Moins d'antibiotiques dans les élevages: des agriculteurs explorent les médecines alternatives

Moins d'antibiotiques dans les élevages: des agriculteurs explorent les médecines alternatives

Moins d'antibiotiques dans les élevages : face à une attente des consommateurs mais souvent aussi par conviction, des agriculteurs ont entamé la mutation, en dépit des difficultés.

Une étude menée fin 2013 parmi 400 éleveurs choisis au hasard en Bretagne a fait apparaître que 20% d'entre eux utilisaient des médecines alternatives pour soigner leurs animaux, comme l'homéopathie, l'aromathérapie ou les huiles essentielles. "C'est beaucoup plus que nous ne l'estimions. Et chez les éleveurs bio, c'est énorme", a expliqué Grégoire Kuntz, vétérinaire au Groupement de défense sanitaire (GDS) des Côtes d'Armor, l'organisme qui a conduit cette étude. "On a eu envie de lâcher autant que possible les antibiotiques pour améliorer la qualité de nos produits", a témoigné Sonia Fretay, productrice de lait à Saint-Georges de Reintembault (Ille-et-Vilaine), lors d'une rencontre organisée par Trame, un réseau de formation en agriculture, lors du Space de Rennes (Salon international de l'élevage).

"En termes de réussite, ce que nous observons, c'est que les résultats sont aussi bons qu'avec les antibiotiques. Mais, pour confirmer ça, on est en train de faire des statistiques avec notre vétérinaire", a résumé Yaap Zuurbier,  éleveur laitier d'origine néerlandaise installé à Plounévézel (Finistère). "Comme il n'y a jamais eu vraiment de recherche dans le domaine des médecines alternatives, on manque de références (...) Un truc peut marcher sur une vache et pas sur une autre. C'est du cas par cas", a-t-il souligné. Utiliser de nouvelles méthodes n'est pas aussi simple qu'il y paraît. Faute de formation suffisante, les éleveurs progressent par tâtonnement: "une personne sur trois, parmi ces utilisateurs, n'a aucune formation. Et parmi les autres, beaucoup n'ont eu qu'une initiation de quelques jours", relève Grégoire Kuntz.

 

'médecine de pointe'

 

"Il faut que les vétérinaires se forment, car les éleveurs sont souvent plus avancés qu'eux là-dessus", poursuit-il. "Beaucoup d'éleveurs arrêtent,  car ils manquent d'interlocuteurs et se sentent un peu seuls". Dominique Thomas, éleveur de vaches laitières à Lampaul-Ploudalmézeau (Finistère), est passé en bio en 2009. Il a "désintensifié" sa production et,  depuis, "j'ai même de moins en moins recours à l'homéopathie, car mes vaches sont moins malades (...) Ca commence réellement à porter ses fruits: moins de souci de santé pour le troupeau et davantage de fertilité". Réduire les antibiotiques ne veut pas dire les exclure: "quand ça (les méthodes alternatives) ne fonctionne pas, on peut toujours recourir aux antibios", ajoute-t-il. Hubert Hiron est vétérinaire au GIE (groupement d'intérêt économique) Zone Verte, fondé par des vétérinaires ruraux. Il parle de "sociologie du troupeau" et de "psychologie de l'animal". "L'animal est un être vivant et pas une machine. Il réagit à son environnement. S'il est dans une situation de stress permanent, il aura beaucoup de problèmes". Il en conclut que le recours à l'homéopathie, par exemple, "exige d'avoir une bonnne connaissance de son troupeau" mais que "c'est une médecine de pointe et difficile". "Il y a beaucoup de richesse dans ce qui se pratique", constate Loïc Huet, vétérinaire. Mais on nous attend au tournant, car l'administration s'interroge sur tout ça, sur l'efficacité mais aussi sur une éventuelle toxicité de certains produits. "On ne pourra pas passer à côté d'une vérification des choses" par des études scientifiques. Hubert Hiron va dans le même sens: "Il y a de la recherche pratique qui se fait grâce à la dynamiques des groupes (d'éleveurs) sur le terrain. Les choses ne se font que si les éleveurs poussent à la roue. Quand il y aura une masse critique (de pratiquants), les institutions seront bien obligées de prendre le train en marche!"

Source avec AFP

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