladie est due à un parasite microscopique qui s’apparente à une coccidie. Le nom de Besnoitia besnoitii fait référence au nom du chercheur (BENOIST) qui a découvert le parasite au début du 20ème siècle. On ne connait pas avec certitude l’hôte définitif du parasite en Europe. Le bovin et le zébu ne sont que des hôtes intermédiaires mais sont les espèces cliniquement atteintes.

Une dissémination nationale

La besnoitiose bovine (ou anasarque des bovins ou maladie de la peau d’éléphant) est une maladie historiquement connue dans l’Europe du sud (Espagne, Portugal) et le sud de la France (Pyrénées). Elle semblait vouée à l’extinction en France (aucune observation entre 1970 et 1990). Pourtant, elle connaît une expansion géographique marquée depuis 1995 sous la forme de foyers présents d’abord dans le quart sud-ouest de la France, puis au sud de la Loire et maintenant sur les 2/3 sud du territoire national (cf. carte).

Une transmission par les insectes piqueurs… une dissémination par camion !

Sa dissémination récente au niveau de la France et son expansion vers l’Europe centrale est principalement due à l’introduction de bovins contaminés au sein de troupeaux indemnes. Ils servent d’amorce au foyer. Sur place, cette maladie vectorielle est essentiellement transmise par des insectes piqueurs (taons, mouches piqueuses) mais également par l’emploi d’aiguilles à usage multiple. Elle apparaît d’abord par foyers disséminés, cantonnés à une vallée ou un périmètre bien défini, puis diffuse autour pour devenir endémique. Elle est peu connue des éleveurs et des vétérinaires ce qui explique le diagnostic souvent tardif de la pathologie dans un élevage.

Une évolution progressive des symptômes en 3 étapes…

Du fait de la transmission par les insectes hématophages, c’est une maladie plutôt saisonnière, sévissant à la belle saison. Plus de 80 % des cas cliniques sont identifiés entre juin et septembre. De nombreux bovins touchés par la besnoitiose parviennent à maitriser l’infection par réaction immunitaire et deviennent alors porteurs latents sans en exprimer les symptômes. Ceux qui ne maitrisent pas l’infection vont développer la maladie dans des délais très variables, allant de 15 jours à plusieurs mois. Après une incubation de 6 à 10 jours, trois phases se succèdent.

… un syndrome fébrile type grippal, suivi d’œdèmes et de sclérodermie terminale

Pendant 3 à 10 jours, le bovin malade est très essoufflé, fuit la lumière, a les yeux et le nez qui coulent et présente une forte fièvre (+41°C). On peut à ce stade confondre avec une grippe mais la peau devient congestionnée et est très sensible au pincement.

La fièvre disparaît puis des œdèmes apparaissent pendant une à deux semaines : yeux gonflés, testicules ou mamelles enflés, peau chaude, douloureuse, démarche raide. Les lésions sont déjà plus identifiables. Le parasite se développe au sein de divers tissus (muqueuses, peau…). Les œdèmes disparaissent progressivement, la peau dans les régions atteintes s’épaissit, se plisse et se cartonne. Les poils tombent et se raréfient. Les animaux atteints présentent des difficultés pour se déplacer, s’amaigrissent progressivement. Cela entraîne la stérilité totale des taureaux, une chute de la production laitière et peut même provoquer la mort dans les cas les plus graves. Les jeunes bovins entre 2 et 4 ans sont les plus sensibles et la clinique est plus sévère sur les mâles, chez qui la mortalité peut atteindre 10 %.

La besnoitiose, une maladie émergente. Une progression inquiétante

Un diagnostic clinique et expérimental

Le diagnostic se fait généralement sur la base des signes cliniques lorsque l’élevage se trouve en zone où la prévalence est forte. En fin d’évolution les lésions sont caractéristiques mais avant ce stade l’observation attentive des zones à peau fine et des yeux permet de constater la présence de petits kystes sur la muqueuse vaginale ou la sclère. Ils apparaissent environ 1 mois après le début de la maladie et c’est un signe très spécifique de la maladie.

Expérimentalement, la confirmation des cas se faisait par PCR sur prélèvement de peau. Des tests sérologiques sont disponibles dans de nombreux laboratoires mais ils ne détectent que les animaux infestés depuis plus d’un mois et leur fiabilité est encore à évaluer. Les données sérologiques accumulées sur les cinq dernières années montrent que dans un cheptel, de nombreux bovins sont porteurs du parasite sans jamais avoir manifesté la maladie. Ce constat confirme qu’il existe une forme de portage asymptomatique du parasite.

Des moyens de lutte individuelle limités

De fortes doses d’anti-infectieux (type sulfamides) dans les trois premiers jours de la maladie permettent de limiter les symptômes. Cependant, l’animal reste porteur du parasite et source de contamination pour le troupeau. Après cette période initiale, les traitements ne sont plus que symptomatiques.

Si de la besnoitiose est identifiée dans un foyer, la seule action préventive réalisable est la lutte contre les insectes piqueurs avec des produits à pulvériser ou à verser sur le dos, mais son efficacité est faible sur les taons. Il faut également changer d’aiguille entre chaque bovin lors des traitements.

Une gestion dans un élevage basée sur l’élimination des positifs

Lorsqu’un cas clinique est découvert, des mesures sanitaires sont mises en place : élimination vers l’abattoir de tous les animaux porteurs de kyste (ce n’est pas une zoonose et la viande est consommable), dépistage sérologique sur tous les bovins de plus de 6 mois afin de séparer les animaux porteurs et réforme progressive. La maladie entraîne globalement peu de mortalité, mais des pertes économiques importantes : stérilité des taureaux, moins-value économique, coût des traitements. Dans les cheptels très contaminés, vivre avec la maladie coûte 7 fois plus cher que d’organiser un assainissement.

Une action nationale de GDS France

C’est pourquoi la décision a été prise lors de l’AG de GDS France à Lille de favoriser l’élimination des animaux infectés et de limiter la diffusion de la maladie par un dépistage des animaux en sortie de foyer à destination de l’élevage. Les GDS départementaux verseront ainsi, à partir du Fonds de Mutualisation GDS, une aide de 100 € par animal infesté éliminé et de 6 € par analyse réalisée en sortie de foyer et, ceci, jusqu’en 2020. Pour Michel Combes, Président de GDS France, « cette décision du réseau des GDS s’inscrit pleinement dans leurs missions d’organisation et d’accompagnement des éleveurs français face à tous les dangers sanitaires ».  Pour plus d’informations, sur notre site,  consultez le paragraphe « BESNOITIOSE » du chapitre « PARASITISME » de l’onglet « BOITE A OUTILS – BOVINS ». Votre vétérinaire et nous-mêmes sommes à votre disposition pour tout renseignement complémentaire.

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