Rapport du médiateur : hausse insuffisante du prix de la viande bovine

Sophie Caron

Les abatteurs ont interprété 'a minima' l'accord de revalorisation des prix de la viande bovine (DR)

Dans son rapport rendu hier, le médiateur des relations commerciales agricoles relève que les engagements sur la hausse des prix ont été tenus dans la filière porcine mais que la situation est plus contrastée pour la viande bovine.

En viande bovine, la cotation moyenne a augmenté de 10 centimes d’euros/kg alors que les engagements pris devaient conduire à une hausse des cours de 20 centimes sur le dernier mois.

gros bovins

Les abatteurs ont "augmenté leurs prix" mais sans aller jusqu'aux 5 centimes par kilo et par semaine prévus, en se concentrant dans un premier temps "sur les seules races à viande" au détriment des vaches laitières, explique le médiateur dans ce rapport, publié mercredi sur le site du ministère de l'Agriculture.

Durant les trois premières semaines après l'accord, les différents acteurs (éleveurs, abatteurs, distributeurs) n'ont  pas eu "d'orientation commune" sur le type d'animaux concernés, souligne-t-il. Chacun a donc eu tendance à adopter "la lecture des engagements pris par la filière la plus favorable à ses intérêts propres". 

Dans les abattoirs, les hausses se sont faites dans "des proportions variables selon les régions d'abattage et les catégories d'animaux abattus".

La grande distribution a joué le jeu

De son côté, la grande distribution semble avoir globalement joué le jeu: le médiateur "n'a pas connaissance à ce jour de refus" de l'une des enseignes d'acheter la viande plus cher. Mais, si "les distributeurs ne se sont pas frontalement opposés à la hausse", ils "n'ont pas forcément joué un rôle dynamique en ce sens", nuance le médiateur. 

Sur certains types de morceaux, "de nombreux distributeurs se seraient ainsi fournis auprès d'abatteurs-découpeurs ayant remporté les marchés en cassant les prix par des approvisionnements auprès d'éleveurs  contraints de brader leurs bêtes".

La déception quant à l’évolution de la cotation tient aussi au fait que seule la grande distribution garantit une hausse de prix, alors qu’elle ne représente que la moitié de la valorisation des bovins abattus. "Le fait qu'une partie seulement de la carcasse soit achetée par la grande distribution conduit les industriels à devoir passer des hausses proportionnellement plus importantes sur ces produits", relève-t-il. 

« Cette hausse de 20 centimes paraît pourtant compatible avec les fondamentaux du marché, à la condition que les débouchés autres que la grande distribution permettent d’accompagner la dynamique enclenchée par celle-ci », conclut le rapport qui  prône  une mise en avant de l’origine France mais aussi un effort à l’export, pour permettre de rééquilibrer l’équilibre offre / demande sur le marché intérieur.

Pour accélérer la dynamique de revalorisation des cours,  il est toutefois nécessaire que les distributeurs continuent à consolider la hausse des cours et à consentir de nouvelles hausses. 

Porc : les engagements ont été tenus

prix du porc

Pour le porc, le rapport précise que les engagements pris dans la filière « ont été tenus sous l’effet notable du comportement des filiales des groupes de distribution indépendants ». « Il faut à présent conforter dans la durée le cours du porc à un niveau supérieur au prix de revient, afin de redonner du souffle à des éleveurs ayant connu des prix très bas depuis plusieurs mois » conclut le rapport. 

Par ailleurs, compte tenu du différentiel de prix actuel avec l’Allemagne, il faudra veiller à ce que la pression sur les prix des distributeurs ne conduise pas leurs fournisseurs à substituer des viandes étrangères au porc français ou à diminuer leurs prix d’achats aux éleveurs.

« L’exemple du porc montre qu’une hausse des prix payés aux éleveurs est possible quand les distributeurs y consentent, pour autant qu’elle ne heurte pas les fondamentaux du marché », précise le rapport. Le niveau de prix des produits porcins sous marque de distributeurs (MDD), issus en quasi-totalité de viande française, devra faire l’objet d’une attention particulière.

A noter que la grande distribution ne commercialise que 30 % des volumes de porcs abattus sous forme de viande fraîche vendue aux consommateurs ; 70 % étant vendus comme matière première fournie aux entreprises de charcuterie et de plats cuisinés. 

Le rapport ne désigne aucune entreprise par son nom, des lettres ayant été attribuées à chacune dans les tableaux de prix. Dénonçant les "ambiguïtés" des abattoirs, le président de la Fédération nationale bovine (FNB) Jean-Pierre Fleury a prévenu mercredi que les éleveurs "régleraient leur cas en direct" à ceux qui ne respecteraient pas l'accord.

Le rapport du médiateur des relations commerciales agricoles sur le prix de la viande bovine et porcine est en ligne à l’adresse suivante :  http://agriculture.gouv.fr/sites/minagri/files/rapport-mediateur-filieres-bovine-porcine.pdf

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Commentaires 2

coteau19

le cout de production d un produit agricole francais est sous évalué car peu de chef d entreprise accepterais d etre payé en dessous du smic.ont doit prendre en compte le cout du travail réel comme le font les abattoir et la grande distribution.

LAIT53

Demandons une contre expertise de ces chiffres.je propose un spécialiste Mr Olivier Mevel pour enfin connaitre la vérité !

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