Avec Cogedis : valuez votre capacité de résistance face à la crise

Annick Conté

Le point d'équilibre est un moyen de mesurer la fragilité de l'exploitation par rapport aux évolutions du prix du lait. Ce critère financier permet de cerner les actions à engager auprès du banquier et des fournisseurs.

Comment faire face financièrement à la crise ? Le centre de gestion Cogedis a organisé en novembre une série de réunions destinées à aider les éleveurs laitiers à passer le cap. « La première chose à faire, explique David Laisney, responsable de secteur Manche-Calvados, est d'analyser l'atelier lait en calculant le point d'équilibre financier. » Un critère qu'il juge particulièrement pertinent en temps de crise. Il correspond au prix de vente du lait nécessaire pour couvrir les charges de l'exploitation, y compris les prélèvements privés. Et il permet de déterminer quelles actions engager au niveau de la trésorerie. Cogedis conseille de ne pas attendre pour aller négocier avec son banquier et ses fournisseurs. « Faire tourner l'ouverture de crédit à fond, cela veut dire qu'on pense pouvoir rembourser rapidement. Mais une crise forte ne peut pas être amortie sur une année ; il faut 3-4 ans. »

Calculer son coût de production et le point d'équilibre financier

. Le coût de production du lait, c'est l'ensemble des charges engagées pour la production de 1000 litres de lait : charges opérationnelles et charges de structure spécifiques de l'atelier lait. Il s'élève en moyenne à 313,45 €/1000 litres pour 250 exploitations ayant une date de clôture au second semestre 2009 (août et septembre). « Les écarts entre exploitations sont très importants », souligne David Laisney. Le quart des moins performants se situe à 381 € (certaines atteignent même 420 €), et le quart des plus performants à 257 € (quelques-unes descendent à 225 €). 38 % des exploitations ont un coût de production à 325 € et 40 % à moins de 300 €.

 

 

. Le point d'équilibre financier, c'est le niveau de prix du lait en dessous duquel l'atelier lait consomme de la trésorerie. Pour passer du coût de production au point d'équilibre, il faut :
- enlever les amortissements et intérêts à long et moyen terme, et rajouter les annuités ;
- enlever les produits autres que le lait : vente de veaux, vente de génisses, vaches, primes couplées, DPU ;
- rajouter les prélèvements privés.
« En moyenne, dans notre échantillon, les prélèvements privés se montent à 69 €/1000 litres, soit 16 000 €/UTH ; ce sont les chiffres réellement observés au niveau de nos comptas », précise David Laisney. Le point d'équilibre se situe en moyenne à 327 €/1000 litres. On constate un écart de 130 € entre le quart inférieur (396 €) et le quart supérieur (270 €).

 

. Le graphique ci-contre montre que ce n'est pas la première fois que le point d'équilibre moyen se situe au-dessus du prix du lait moyen observé : c'était le cas en 2006-2007. À l'inverse, en 2007-2008, il était nettement en dessous du prix du lait ; cela a permis à certains d'épargner, à d'autres de consommer (investissements, remboursement de dettes…).

. Si l'on prend les clôtures année 2009 (1200 exploitations), la situation se dégrade par rapport aux clôtures second trimestre 2009 : la baisse du prix du lait est plus importante que la baisse des charges et donc la baisse du point d'équilibre financier qui se situe à 315 €.

 

Estimer sa capacité de résistance

Le point d'équilibre permet de mesurer la fragilité de l'exploitation par rapport aux évolutions du prix du lait. Avec votre point d'équilibre, vous pouvez prévoir l'évolution de votre trésorerie pour les mois à venir et calculer sa capacité de résistance à un instant T. Autrement dit, pendant combien de mois l'ouverture de crédit, le court terme ou les autres mesures d'accompagnement parviendront à financer le manque de trésorerie.
. Exemple pour un quota de 335 000 litres et un point d'équilibre à 327 euros. Avec un prix du lait de 290 euros, la perte de trésorerie est de 37 € x 335 = 12 400 €. Avec une ouverture de crédit de 30 €/1 000 litres soit 10 050 €, la capacité de résistance est de 10 050 € divisé par 12 400 € multiplié par 12 soit environ 10 mois. Si l'ouverture de crédit passe à 50 €/1000 l soit 16 570 €, la résistance monte à 16 mois.

 

Les actions à court terme pour améliorer la trésorerie

Le point d'équilibre et la capacité de résistance sont des outils qui vous permettent de décider ce dont vous avez besoin. Et ainsi de déterminer les actions à engager à court terme avec votre banquier et vos fournisseurs.

.Vous pouvez agir sur le passif du bilan — en améliorant les capitaux permanents par reprise d'autofinancement (en négociant avec le banquier le financement d'investissements que vous aviez autofinancés pendant l'année), en ayant recours aux prêts de consolidation sur 3-5 ans, en dernier recours par apport de capitaux extérieurs ;
— en revoyant la durée des emprunts avec le banquier ;
— en agissant sur les dettes court terme par reprise en long et moyen terme des encours bancaires à court terme, en obtenant l'accord des fournisseurs pour étaler le paiement et éviter les agios (en effet, les crédits fournisseurs sont très coûteux) ;
— en agissant sur les créances : certaines créances (les aides PAC par exemple) peuvent être financées en avance court terme. Soyez également vigilants sur les encaissements.

. Vous pouvez agir sur l'actif du bilan
— en réduisant les stocks au strict nécessaire à l'activité. Par exemple en vendant les génisses en trop (en supprimant la marge de sécurité de 10 %, soit 2 génisses par an pour un troupeau de 80 vaches avec 25 % de renouvellement). Ou en évitant les gros stocks d'intrants (concentrés, phytos, engrais…) ;
— en agissant sur l'actif immobilisé : « tout le matériel est-il bien nécessaire ? » De façon plus marginale, un rachat de foncier par un GFA peut être un bon motif pour restructurer un emprunt (constitution d'un GFA auquel je suis associé et qui rachète mes terres).

. Vous pouvez réduire les prélèvements obligatoires (sociaux et fiscaux)
— en agissant sur le revenu 2009 par le biais des amortissements, l'optimisation des décotes, les Defi (effet sur la MSA dès 2010) :
— par le biais d'une sortie d'associé avec changement de statut (effet sur la MSA dès 2010) ;
— avec l'option annuelle MSA (effet sur la MSA en 2011) ;
— en prolongeant l'exercice en 2009 si celui-ci est déficitaire, mais attention à ne pas avoir deux années de DPU (effet sur la MSA et les impôts dès 2010).

Source Réussir Lait Elevage Janvier 2010

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