Quelle place pour le loup en France ?

Quelle place pour le loup en France ?

Les éleveurs et les défenseurs du loup s'affrontent en France. Des négociations sont prévues mardi à Lyon autour d'un futur "Plan loup". L'AFP a tenté de comprendre la place du prédateur dans notre culture et notre environnement.

Du 'grand méchant loup' à l'espèce protégée

Le loup a toujours suscité peur et fantasmes. Une perception alimentée par les contes mais qui repose aussi sur des réalités historiques. "Quand Charles Perrault écrit Le petit Chaperon rouge en 1697, c'est pendant la pire séquence d'attaques de loups avec des centaines d'enfants tués par an", explique à l'AFP Jean-Marc Moriceau. Unique historien spécialiste du loup en France, ce chercheur du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) a compilé des milliers de témoignages effroyables comme celui-ci datant de 1775: le loup "a tellement mis en pièces une de mes paroissiennes qu'on a été obligé de ramasser dans l'espace d'environ quarante pas tous ses morceaux de chair".

A cette époque, le loup est présent partout, plaines et bord de mer compris. Mais une politique nationale, soutenue dès la Révolution par des primes versées par oreille de loup, permettra d'éradiquer complètement le prédateur dans les années 1930. Cinquante plus tard, le loup passera sans transition d'ennemi public à espèce strictement protégée. En 1979, la Convention de Berne, transcrite dans le droit français dix ans plus tard, considère le loup gris (Canis lupus) "comme élément fondamental du patrimoine naturel européen en raison de sa valeur symbolique, scientifique, écologique, éducative, culturelle, récréative, esthétique et intrinsèque". L'animal reviendra naturellement en France dès 1992 par l'Italie, via le parc national du Mercantour (sud-est).

Utile, le loup ?

Le loup, parce qu'il est au sommet de la chaîne alimentaire, "a un rôle écosystémique évident. Il a été amplement démontré aux États-Unis que l'excès de cervidés dans les réserves protégées se traduisait par une dégradation de l'environnement", souligne Yvon Le Maho, directeur de recherche émérite au CNRS, interrogé par l'AFP. L'exemple du parc national de Yellowstone est éloquent. En 1994, les autorités décident de réintroduire le loup. Depuis sa disparition dans les années 20, la population de wapitis avait augmenté de façon significative. Avec le loup, la population de ces cervidés a diminué, allégeant de ce fait la pression sur la végétation. Mais surtout la peur du loup a modifié les habitudes de pâturage: les wapitis se sont mis à éviter les zones où ils sont vulnérables, permettant aux saules et aux trembles d'arriver à maturité. Un développement végétatif qui a des effets positifs en chaîne avec retour de certains insectes et oiseaux et moins d'érosion, souligne une étude de l'Université de l'Oregon en 2007.

En France, certaines forêts comme celles des Vosges connaissent le même problème: l'excès d'ongulés (cerfs, chevreuils, sangliers, chamois, bouquetins, mouflons...) dégrade les jeunes pousses. Il faut donc grillager les zones de reboisement, restreignant ainsi l'espace disponible aux animaux et amplifiant les dégradations ailleurs. A ceux qui rétorquent qu'en France l'exemple américain n'est pas duplicable car les surfaces ne sont pas les mêmes, les scientifiques répondent que la population de loup se régule par rapport à la population d'ongulés disponible. Il manque néanmoins en France des études poussées sur ce point, la majorité des travaux financés s'étant concentrés sur les capacités de cohabitation du loup avec les troupeaux de brebis.

Quelle population de loups pour la France ?

La population de loups en France est estimée autour de 360 individus. Du point de vue écologique, un chiffre insuffisant pour maintenir l'espèce. Il faudrait entre 2.500 à 5.000 individus adultes pour que cette population soit viable, conclut une "expertise scientifique collective sur le devenir de la population de loups en France", réalisée par l'Office national de la chasse et la faune sauvage (ONCFS) et le Muséum national d'histoire naturelle en mars 2017 et présidée par M. Le Maho. 360 n'est donc a priori pas suffisant, sauf si la politique du loup est pensée à l'échelle de l'Europe. Mais attention, si "un de ces pays commence à prendre des mesures d'abattage comme le font les Suédois, il n'y aurait plus de politiques européennes possibles", souligne Yvon Le Maho.

Pour aller plus loin, retrouvez notre dossier :  Loup : le gouvernement se dit "prêt à agir"

Source AFP

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Commentaires 9

Denis33

Vu le montant de la prime par brebis attaquée, si je devais transhumer mon troupeau, je ne pourrais pas ne pas être tenté de monter dans les alpages proches des meutes de loup, mes brebis de "réforme" en priant qu'elles se fassent attaquer en premier.
Cela dit, si je veux épargner mes poules des attaques de renard, je n'ai qu'une solution : les ouvrir le matin et les fermer le soir ! Certes c'est contraignant, et à faire 365 jours/an. Les poules comme les moutons, du fait de leur domestication par l'homme, sont des animaux à part. On les a fragilisés, rendus vulnérables par rapport à leur prédateur de toujours. Le loup était là avant nous, et pourrait bien être là après nous. Car "l'homme est un loup pour l'homme". A méditer.




Bonsoir

C est malheureux mais tant qu'il n y arrivera pas un drame ca ne bougera pas du côté des politiques et des médias car des faits divers d attaque de chien sur l homme c arrive alors avec le loup je ne vois pas comment c n arriverai pas

LYCHEE279

En France on marche sur la tête . Nos ancêtres avaient certainement de bonnes raisons s' ils ont éliminés les loups de notre territoire . Que nous ont prouvé ces écolos qui ne souhaitent que protéger les espèces nuisibles . Mis à part vivre aux dépens de la société , c' est la seul chose dont ils sont capable ! Je ne peux que les mettre au même niveau que les espèces qu' ils protègent ... Ce n' est pas eux qui créent des excédents . Confions leurs une troupe de brebis au milieu des loups comme seul revenu !

LYCHEE279

J' ai eu à ma porte un certain ministre qui était contre la destruction des corbeaux mais comme par hasard quand ils ont niché autour de chez lui il a changé de discourt . Bizarre non ... Quand les loups leurs créeront des désagréments à eux là ils changeront de discourt .

LYCHEE279

En France on marche sur la tête . Nos ancêtres avaient certainement de bonnes raisons s' ils ont éliminés les loups de notre territoire . Que nous ont prouvé ces écolos qui ne souhaitent que protéger les espèces nuisibles . Mis à part vivre aux dépens de la société , c' est la seul chose dont ils sont capable ! Je ne peux que les mettre au même niveau que les espèces qu' ils protègent ... Ce n' est pas eux qui créent des excédents . Confions leurs une troupe de brebis au milieu des loups comme seul revenu !

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