Les ateliers laitiers de grande taille confrontés à l’enjeu de la performance

Conseil National CERFRANCE PILIPENKO

Les ateliers laitiers de grande taille confrontés à l’enjeu de la performance

Fin des quotas, marché export dynamique, démographie des éleveurs laitiers, progrès technologiques… autant d’éléments qui poussent à l’accroissement des dimensions. Plus que le volume, l’efficience des facteurs de production et le savoir faire restent les clefs de la réussite.

Les ateliers laitiers de grande taille confrontés à l’enjeu de la performance

L’émergence en France des ateliers de grande taille

Par sa politique laitière (lien du quota au foncier), la France a préservé jusqu’alors ses exploitations familiales en lait. Seulement 2,5 % des élevages ont plus de 100 vaches en France et 0,5 % des éleveurs dépassent les 300 têtes. Quel que soit le curseur choisi pour désigner l’atelier de grande taille, nous sommes et resterons loin des dimensions des pays du Nord de l’Europe (Royaume-Uni, Danemark…) ou plus encore de celles de l’Australie et de la Californie. 

Pour autant, les ateliers français grossiront, la projection de l’Institut de l’élevage relatif à la démographie prévisionnelle des éleveurs laitiers fait état d’une diminution de 30 000 exploitations à l’horizon 2025- 2030. Le volume des exploitations restantes doublera quasiment pour atteindre 750 000 l de moyenne. 

La déprise de certaines régions de France accentuera encore cette concentration en lait dans le croissant laitier du nord de la France. Nul doute que la France aura dans ce contexte des structures variées qui pourront aller de 200 000 l en AOC à plus de 1,5 million de litres en lait standard. 

Quelle que soit la structuration juridique de ces outils (individuelle ou sociétaire), un volume de plus de 1 million de litres sur un même site impose des modes d’organisation et de gestion différents de ceux connus pour nos troupeaux médians de 50 vaches. 

Ces grands troupeaux de plus de 100 / 150 vaches devront pour autant remplir les mêmes obligations de compétitivité dans ce contexte de concurrence européen et international 

Plus que le volume, la performance sera la clef de la réussite

Faut-il rappeler que la France a peu d’expérience dans la conduite de grands troupeaux, seulement 150 exploitations détiennent une référence supérieure à 1,5 million de litres de lait. Culturellement, l’éleveur français n’est pas rompu à la conduite de telles unités.

Ces dernières impliquent :
• des compétences techniques spécifiques,
• une gestion de masse du troupeau,
• des indicateurs de suivi spécifiques sur le sanitaire, la fertilité, l’alimentation, les conditions de milieu…
• des tableaux de bord technico-économiques,
• une anticipation des conjonctures,
• un partenariat structuré et flexible. 

Le volume étant générateur de gros écarts sur les recettes et les dépenses, une démarche de gestion de risque s’impose autour de différents facteurs de production : cheptel, fourrage, équipement, finance… mais aussi du côté de l’éleveur et de ses associés. 

La performance sur ces unités c’est encore l’organisation et le mental. C’est accepter pour l’éleveur de moins s’intéresser à « l’animal unitaire » pour privilégier et gérer le groupe de « 10 vaches » et l’efficience de la masse. C’est savoir gérer « global et transversal » son atelier et être réactif. 

Enfin, le lait est produit majoritairement en France dans des systèmes de polyculture élevage qui ont acquis une vraie cohérence voire une complémentarité entre voisins. Ces grands troupeaux induiront une certaine spécialisation avec les ruptures qu’une telle mutation implique. 

La compétitivité qui est souvent traduite par le coût de revient aux 1 000 litres, critère plus complet que la traditionnelle marge par ha ou aux 1 000 litres est l’expression de cette alchimie technique, économique et humaine et le volume ne restera qu’un coefficient multiplicateur d’un bénéfice ou d’un déficit.

Les ateliers laitiers de grande taille confrontés à l’enjeu de la performance

Conclusion

La fin des quotas, le dynamisme du marché export ouvrent des opportunités réelles pour la filière laitière française. L’horizon 2015-2018 peut être riche en projet et donner lieu à une certaine effervescence. 

Après 30 ans de quotas et de frustrations quantitatives, la quête au volume peut être un réflexe compréhensif. Le discernement devra être le second réflexe pour poser le projet et construire l’optimum économique et humain dans cette France laitière où structures modérées et grosses structures cohabiteront pour des marchés différenciés. 

Jean-Yves MORICE - Lettre Veille Économique Agricole - Octobre 2014 - N°39

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