Parcours d’une jeune éleveuse de chèvres

JA Mag

Parcours d’une jeune éleveuse de chèvres

Estelle Foulon, 30 ans, s’est installée à Riaucourt en Haute-Marne en 2009, en élevage de chèvres (fromage en vente directe). Une production atypique pour le département. Récit du parcours d’une jeune agricultrice, non issue du milieu agricole au parcours tout aussi atypique.

Un choix mûri…

Pourquoi avoir choisi ce métier ? Fille de la ville originaire de la région bordelaise, je ne connaissais pas le monde agricole, et encore moins l'élevage et tout ce que cela implique. Pourtant, j'ai fait le choix de devenir chef d'exploitation. Au départ, il y a tout simplement cette passion pour les animaux qui m'a poussée vers un parcours d'études vétérinaires. Après un bac général, j'ai voulu intégrer un BTS Productions animales pour deux principales raisons. D'une part, mon intention était de me spécialiser en tant que vétérinaire de campagne. Je trouvais donc important de connaître le milieu agricole, et d'acquérir de l'expérience dans l'élevage afin de comprendre les éleveurs pour mieux les aider. D'autre part, cela me permettait de poursuivre vers un concours C (concours d’entrée des écoles vétérinaires, ndlr) et le cas échéant, d'avoir un diplôme qui me servirait. Puis, j'ai découvert l'élevage lors de ma formation, ce qui m'a énormément plu. A ce moment-là, j'ai su que je voulais m'installer en élevage laitier. Pour l’anecdote, comme je suis une femme de petite taille -1,45m- mon maître de stage m'avait conseillé de me diriger vers l'élevage caprin et aussi, parce que c'est une production en évolution. Ceci dit, ma réflexion est allée un peu plus loin que cela...

… CONFORTÉ

J'ai profité du stage 6 mois (obligatoire dans l'ancien parcours) pour être sûre de mon choix de production et surtout, pour me rassurer sur mes capacités à faire ce métier. Je suis donc partie un an en Tasmanie sur une exploitation de 600 vaches laitières et 400 chèvres laitières. Ainsi, je pouvais comparer les deux productions, et comprendre la gestion d'une exploitation sur un cycle complet. N'étant pas du milieu agricole, cela me paraissait très important de visualiser la production sur un cycle entier. C'était une belle expérience très enrichissante culturellement parlant, mais aussi concernant le métier d'agriculteur. Cela m'a permis de voir des systèmes de production différents des nôtres, et de faire le point sur ce qui est bon à prendre ou pas dans ces différents élevages. J'ai profité de cette opportunité pour approfondir mes choix de filière et de système de production. Je me suis aussi inscrite au répertoire à l'installation de différents départements et du coup, j'ai eu la chance de rencontrer plusieurs éleveurs qui m'ont beaucoup aidée à avancer dans mon projet. Je me suis rendu compte que la vision de plusieurs exploitations identiques en production mais différentes en système de production est enrichissante à tout point de vue. C'est très important pour avancer au mieux dans un tel projet. Surtout pour se rendre compte de ce qu'il ne faut absolument pas reproduire !... Tout cela m'a confortée dans mon choix de l’élevage caprin. L'autre aspect de mon choix de production a été tout simplement financier. Pour une installation hors cadre familial, l'investissement pour démarrer un élevage caprin est nettement inférieur comparé à une installation en bovin ou grandes cultures. Et cela pèse lourd dans la balance des décisions.

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Un léger changement de cap

Lors de mon arrivée en Haute-Marne pour des raisons personnelles, il a fallu revoir mon projet différemment. Quand je suis allée à la chambre d'Agriculture pour prendre connaissance du contexte environnemental et les informer de mon projet, j'ai été tout d'abord surprise d'apprendre que la production caprine était peu répandue dans le département. Et aussi déçue de devoir entreprendre mon projet différemment. A la base, je voulais vendre le lait en laiterie, mais il n’y a pas de collecte en Haute-Marne car trop peu de lait est produit. J'ai donc envisagé la transformation. Aujourd'hui, je ne regrette pas et apprécie énormément cet autre aspect de l'agriculture : le contact direct entre producteur et consommateurs. Le rapport aux gens n'est pas un point beaucoup abordé dans l'agriculture et pourtant, c'est très plaisant. Cela permet de faire partager notre passion et de mieux faire connaître notre métier aux yeux de la population urbaine. Les recherches de terrain pour m'installer ont duré deux ans et demi après mon premier rendez-vous à la chambre d’Agriculture de Haute-Marne. Cela m'a paru long. Peu à peu, je finissais par perdre espoir. Mais tant que je n'avais pas tout essayé, je restais motivée ! Et puis le déclic, une chance inouïe... Des producteurs de canards gras qui partaient en retraite cherchaient un moyen de rentabiliser leur laboratoire de transformation. Lorsque je suis allée les voir pour en savoir davantage c'était sans grand espoir, car il ne s'agissait que du laboratoire dans un premier temps. Or, sans terre, pour au moins le bâtiment d'élevage, cela n'aurait pas suffit. La chance a continué à me sourire, car en soulevant le problème, il s'est avéré qu'il leur restait quelques hectares. Je suis donc repartie avec comme proposition un laboratoire pour la transformation et quatre hectares pour l'élevage. Et là, mon parcours à l'installation a pris enfin du sens. J'avais le diplôme, mon stage à l'installation était fait, je pouvais donc maintenant enchaîner et concrétiser mon projet. Entre l'obtention de mon diplôme et cette étape cruciale de recherche d'exploitation, il y a eu quatre ans. Je pense que cela m'a été bénéfique d'avoir du temps devant moi pour bien peaufiner mon projet. Au final, lors du montage du dossier, j'étais prête et je savais exactement ce que je voulais. Le stage 50 heures à l'époque m'a permis de mûrir tout ça en me posant les bonnes questions. C'est une étape importante qui permet les échanges avec les autres jeunes en phase d'installation. Mais aussi qui permet de prendre bien connaissance de tout ce qui entoure le monde agricole en amont et en aval. Ainsi, nous connaissons le rôle de chacun et pouvons faire appel à la bonne personne sans perdre trop de temps.

Un peu de chaos

L'établissement du PDE n'a pas été une étape simple car il a fallu faire pas mal de recherches surtout au niveau des données économiques du fait du peu d'exemples dans le département et du peu de recul. Une fois tout cela bouclé, enfin le passage en CDOA... et là, le drame.... La banque sur laquelle je comptais ne s'était pas présentée et n'avait pas donné son accord écrit, déterminant. Et ce, malgré un accord oral. Heureusement, la coordonnatrice de la chambre, présente à la CDOA, a vraiment bien joué son rôle en obtenant un court délai supplémentaire. Au final, ma banque de départ m'a laissé tomber et peu de temps après, j'apprenais qu'il y avait un souci avec le permis de construire du bâtiment d'élevage. La CDOA était passée et je me retrouvais sans banque et sans terrain. En persistant un peu, les solutions viennent et j’ai fini par trouver une autre banque qui a accepté de me suivre et le problème du permis de construire s'est arrangé. J'ai eu beaucoup de chance car mon cédant me soutenait à fond dans mon installation et m'a aidée à trouver des solutions à chaque problème qui se trouvait sur mon chemin. S’il y a un conseil que je peux donner en ce qui concerne les démarches administratives, c'est de suivre de très près tous les dossiers entrepris pour l'installation : rappeler sans cesse et ne surtout pas attendre qu'on vous donne des nouvelles, car sans ça, certains dossiers finissent par ne pas aboutir. J'ai eu plusieurs dossiers de demande de subventions qui ont assez vite abouti car je les ai suivis au doigt et à l'oeil. De ce côté, j’ai eu beaucoup de chance.

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Démarrage

J'ai entrepris mon stage 50 heures en novembre 2008 et j'ai pu m'installer en EARL unipersonnelle en août 2009. La production a réellement démarré en avril 2010. M'étant installée avec des chevrettes, je n'ai pas eu de lait tout de suite. Les 9 premiers mois ont été assez durs financièrement et moralement. Pas de rentrée d'argent d'où l'importance des subventions dès le début, et rien n'était prêt pour accueillir les chevrettes. Les travaux des bâtiments d’élevage et fourrager démarrés en décembre 2009, se sont finis en avril 2010 avec en prime un hiver assez rude. Heureusement qu’Olivier, mon beau-frère, éleveur en bovins allaitants, a pu me faire une petite place dans ses bâtiments. Quant à mon mari, Cédric, il a été d'une aide très précieuse. En effet, au début de mon installation, j'ai fait une formation de 7 semaines à l'Enil Bio de Poligny pour la transformation fromagère. Durant mon absence, c'est mon mari qui m'a remplacée. Je suis installée seule sur l'exploitation. Mon mari est salarié à l’extérieur mais reste très présent. Sans ces éléments précieux (l'aide de mon beaufrère et de mon mari), mon démarrage aurait été beaucoup plus dur à supporter moralement, car pas si simple à gérer. J'ai également pu compter sur le soutien et l'aide de mes cédants lors de la première année.

Premier bilan 

Cela fait trois ans maintenant que je suis installée et je ne suis toujours sûre de rien quant à l'avenir de mon exploitation. Etant en rythme de croissance, j'attends d'être en rythme de croisière pour mieux en juger. La première année, j'ai démarré avec 20 chèvres en lactation, puis 30 la deuxième année et 45 aujourd'hui. L'objectif étant d'avoir un effectif entre 50 et 60 chèvres pour pouvoir en vivre. Aujourd'hui, je ne me prélève même pas le Smic, mais du point de vue économique, l'évolution de l’exploitation est sur la bonne voie. J'espère juste que cela persistera dans ce sens. Mon choix a été de démarrer lentement, mais sûrement, afin de mieux juger de l'intégration de ma production dans le contexte agricole de la Haute-Marne. Comme tout le monde je pense à ses débuts, si c'était à refaire, il y a certaines erreurs que j'éviterais. Mais dans l'ensemble cela correspond à peu près au projet initial. Et la partie transformation et commercialisation, imprévue au départ, me plaît énormément. Cependant une des difficultés, encore aujourd'hui, est d'arriver à avoir une clientèle fidèle et régulière pour assurer le revenu. Mon choix axé sur la vente directe est un aspect “ risque “ pour la viabilité de l'entreprise. Du point de vue de l’organisation du travail, cela a été très dur la première année, mais peu à peu, cela commence à se mettre en place et j'arrive à mieux gérer mon temps. J'ai pris une partie de ma compta’ en charge en 2012 et j'aime beaucoup car j'ai une autre vision de mon entreprise : je la comprends mieux et de ce fait, peux mieux la gérer. Pour moi, c'est un point important de l'exploitation que nous avons tendance à mettre de côté.

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Heureuse

Pour finir, je dirais que, même si ce n'est pas facile tous les jours, je me sens bien dans ma tête et suis heureuse de faire ce métier. Je fais ce que j'aime et vivre de ma passion est tout ce que je souhaitais. Aujourd'hui, j'arrive à couvrir mes charges et j’attends un retour sur investissement pour construire ma fromagerie à côté de la chèvrerie, car pour l'instant la chèvrerie est dans la plaine et la fromagerie (en location) dans le village ce qui n'est pas toujours facile pour gérer la vente directe.

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