Approvisionnement : Acheter son tourteau en vrac pour limiter les coûts

Emeline Bignon

Des producteurs laitiers se regroupent pour acheter du tourteau en vrac par camions complets de 25 tonnes. À la clé, des économies sur les factures d'aliments.

« Travailler avec des matières premières telles que le tourteau de colza ou le tourteau de soja plutôt que des aliments composés est l'un des leviers pour réduire le coût alimentaire », considère Yves Alligier, du Contrôle laitier de la Loire. Sur son département, plusieurs producteurs ont récemment fait le choix d'acheter leurs tourteaux en vrac. En effet, les éleveurs laitiers commencent à emboîter le pas aux éleveurs de porcs en achetant par camions complets des matières premières en l'état. « Malgré des besoins en volume moins importants, il y a des économies non négligeables à réaliser », témoigne le technicien. En général, le tourteau provient directement d'un port de commerce (Montoir de Bretagne, Brest, Bordeaux, Sète, Rouen…). Les éleveurs passent commande auprès de courtiers ou de sociétés de négoce en matières premières qui approvisionnent les éleveurs fabricants d'aliments à la ferme. « L'économie s'explique par le fait de travailler en circuit court, indique Laurent Alibert, de l'Institut du porc. La marchandise sort de l'entrepôt portuaire pour être directement livrée en élevage sans transiter par l'usine. Ce qui implique moins d'intermédiaires, moins de logistique, et moins de transport, et donc au final un prix rendu éleveur plus compétitif. »

Camions de 25 tonnes

« L'arrivée de nouvelles matières premières qui arrosent le marché, telles que les drêches, et l'augmentation de la disponibilité en tourteau de colza contribuent également au développement de cette stratégie d'approvisionnement, estime Yves Raust, courtier en matières premières. De plus en plus d'éleveurs laitiers « fouineurs » font appel à moi pour s'approvisionner. Le bouche à oreille fonctionne bien. » Même constat chez Sunfeed, filiale du groupe Glon. « On commence à percevoir une évolution au niveau des mentalités. Notre activité auprès des producteurs laitiers a doublé en l'espace d'une année. Notre activité concernait essentiellement le Grand Ouest, mais elle se développe désormais sur d'autres régions également », illustre Sylvie Lecocq, de Sunfeed.

Certains éleveurs n'hésitent plus à s'approvisionner en tourteau directement en provenance des ports de commerce, comme ici à Montoir de Bretagne. (P. Cronenberger)

Certains éleveurs n'hésitent plus à s'approvisionner en tourteau directement en provenance des ports de commerce, comme ici à Montoir de Bretagne. (P. Cronenberger)

 

Saisir l'opportunité

La principale contrainte pour réaliser ses achats de tourteaux en vrac, c'est le volume à commander : au minimum 25 tonnes. « Les éleveurs sont souvent effrayés par de tels volumes, fait remarquer Yves Alligier. Mais rien ne les empêche de se grouper pour passer commande. » C'est le cas de Denis Calmejane, à Sonnac dans l'Aveyron. Il s'associe à son voisin pour faire venir des camions bennes de 25 tonnes de tourteaux de colza et de soja par l'intermédiaire d'un courtier. « Nous utilisons un pont-bascule pour peser les camions et se répartir le volume en fonction des besoins de chacun », précise cet éleveur de 90 Prim'Holstein à 8000 kg de lait. Et de poursuivre : « je pratique l'achat en vrac depuis sept ou huit ans. Grosso modo, le prix du tourteau me revient en moyenne un tiers moins cher. Cela dépend des opportunités qui se présentent à nous ».

Anticiper ses besoins

Fin août, Denis a passé un contrat pour deux camions de 25 tonnes de tourteau de colza à 144 €/t rendu ferme dont il sera livré fin octobre et courant février. « Je n'ai pas voulu prendre de soja pour l'instant. Son prix me paraît trop élevé. Fin août, il s'affichait à 345 €/t rendu ferme. C'est déjà mieux qu'en s'approvisionnant chez les distributeurs locaux, mais c'est encore trop élevé ! Je préfère augmenter la part de colza dans la ration. » Il y a trois ans, l'éleveur se souvient avoir réalisé « un gros coup » en profitant d'une baisse ponctuelle (pendant 15 jours) du prix du tourteau de soja. « J'ai saisi l'occasion en passant un contrat pour 100 tonnes à 193 €/t rendu ferme ! L'économie réalisée sur les deux premiers camions a financé les cellules de stockage ! », se souvient Denis, encore enthousiaste. « Quand j'en parle à mes voisins, ils n'en reviennent pas, mais ils ne veulent pas s'embêter à regarder les cours chaque matin. C'est vrai que c'est contraignant, mais cela ne me prend pas plus de cinq minutes. Je regarde les cours sur internet, puis j'appelle le courtier pour savoir le prix livré qu'il propose. S'il est bien placé, je me positionne. »
L'impact sur la trésorerie freine sans doute certains à se lancer. Payer un camion de 25 tonnes d'un coup n'est pas toujours évident, surtout par les temps qui courent. « C'est dommage car l'économie réalisée sur un camion de 25 tonnes paye largement les 5 tonnes commandées au coup par coup », argumente Denis.

Des contrats « 6 de mai »

Pour la livraison, deux solutions sont possibles. L'éleveur peut passer par un transporteur de son choix ou sous-traiter le transport à la société de négoce. « Selon la distance à parcourir, il faut compter entre 8 et 15 euros la tonne pour le transport », note Sylvie Lecocq de Sunfeed.
Si les éleveurs ont besoin de tourteau dans des délais brefs, les achats se réalisent au cours du jour et la livraison intervient dans les jours qui suivent la commande. Mais, le plus souvent, ils anticipent leur besoin sur la prochaine campagne et achètent des contrats à échéance plus lointaine. « Avec ce type de contrat, l'exploitant s'engage sur une quantité donnée, pour une période et un prix fixés, plusieurs mois à l'avance (jusqu'à un an). » Le plus souvent, il s'agit de contrat de « 6 de mai » ou de « 6 de novembre ». En clair, cela signifie que l'éleveur pourra se faire livrer son tourteau dans les six mois à partir du mois de mai ou dans les six mois à partir du mois de novembre, à échéance connue. Le paiement s'effectue à la livraison. Pour un même point de déchargement, il est possible de bénéficier de factures séparées en cas de partage du camion. « L'intérêt de ce type de contrat réside dans la sécurisation du coût de l'approvisionnement, précise Sylvie Lecocq. Mais il y a toujours un risque à prendre une position sur le long terme. Le marché peut aussi bien monter que descendre… »

Partager le risque

Michel Prieur en sait quelque chose. S'il estime avoir réalisé des économies lors de ses premiers achats, cet éleveur de 35 laitières et de porcs en engraissement en Lozère, a été déçu par sa dernière commande. « En septembre 2008, je m'étais engagé sur du colza à 260 €/t pour une livraison en février 2009. Finalement, les cours ont baissé entre-temps… » Cela dit, il souhaite continuer de s'approvisionner de cette manière. « Si les cours restent à un niveau élevé, nous partagerons le camion à quatre plutôt qu'à deux pour mieux partager la prise de risque. »

Source Réussir Lait Elevage octobre 2009

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