La néosporose. Une maladie abortive à mieux connaître

Dr Boris BOUBET et Dr Didier GUERIN

 La néosporose. Une maladie abortive à mieux connaître

La néosporose bovine => Parmi les causes d’avortements, la néosporose nécessite une approche particulière en raison de son mode de contamination

Retrouvez des informations complémentaires concernant les avortement sur www.gdscreuse.fr onglet "boite à outils BOVINS"

 La néosporose. Une maladie abortive à mieux connaître

La néosporose est une protozoose abortive chez les bovins due à un parasite de la famille des coccidies, Neospora caninum, avec comme hôte définitif le chien. Présente un peu partout dans le monde, elle est la cause de 5 à 25 % des avortements rencontrés principalement dans les troupeaux laitiers mais aussi en élevage allaitant comme le montrent les derniers résultats du « kit avortements CRSSA » (cf. article du 06/10/2017).

Un cycle complexe en raison de sources d’infections multiples

Découvert à la fin des années 80, Neospora caninum présente un cycle de développement original. Le chien, le coyote et probablement le renard sont les hôtes définitifs. Il existe de nombreuses espèces d’hôtes intermédiaires : ruminants (y compris sauvages), rongeurs, poulets. Les canidés sont infectés en ingérant des matières contaminées issues d’hôtes intermédiaires infectés ne présentant pas forcément de symptômes (délivrances, avortons, cadavres divers). Ils excrètent ensuite les parasites (sous forme d’ookystes) dans le milieu extérieur par leurs déjections. Ces ookystes sont très résistants.

 La néosporose. Une maladie abortive à mieux connaître

Des modes de transmission différents : horizontale ou verticale

Deux types de transmissions existent. La transmission horizontale consiste en une infection de l’animal par ingestion d’eau ou d’aliments contaminés. Si la vache est infectée pendant la gestation, elle peut s’avorter mais produit le plus souvent un veau infecté, c’est la transmission verticale (ou transplacentaire). Si c’est une femelle, ce veau infecté in utero produira à son tour des veaux infectés dans 95 % des cas. Suite à une introduction positive, la transmission est verticale et le nombre de bovins positifs au sein du cheptel augmente lentement. Par contre, il n’existe pas de transmission de vaches infectées à vaches saines même par ingestion de délivrances infectées. Pour qu’il y ait propagation, la présence de l’hôte définitif ou de ses déjections est indispensable. Parallèlement, aucun cas de néosporose n’a été diagnostiqué chez l’Homme.

Des symptômes peu révélateurs

La transmission de la mère au veau pendant la gestation se produit sans provoquer de symptômes chez ce dernier. Si un avortement se produit, il intervient généralement entre le 5ème et le 7ème mois de gestation mais est possible dès le 3ème mois. Il est généralement sporadique mais peut survenir de manière répétée durant toute l’année. Le fœtus peut mourir, être résorbé dans l’utérus, momifié ou décomposé. Le veau peut également être mort-né ou s’il nait vivant, il peut présenter des troubles neurologiques (ataxie, perte d’équilibre, diminution du réflexe rotulien, exophtalmie, déviation du globe oculaire), des déformations diverses telles que la contracture des membres antérieurs ou postérieurs ou un retard de croissance important. En cas de symptômes évocateurs, un diagnostic différentiel avec la BVD par exemple est nécessaire.

La présence de l’avorton nécessaire pour le diagnostic individuel

Le diagnostic individuel s’appuie sur la mise en évidence chez l’avorton du parasite par PCR (recherche intégrée dans le « kit avortements » CRSSA) (cf. article du 06/10/2017). Pour le diagnostic direct, la PCR peut s’effectuer sur différents tissus : cœur, cerveau, rein ou poumon pour des fœtus de moins de 6 mois, exclusivement sur cerveau pour des fœtus de plus de 6 mois. Le placenta n’est pas un prélèvement de choix car le parasite n’y est pas forcément identifiable. Pour le diagnostic indirect (mise en évidence du passage du parasite), une sérologie par technique ELISA est effectuée. La sérologie individuelle positive sur une vache avortée ne permet pas de conclure seule. En cas de séries d’avortements, le diagnostic de troupeau s’appuiera sur des analyses sérologiques (ELISA) avec réalisation de 6 sérologies sur des vaches (dont 3 primipares) appartenant au lot concerné par la série d’avortements : femelles ayant avorté complétées par le prélèvement de femelles à problème de reproduction dans les 4 mois précédant (prise en charge de 50 % des frais d’analyse par GDS Creuse).

Dans les élevages touchés, identifier le mode de contamination (horizontal ou/et vertical) et évaluer la proportion de vaches séropositives

Il n’y a pas en France de vaccin ou de traitement pour lutter contre cette maladie. Les mesures prophylactiques sont donc exclusivement sanitaires. Dans un élevage où des avortements à Neospora caninum ont été confirmés, la première étape consiste à essayer d’identifier le mode de contamination qui prédomine dans l'exploitation : contamination horizontale (à partir de chiens ou d'autres canidés) ou verticale (des vaches aux veaux) et évaluer la proportion de vaches séropositives. Des sérologies seront réalisées sur 15 à 20 vaches : avortées, ascendantes, collatérales et descendantes et des vaches non-avortées et sans liens familiaux avec les précédentes (les sangs de prophylaxie peuvent être utilisés). Si la séropositivité semble liée aux familles, l’hypothèse d’une contamination par voie verticale prime. Si les résultats sont plus aléatoires, c’est plutôt l’hypothèse d’une contamination par voie horizontale qui domine. Mais les deux modes de contamination peuvent coexister.

Lutte contre la transmission verticale : agir selon la proportion de vaches séropositives

Elle passe d’abord par le contrôle systématique des femelles à l’introduction (prise en charge de 50 % des frais d’analyse dans le cadre du billet de garantie conventionnelle), afin de ne pas introduire de nouveaux animaux porteurs. Ensuite, si la proportion de vaches séropositives est faible (ce qui implique d’analyser tout le troupeau), la réforme de la ou des lignées concernées à court terme sera envisagée. Si la proportion de vaches séropositives est non-négligeable, on étalera les réformes en s’assurant de ne pas conserver de génisses issues de vaches positives.

En cas de transmission horizontale : essayer de casser le cycle du parasite

C’est la partie délicate de la prévention, notamment vis-à-vis des renards. Pour casser le cycle du parasite, les deux mesures principales sont les suivantes :

  • Empêcher au maximum les chiens (ou des canidés sauvages) d’ingérer des placentas contaminés. Pour cela, récupérer les délivrances des vaches connues positives et les détruire rapidement en les stockant dans un bac d’équarrissage ou en les enterrant à au moins 60 centimètres de profondeur.
  • Empêcher l’accès des chiens aux stocks de fourrage et de nourriture, aux aires d’alimentation et d’abreuvement et à la nurserie. Des observations récentes ont mis en évidence l’infestation de bovins ayant consommé des tontes de pelouse contaminées par des déjections canines.

Par ailleurs, en cas de contamination horizontale, il convient de maintenir pendant au moins un an la détection par tests sérologiques des animaux infestés susceptibles de générer de futures contaminations verticales.

Eviter de contaminer votre cheptel en contrôlant toutes les femelles à l’introduction

La néosporose est une des principales maladies abortives chez la vache en France et pourtant peu évoquée en élevage allaitant. Son coût n’est pas négligeable tant par ses conséquences sanitaires que par les moyens de contrôle à mettre en œuvre. Il est alors primordial de bien définir les causes exactes de la contamination afin d’appliquer les méthodes adaptées et de s’en prémunir par un contrôle systématique des femelles à l’introduction. La néosporose est désormais incluse dans le billet de garantie conventionnelle de GDS Creuse avec une prise en charge de 50 % des frais d’analyse (cf. article du 09/06/2017). Pour tout renseignement complémentaire, contactez votre vétérinaire ou GDS Creuse.

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier