Bien tasser le silo de maïs pour éviter les pertes

Costie Pruilh

Bien tasser le silo de maïs pour éviter les pertes
Un chantier d'ensilage de 10 heures représente 4000 euros de marchandise par heure. L'enjeu économique est indéniable ! - © Soizick Héloury/l'Anjou agricole

En un chantier d'ensilage de maïs, on peut perdre sur 30 ha 1800 à 4000 euros de marchandise, sans s'en rendre compte. Attention à la qualité de la coupe et au tassement du silo. En fin de journée, les derniers centimètres sont parfois moins bien tassés.

L'observation du silo en dit long

L'aspect général du silo. "Je vais toujours voir les silos quand je suis un élevage, qu'il y ait un problème sur les animaux ou qu'ils soient en bonne santé. C'est toujours instructif. L'analyse du fourrage donne des indications sur sa valeur nutritionnelle, mais elle ne dit pas sa qualité de conservation et de reprise. Une bonne observation complète les informations. L'aspect général du silo d'abord - se tient-il bien ? Y a t-il des pertes sur les côtés ?", expose Hervé Guédon, vétérinaire en Mayenne.

Évaluer la température au toucher. "La température du silo doit être proche de celle de l'air ambiant. On ne doit pas avoir de sensation de chaleur au toucher. L'odeur doit être agréable et modérée. Le pH mesurable avec des bandelettes ou un appareil électronique doit être de 4 maximum."

Évaluer le tassement à la main. "Je dois avoir du mal à prendre de l'ensilage avec mes mains. Il faut se faire mal aux doigts." Cela correspond à une densité minimale de 230 kgMS/m3 dans un silo couloir de 2,5 m de haut, pour un maïs à 33% de matière sèche. "Beaucoup de silo sont autour de 170 kg." Pour une taupinière, on visera 185 kgMS/m3.

Évaluer la teneur en matière sèche. "Je presse du fourrage avec une main. S'il sort du jus, c'est que le fourrage est à moins de 28% MS. Si ma main est légèrement humide, je suis autour de 32% MS, l'optimum d'ingestion et de digestibilité. Si ma main reste sèche, le fourrage est à plus de 35% MS."

Tous ces critères doivent être recherchés dans le coeur du tas, mais aussi et surtout sur le dessus et les côtés.

Le maïs ensilage n'est pas difficile à réaliser en soi, mais des défauts persistent. "À la récolte, une coupe bien nette et franche, pour des brins de 14 mm, est recommandée pour une bonne ingestion du fourrage. Attention aux brins trop courts, trop défibrés : ils sont source de risque de sub-acidose", rappelle Hervé Guédon, vétérinaire praticien en Mayenne, intervenu lors des journées des Groupements techniques vétérinaires en mai dernier. Ce défaut peut être lié à la machine, à des couteaux insuffisamment affûtés. Mais c'est peut-être tout simplement une question de réglage. "L'éleveur est maître du chantier. Il faut qu'il fasse respecter ses exigences. Il faut vérifier la qualité et la longueur de la coupe, et au besoin la faire rectifier par le conducteur. L'enjeu économique est important ! Les détails comptent !" Le contrôle se fait soit à l'oeil nu, soit à l'aide d'un tamis. Les grains doivent être attaqués. Si le taux de matière sèche du maïs récolté dépasse 35% MS, ce travail doit être encore plus rigoureux.

Une coupe franche et des brins d'au moins 14 mm

Le tassement du silo est un point critique pour sa bonne conservation. "Un silo qui chauffe perd de la valeur et de l'appétence tous les jours. L'ingestion et les performances animales diminuent", rappelle Hervé Guédon. Sur 30 ha, s'il y a 5 à 10% de pertes sur 35 000 à 40 000 euros de marchandise, cela fait 1800 à 4000 euros de pertes qui ne se voient pas forcément.

L'augmentation des débits de chantier n'est pas toujours suivie d'une augmentation proportionnelle du poids et du nombre de tracteurs sur les silos. Les contraintes de temps peuvent aussi conduire à des silos insuffisamment tassés. "On voit des silos qui sont assez bien tassés, mais qui pourraient l'être davantage. L'éleveur ne se rend pas forcément compte qu'il a perdu quelques milliers d'euros. Il y a des silos qui sont bien tassés durant toute la journée d'ensilage, mais en fin de journée, les derniers centimètres sont moins bien tassés. Il faut finir rapidement, pour libérer les gens et le matériel. Cela amène une question : était-ce raisonnable de vouloir tout ensiler la même journée ? S'il n'était pas possible de faire autrement, fallait-il investir dans de la main-d'oeuvre et du matériel supplémentaire ? L'enjeu économique que représente un silo de bonne qualité justifie cet investissement. La location d'un tracteur avec main-d'oeuvre coûte 600 euros par jour. Cette dépense vaut le coup par rapport aux pertes potentielles !"

Bien tasser le silo de maïs pour éviter les pertes

10 tonnes de poids de tracteur pour 25 t MS/h

La recommandation est de 10 tonnes de poids de tracteur pour 25 t MS entrantes par heure. Si l'ensileuse permet d'ensiler 3 ha/h soit 40 t MS/h, il faudra 16 tonnes sur le silo. "Même avec deux tracteurs de 8 tonnes, ce sera juste. L'idéal dans ce cas sera trois tracteurs, dont deux tassent en même temps sur deux silos, et un tracteur qui repousse le fourrage. Il vaudra donc mieux avoir deux silos de taille moyenne plutôt qu'un énorme silo", souligne Hervé Guédon. Les pneus ne doivent pas être trop larges (pas de roues jumelées) et être bien gonflés (2,5 bars).

Le matériel ne fait pas tout. Il faut à peine 20 cm d'épaisseur pour chaque couche. Et effectuer plusieurs va-et-vient sur chaque couche. Ce n'est pas toujours facile quand le silo est très long, qu'il est très haut. La taille du silo a toute son importance. "Les silos sont trop souvent dimensionnés par rapport au rendement du maïs. Leur taille doit être fonction de la vitesse d'avancement du silo et donc être fonction des besoins des animaux." Les repères sont 10 cm par jour minimum en hiver, et 20 cm en été.

Une taille de silo ajustée à la vitesse d'avancement

"Il faut être réactif et arbitrer rapidement lors d'un chantier. Si je fais un meilleur rendement que d'habitude, est-ce que je monte mon silo à plus de 3 m de haut, au risque d'une moins bonne conservation ? Ou est-ce que je mets l'excédent en taupinière, pour assurer un silo de très haute qualité ? Ou est-ce que je ne récolte pas tout, pour valoriser l'excédent en grain ?"

"On observe des silos insuffisament chargés. Il faut des lests régulièrement sur tout le silo. Et à la reprise, le lestage doit être maintenu sur le front d'attaque."

Un tassement insuffisant n'est pas rattrapable. "On évitera d'en aggraver les conséquences en avançant rapidement et en évitant de déstructurer le front d'attaque", rappelle Hervé Guédon.

L'estimation de la bonne conservation de l'ensilage et de sa valeur alimentaire peut se faire à l'oeil et au toucher (voir encadré). L'analyse du fourrage complètera les observations. Les critères principaux sont la matière sèche, la cellulose (NDF, ADF), la matière azotée, la digestibilité, le taux d'amidon. L'analyse permettra de calculer la valeur alimentaire du fourrage. On demandera davantage de détails d'analyse si les conditions de récolte, de tassement et de reprise ne sont pas optimales.

Entre 6 et 19 euros/t MS de coût des pertes

Le coût de production de l'ensilage de maïs comprend le coût du foncier, les intrants, la mécanisation de l'implantation et de la récolte, le stockage (bâche et amortissement du silo). Pour un rendement de 13 t MS/ha, ce coût est en moyenne de 1200 euros/ha rendu silo, soit 92 euros/t MS. Avec le coût de désilage, le coût de production est de 108 euros/t MS. Et quand on ajoute la rémunération du travail de l'éleveur, on atteint 136 euros/t MS.

Les pertes, quand elles s'établissent entre 5 et 15% entraînent un surcoût chiffré entre 6 et 19 euros/t MS.

Source : chambres d'agriculture des Pays de la Loire et des Deux-Sèvres, Institut de l'élevage, FRCuma, fiches de synthèse sur les coûts des fourrages rendus à l'auge, janvier 2015.

Source Réussir Lait

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