Trésorerie : soyez fourmi !

Patrick Lévecque, conseiller d’entreprise

Trésorerie : soyez fourmi !

Devant des fluctuations de prix, tant pour les achats que pour les ventes, les trésoreries voient des variations importantes. Sur 500 tonnes de pommes de terre, un prix de vente moyen de 180 € en 2011 et 40 € en 2012 crée un différentiel de trésorerie de 70 000 €. Comment gérer ces écarts ?

En période de fluctuation de prix, pour quasiment toutes les productions, il est essentiel :

• d’analyser sa situation de trésorerie
• d’estimer quelle amélioration de trésorerie est à réaliser pour :
- avoir une situation financière équilibrée
- disposer de réserves pour faire face à une conjoncture défavorable.

La trésorerie d’une exploitation est un des éléments importants pour assurer sa pérennité. Une bonne trésorerie permet de gagner 5 à 10 % de charges en permettant d’acheter au bon moment sans être dépendant des fournisseurs. Elle permet également de vendre au meilleur prix et sans la contrainte de l’urgence quand il faut payer des factures.

Premier objectif : obtenir un fond de roulement qui couvre le besoin en fond de roulement

Ceci en cycle normal d’exploitation. Le fond de roulement (FDR), différence entre les ressources stables (capitaux propres et dettes long et moyen terme) et les emplois stables (valeurs immobilisées), doit couvrir le besoin en fond de roulement (BFR : stocks circulants plus créances moins dettes court terme). La différence (FDR - BFR) est la trésorerie nette, qui se doit d’être positive. Selon les productions, le besoin en fond de roulement est différent et variable selon la date de clôture. Pour déterminer quel est le fond de roulement optimum, plusieurs méthodes sont possibles, comme par exemple :

• Calculer le fond de roulement en % du produit d’exploitation (hors DPU). Pour neutraliser les variations conjoncturelles de produit, prendre le produit moyen sur trois ou cinq exercices puis multiplier par le % selon le panel de l’exploitation, comme dans les exemples ci-dessous* :

CER7

• Autre possibilité, calculer selon un nombre de mois de charges d’exploitation*:

CER8

* Les taux sont à apprécier selon les productions et les régions.

Par exemple, un céréalier ayant 100 000 € de charges d’exploitation aura un fond de roulement objectif de 41 666 € (100 000 x 5/12).

Ce chiffre donne une moyenne annuelle du fond de roulement suffisant pour couvrir le besoin moyen. Pour gérer les fluctuations mensuelles de trésorerie, un budget mensuel prévisionnel quantifie les besoins ponctuels. Après avoir quantifié ces besoins, une négociation avec la banque d’ouverture de crédit ou de prêt court terme facilite la gestion au mois le mois.

Deuxième objectif : se créer une épargne de sécurité

Cette épargne permet, en cas de conjoncture instable, de combler le manque de trésorerie pour faire face aux charges. Elle peut être placée hors exploitation, mais doit être mobilisable rapidement. Un repère facile à retenir est “une année d’annuités en épargne de sécurité”. Notamment pour les exploitations avec un montant important d’annuités, comme c’est le cas pour un jeune agriculteur ou un investisseur récent. Une autre approche est de calculer en fonction du produit moyen, par exemple 15 à 20 % du produit d’exploitation. Reprenons l’exemple du céréalier : son produit d’exploitation est de 116 000 €, donc 20 % de son produit font 23 200 € d’épargne de sécurité à se constituer.

Comment se créer cette épargne ?

Une année excédentaire doit permettre de créer cette épargne de trésorerie. La tentation est forte, en année bénéficiaire, d’investir, notamment dans un objectif d’optimisation fiscale et sociale. Il faut toutefois se forcer à privilégier la création de cette épargne de sécurité avant d’investir. Notre céréalier doit se créer 23 200 € d’épargne. Il dispose aujourd’hui de 8 200 € : il doit donc se constituer 15 000 € pour atteindre le niveau souhaité de réserve de trésorerie. Après soustraction des charges et annuités à la valeur ajoutée, il dispose de 20 000 € de marge de sécurité. C’est là qu’il doit prendre les 15 000 € qu’il gardera en réserve de trésorerie, et il peut investir les 5 000 € de solde.

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Commentaires 4

Patrick Lévecque

Une crise peut durer 18 à 24 mois mais si elle dure plus longtemps il y a lieu de s’interroger sur la viabilité de l’entreprise.
Dans les faits sur une période de cinq ans il y a généralement un mauvaise une bonne année et deux moyennes ce qui fait un résultat moyen satisfaisant
L’objectif de l’article est essentiellement d’inciter les agriculteurs à générer une trésorerie de sécurité la bonne année pour « passer la mauvaise » année. Même si cette leçon ne vaut pas un fromage, les agriculteurs pratiquant de cette façon ne se trouvent pas dépourvus quand la bise arrive.

Dede12

Rien de nouveau sur le sujet: un éleveur doit avoir encore quelques bottes en stock à la fin de l'hiver, un demi silo ou de l'enrubanné.
faut aussi avoir un peu d'argent d'avance, pour gèrer le courant, l'imprévu et pourquoi pas saisir une opportunité.

Patrick Lévecque

Une Crise peut durer 18 à 24 mois mais si elle dure plus longtemps il y a lieu de s’interroger sur la viabilité de l’entreprise.
Dans les faits sur une période de cinq ans il y a généralement un mauvaise, une bonne année et deux moyennes ce qui fait un résultat moyen satisfaisant.
L’objectif de l’article est essentiellement d’inciter les agriculteurs à générer une trésorerie de sécurité la bonne année pour « passer la mauvaise » année. Même si cette leçon ne vaut pas un fromage, les agriculteurs pratiquant de cette façon ne se trouvent pas dépourvus quand la bise arrive.
Cordialement.

1584

comment faut il faire lorsque qu'une crise dure 18 à 24 mois ; comme le disait très bien Lafontaine " tout flatteur vit au dépend de celui qui l'écoute" ; de toute évidence cette leçon ne vaut pas un fromage.

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