Les élevages français utilisent moins d’antibiotiques

Lise Monteillet

Les élevages français utilisent moins d’antibiotiques

Tous les indicateurs indiquent une diminution de l’exposition des animaux aux antibiotiques, selon l’Anses, qui organisait mercredi 16 novembre des rencontres scientifiques sur l’antibiorésistance en santé animale et dans l’environnement.

Inquiétante résistance à la colistine

Fin 2015, un gène de résistance à la colistine, mcr-1, a été découvert en Chine. « Six mois plus tard, plus d’une centaine de publications rapportaient ce gène dans le monde entier, illustrant à la fois sa large distribution géographique, sa présence chez l’Homme et l’animal, et l’ancienneté de sa diffusion (…) », note Jean-Yves Madec. En France, ce gène a surtout été retrouvé chez des veaux (taux de 21 % au sein des E. coli de veaux malades producteurs bêtalactamases à spectre étendu), mais aussi à des taux plus faibles chez d’autres espèces animales.  L’Agence européenne des médicaments (EMA) recommande que l’usage de la colistine chez les animaux soit réduit au minimum possible. 

Concernant l’usage des antibiotiques en élevage, « les résultats sont encourageants » affirme Roger Genet, directeur général de l’Anses*. « La baisse nette » de plusieurs indicateurs laisse penser que le plan Écoantibio, mis en place en 2012 pour lutter contre l’antibiorésistance, porte ses fruits. Une évolution bienheureuse, qui contrebalance l’échec du plan Ecophyto, visant à réduire l’utilisation des produits phytosanitaires en France.

Baisse des ventes de 28,4 % 

Le volume total des ventes d’antibiotiques atteint 514,3 tonnes en 2015, alors qu’il dépassait 1300 tonnes en 1999. Les ventes ont ainsi reculé de 28,4 % par rapport à 2011.

En quatre ans, l’exposition des animaux aux antibiotiques a diminué de 20,1% (moyenne 2014-1015 par rapport à 2011). Cette baisse a été observée pour toutes les espèces (-9,5 % pour les bovins, -24,1% pour les porcs, -22,1% pour les volailles, -17,8 % pour les lapins).

Cette tendance se retrouve au niveau des antibiotiques dits « critiques », c’est-à-dire particulièrement importants en médecine humaine. Les céphalosporines de 3e et de 4e génération sont beaucoup moins souvent utilisés en élevage. Idem pour les fluoroquinolones.

Maîtriser les résistances

Afin de préserver l’efficacité des antibiotiques en santé humaine et animale, il est important de surveiller étroitement les cas de résistances. En France, cette mission revient au réseau Résapath.

Selon les dernières données récoltées, le taux de résistance aux céphalosporines a tendance à baisser ou à se stabiliser, étant égal ou inférieur à 3 % chez les porcs, les poules et poulets, les bovins adultes et les dindes. Il se situe néanmoins autour de 6 à 7 % chez les veaux, le chien, le chat et les équidés. Chez les veaux issus d’exploitations laitières, ce taux élevé pourrait s’expliquer par le fait qu’ils sont alimentés avec du lait contenant des résidus antibiotiques.

Au niveau des fluoroquinolones, les taux de résistance se stabilisent, atteignant tout de même 22 % chez les bovins contre 5 à 7 % chez les équidés, les poules, poulets et dindes. Pour les autres antibiotiques, « l’année 2015 marque néanmoins le pas dans l’évolution des taux de résistances, jusqu’ici à la baisse », précise Jean-Yves Madec, directeur de recherches à l’Anses, qui voit là « un point de vigilance ». 

* Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail 

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