Xavier Beulin « Notre mobilisation ne se limite pas au court terme »

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Xavier Beulin « Notre mobilisation ne se limite pas au court terme »
Xavier Beulin rappelle les différents enjeux de la mobilisation du 23 juin prochain à Paris. © Reussir

À quelques semaines de la manifestation du 23 juin à Paris sur les thématiques de l’élevage, Xavier Beulin, président de la FNSEA rappelle les principaux enjeux de cette mobilisation : la revalorisation immédiate des prix à la production, l’allègement des contraintes administratives et environnementales ou encore la question de la compétitivité des filières.

Pourquoi appelez-vous à manifester le 23 juin ?
Xavier Beulin : Le premier objectif est d’obtenir une revalorisation immédiate  des prix à la production de la part de la distribution et des partenaires de l’aval pour toutes les productions animales, non seulement pour le lait, mais aussi pour le porc et les autres. À court terme, nous allons également interpeller les pouvoirs publics pour que des décisions immédiates soient prises au regard des contraintes administratives et environnementales qui pèsent sur les agriculteurs. Mais notre mo­bi­lisation ne se limite pas au court terme. Les questions posées sont celles de la compétitivité de la ferme France, de l’empilement des normes réglementaires qui finissent par plomber toute initiative et des investissements dans les filières. Je pense à Doux dans le secteur de la volaille, Gad/Cecab dans celui du porc et même de Spanghero, même si ce n’est pas de même nature. N’oublions pas non plus les négociations sur la PAC.
 

Pourquoi avoir choisi Paris ?
XB : Notre mobilisation à Paris vise aussi à sensibiliser les Parisiens  et l’opinion publique sur le rôle essentiel que joue l’agriculture comme secteur économique en termes de valeur ajoutée, de création d’emplois, d’occupation et d’aménagement du territoire. Nous voulons placer l’agriculture comme un pôle d’excellence, au regard du redressement productif que les pouvoirs publics appellent de leurs vœux. Nous souhaiterions aussi que les citadins portent un autre regard sur l’agriculture qui est souvent éloigné des réalités. C’est la raison pour laquelle nous avons imaginé un slogan qui servira de fil rouge à la mobilisation : « l’agriculture est un métier, ce n’est pas un jeu ». Notre dernier objectif est d’interpeller les dirigeants politiques, notamment le ministre de l’Agriculture qui ne doit pas se contenter de propos faciles consistant à nous expliquer que la réforme de la PAC va rééquilibrer le revenu des agriculteurs. Nous considérons, au contraire, que la PAC peut être un outil complémentaire pour corriger un certain nombre de dysfonctionnements ou compenser des handicaps dans les zones de montagne et défavorisées par exemple. Ce n’est pas la PAC qui réglera les problèmes de fond que traverse l’agriculture française. Notre mobilisation s’adresse aussi à Benoît Hamon et son projet de loi sur la consommation : nous tenons à ce que les deux amendements sur l’affichage des conditions générales de vente par les entreprises comme base de discussion et la clause de renégociation en cas de fortes variations des prix des matières premières soient inscrits dans le marbre.
 

Combien d’agriculteurs at­tendez-vous et comment va se dérouler la manifestation ?
XB : Nous attendons 15 000 agriculteurs et autant de Parisiens. Nous voulons que cette journée soit un moment fort de rencontres et d’échanges avec le public dans la continuité de ce que nous faisons au Salon de l’Agriculture.
 

Les grandes cultures sont elles associées à la manifestation ?
XB : Même si l’accent est mis sur la problématique de l’élevage,  il nous appartient de montrer que l’agriculture est diverse et que tous les secteurs agricoles sont interdépendants des uns des autres. Tout le monde est concerné. Les fruits et légumes et la viticulture seront également parties prenantes de cette mobilisation.

Le 12 avril dernier, la FNSEA avait évoqué un cahier de doléances…
XB : À l’occasion de la manifestation de Paris, les responsables professionnels et syndicaux interviendront pour valoriser notre cahier de doléances. Ce que je tiens à dire aussi, c’est que si l’on n’y prend pas garde, il y a un risque d’appauvrissement de l’activité agricole et notamment des productions animales ce qui aboutira à une céréalisation de la ferme France. Ce qui n’est souhaitable pour personne. Le message que nous voudrions faire passer est aussi celui qu’on ne peut demander aux agriculteurs de veiller à une identification forte des produits agricoles et alimentaires, de respect du bien-être animal, de prise en compte de considérations environnementales et leur imposer en même temps  un alignement sur les marchés mondiaux pour les prix.  Nous voudrions faire prendre con­science également aux Parisiens que quand ils dépensent 100 € pour leur alimentation, il y en a seulement que 7,80 € qui revient au producteur agricole. L’idée n’est pas de faire supporter au consommateur la revalorisation des prix, mais de lui faire comprendre que quand dans un produit alimentaire,  sa valeur comporte souvent  deux à trois fois  plus  de marketing, d’emballage que de contenu réel, et qu’il y a des questions à se poser. Surtout quand l’emballage finit par remplir la poubelle !

Un rapport sur l’agroécologie a été remis au ministre de l’Agriculture (et sera présenté à la presse le 11 juin), qu’en pensez-vous ?
XB : À ce stade, on ne sait pas ce que le ministre veut mettre en œuvre. C’est un concept qui est né à la fin de l’année 2012, lors d’une séance au Conseil économique social et environnemental. Il y a eu également le lancement d’un appel à projets portant sur 2,5 millions d’euros  destiné à la mise en place des groupements d’intérêt économique et environnemental (GIEE). Je ne voudrais pas que cette orientation soit l’arbre qui cache la forêt et que l’agroécologie soit la solution à toutes les difficultés de l’agriculture. Alors que dans le même temps le Gouvernement a fait adopter par le Parlement une taxe sur le transport qui  m’inquiète beaucoup et que son projet de mise en place d’une fiscalité écologique ne me rassure pas non plus. Je ne voudrais pas que nous soyons les champions du monde de l’agroécologie et que simultanément nous nous fassions tailler des croupières par nos partenaires et concurrents.

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