Alimentation : Les additifs alimentaires, produits miracles ou poudre aux yeux ?

Sandra Roupnel

Prévention des troubles métaboliques, amélioration des performances zootechniques, rétablissement des équilibres nutritionnels… Les effets des additifs alimentaires sont-ils à la hauteur de nos espérances ?

« Si les additifs utilisés en alimentation animale sont nombreux, peu d'entre eux ont une existence réglementaire, pourtant gage d'efficacité », a rappelé Philippe Schmidely, professeur de sciences animales à AgroParisTech(1) lors d'une session de l'Aftaa(2) sur la nutrition des vaches laitières à haute production. De fait, tout dossier d'autorisation passe par une instance réglementaire et permet non seulement de caractériser le produit, mais aussi de démontrer son efficacité, l'absence d'impact environnemental, sa tolérance chez l'animal et son innocuité pour l'homme. « En dehors de cette autorisation, seuls des travaux scientifiques publiés peuvent contribuer à une évaluation fiable de la substance, estime Philippe Schmidely. Or, les données scientifiques sont souvent insuffisantes pour certaines des substances présentes sur le terrain. Une partie des essais pratiqués sont propriété des fabricants et demeurent inaccessibles. »

Connaître les conditions optimales d'utilisation

Force est de reconnaître que les effets des additifs ne correspondent pas toujours aux attentes des éleveurs. Notons tout de même qu'il existe des facteurs de variation de l'efficacité qui méritent d'être connus des utilisateurs. Il s'agit notamment de connaître la période d'utilisation optimale, la ration optimale et d'identifier les animaux qui répondent. « Même avec des effets zootechniques marqués, il convient toujours d'évaluer l'efficacité économique du traitement », remarque enfin Philippe Schmidely. Nous faisons ici le point sur l'efficacité de différentes substances rajoutées dans l'alimentation.

Le propylène glycol doit être administré par drogage dès la fin de la gestation. (F. d'Alteroche)

Le propylène glycol doit être administré par drogage dès la fin de la gestation. (F. d'Alteroche)

 

Additifs à vocation digestive

Les substances tampons ne sont pas des additifs au sens strict de la réglementation mais elles s'avèrent efficaces. Toutefois leur utilisation doit être modulée dans le temps. Les meilleurs résultats sont obtenus avec des pH bas et en début de lactation. Comptez un gain de 3 grammes de TB et 0,25 unité de pH en moyenne, mais la réponse dépend de la valeur initiale du pH et du TB.

Les levures ont un rôle comparable à celui des substances tampons. Ce sont des micro-organismes ou probiotiques, destinés à rétablir les équilibres microbiens du rumen et pouvant contribuer à maintenir un bon état de santé chez l'animal. Les souches autorisées sont passées par une véritable démonstration d'efficacité. Elles appartiennent en particulier à l'espèce Saccharomyces cerevisiae, plus connue sous le nom de levure de bière. L'utilisation de cette levure stabilise la baisse de pH après le repas, améliore l'ingestion et la production laitière (environ 1 kg). Contrairement aux effets annoncés, la modification du pH reste cependant faible. Les données publiées sur l'utilisation des probiotiques sont encourageantes mais de nombreux facteurs méritent encore d'être étudiés. Quels sont les véritables effets sur la santé ? Quelle influence de la ration, du stade physiologique, du dosage, de la dose d'administration… ?

Au contraire, les acides dicarboxyliques (acide fumarique ou malique) présentent peu d'intérêt. Leur utilisation vise à modifier le pH et diminuer la production de méthane. Mais les rares données disponibles indiquent une efficacité très variable, du moins in vivo.
Parmi les extraits de plantes, les tanins ont prouvé leur efficacité. Grâce à une moindre dégradation de l'azote alimentaire dans le rumen, le TP est amélioré d'un point et la production laitière d'environ un litre. Les données sur les huiles essentielles, pourtant très utilisées, sont insuffisantes et divergentes in vivo. De nouvelles études s'avèrent nécessaires pour juger de leur efficacité, évaluer le niveau et l'impact des résidus de ces substances pour l'animal et pour l'homme ou encore vérifier l'absence de modification du goût du lait.
De même, à défaut de dossier d'autorisation et de données scientifiques, l'intérêt des enzymes reste mal défini. Ces substances amélioreraient surtout la digestion des fibres. Avec un gain d'environ 1 kg de lait. De nombreuses recherches sont à effectuer avant de valider l'efficacité de l'utilisation des enzymes en toutes situations.

Additifs à vocation métabolique

Comme bon nombre d'additifs à vocation métabolique, le propylène glycol vise à diminuer l'engorgement lipidique du foie (stéatose) pendant le premier mois de lactation. Il limite aussi le risque de cétose. Pour une meilleure efficacité, quelques précautions sont de mise. L'administration doit se faire par drogage et non dans l'alimentation. Il est aussi fortement conseillé de débuter le traitement en fin de gestation, quinze à dix jours avant vêlage. « Mais l'utilisation du propylène glycol ne vaut pas une vraie préparation au vêlage », estime Philippe Schmidely.
L'utilisation des sels de propionate n'apparaît pas non plus comme la panacée des maladies métaboliques. D'autant que les doses utilisées semblent faibles au vu des 2 à 3 kg produits par le rumen.

Pour influencer les équilibres métaboliques, seules sont autorisées — au titre d'additifs alimentaires — les vitamines du groupe B et les acides aminés protégés. Les vitamines du groupe B regroupent la thiamine, l'acide folique, la vitamine B12, la choline, la biotine ou encore la niacine. La vitamine la plus intéressante est la choline, sous forme protégée, capable de réduire les risques de stéatose du foie. Mais il faut initier le traitement environ vingt jours avant la mise-bas. Et son efficacité en toutes situations, en particulier sur des animaux gras, n'est pas encore prouvée. La biotine améliore quant à elle la qualité des sabots. Mais là encore le manque de résultats incite à une certaine prudence.
Parmi les acides aminés protégés, citons la méthionine protégée qui augmente efficacement le TP et/ou le métabolisme hépatique. Sous réserve d'une ration suffisamment énergétique.
Enfin, selon des travaux américains, l'utilisation de la carnitine à hauteur de 50 g/jour pendant les vingt jours suivant le vêlage et en fin de lactation contribuerait aussi à améliorer le fonctionnement du foie.


(1) Institut des sciences et industries du vivant et de l'environnement
(2) Association française des techniciens de l'alimentation et des productions animales

Source Réussir Lait Elevage Février 2008

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