Bio-Energie : Le miscanthus, un investissement à long terme

Sandra Roupnel

Diversification, stabilisation du revenu à long terme, simplicité de conduite… autant d'arguments avancés par Bical Biomasse France qui développe cette culture énergétique.

Etonnante plante que le miscanthus. Aussi appelée herbe de l'éléphant, cette variété pérenne de roseau chinois produit une canne qui ressemble au bambou et peut atteindre trois à quatre mètres de hauteur. Son potentiel de rendement est important. Comptez quinze à vingt-cinq tonnes de matière sèche par hectare et par an dans nos régions.
Mais pourquoi cultiver ce drôle de roseau ? Connu comme plante ornementale, le miscanthus est aussi très apprécié pour ses qualités de bio-combustible. C'est avant tout à ce titre que Bical Biomasse France propose son implantation et sa commercialisation. Près de 600 hectares ont ainsi été plantés sur le territoire français en 2007. Utilisées comme source énergétique, ces plantations permettent la production d'électricité et assurent le chauffage de structures collectives ou industrielles.
Le miscanthus peut également être employé dans les matériaux de construction, comme pâte à papier ou comme composite, pour la fabrication de pots de fleurs biodégradables. Grâce à sa forte teneur en cellulose, le miscanthus compte aussi parmi les bio-carburants de deuxième génération.

La plantation du miscanthus a lieu en avril-mai. La planteuse assure un débit de chantier de quinze à vingt hectares par jour. (DR)

La plantation du miscanthus a lieu en avril-mai. La planteuse assure un débit de chantier de quinze à vingt hectares par jour. (DR)

Trois fois plus absorbant que la paille

La plante ainsi exploitée pour la production de fibres et d'énergie est un hybride naturel stérile. Elle se développe à partir de rhizomes et ne présente pas de risque de propagation incontrôlée ou d'envahissement. Le coeur spongieux de la tige lui confère un grand pouvoir absorbant. Utilisé comme litière, le miscanthus est trois fois plus absorbant que la paille de blé. L'absence de poussière réduit les risques de problèmes respiratoires et sa faible abrasivité améliore le confort des animaux. Il est en outre facilement compostable.
La plantation du miscanthus a lieu en avril-mai. Pour une durée d'au moins dix-huit ans. Bical fournit les rhizomes et assure la plantation. La société prend aussi en charge le suivi de la culture, surtout pendant la première année, la plus délicate.

Une fois l'implantation réussie, le suivi de la culture est simplifié. Peu d'apports en engrais et herbicides sont nécessaires. Un désherbage est nécessaire la première année pour limiter la concurrence des adventices, et il faut veiller à implanter sur un sol non carencé en P et K. « Au Royaume-Uni ou en Suisse, certaines plantations sont conduites depuis vingt-cinq ans sans apport azoté et sans perte de rendement », affirme Bical Biomasse France. Le miscanthus peut donc être une solution intéressante pour protection de la ressource en eau sur les zones de captage et les zones protégées. C'est une plante de plaine qui tolère des qualités de sols variées. Elle sera toutefois plus performante dans des sols profonds, avec une bonne réserve utile en eau et des pH compris entre 5,5 à 8.

Haut de 3 à 4 mètres, le miscanthus ne verse pas. Il plie mais ne casse pas. Il est facile à détruire avec du glyphosate utilisé au bon moment. (DR)

Haut de 3 à 4 mètres, le miscanthus ne verse pas. Il plie mais ne casse pas. Il est facile à détruire avec du glyphosate utilisé au bon moment. (DR)

 

Une conduite simple et économe

Peu productive la première année, la plante est alors broyée. Les résidus forment un mulch sur le sol qui empêche le développement des adventices et conserve l'humidité du sol. La récolte commence la deuxième année, une fois les feuilles tombées. En mars-avril, il ne reste plus que les cannes dont l'humidité avoisine 15 %. Le miscanthus peut alors être récolté. Deux modes de récolte sont possibles. L'utilisation d'une ensileuse à maïs sans modification particulière est la solution la moins onéreuse mais les volumes à transporter sont importants.
Notons que le stockage est facilité par le faible taux de sucres. En deça de 22 % d'humidité, il n'y a aucun risque d'échauffement. La récolte peut être stockée à plat, au champ, sous bâche ou sous bâtiment. Le recours à une ensileuse modifiée, qui fauche et conditionne, constitue une autre possibilité. L'opération est alors suivie d'un bottelage.

Cette technique est adaptée aux projets de consommation à plus grande distance ainsi qu'à l'utilisation en litière. Les cannes de miscanthus peuvent être transformées en granulés qui conviennent mieux aux systèmes d'alimentation de chaufferies individuelles. Quelle que soit leur forme, les produits obtenus ont un pouvoir calorifique élevé qui atteint cinq mégawatt/heure par tonne de matière sèche.

La récolte en hiver ne pose pas de problèmes car la portance du sol est nettement améliorée par le développement des rhizomes et le mulch de surface. (DR)

La récolte en hiver ne pose pas de problèmes car la portance du sol est nettement améliorée par le développement des rhizomes et le mulch de surface. (DR)

 

Un coût de 3000 à 3300 euros par hectare

Le faible niveau d'intrants, l'absence de séchage et son caractère pluri-annuel font du miscanthus une plante au ratio énergétique attrayant. Le bilan carbone est également très favorable.
Le miscanthus est une culture d'investissement dont la rentabilité s'établit dans la durée. Bical Biomasse France propose une contractualisation sur dix, quinze ou vingt ans. Le coût d'implantation varie selon les surfaces et les types de contrats signés. Il se situe dans une fourchette de 3000 à 3300 euros par hectare, ce qui représente un coût moyen annuel de 200 à 230 euros. La préparation du sol est à la charge de l'agriculteur.
Quelques conditions sont toutefois requises pour la signature du contrat d'implantation. Les zones de plantation doivent compter plus de cinquante hectares cumulés. Avec des parcelles unitaires de plus de trois hectares. En 2008 comme en 2007, il est possible d'activer les DPU jachère par la culture du miscanthus. Pour les DPU normaux, un contrat de culture énergétique est obligatoire. Lorsque la culture est destinée à un usage personnel, il est donc préférable d'activer les DPU gel.

Pour un rendement moyen de 17 t/ha, une marge de 990 à 1 330 euros par hectare

L'investissement de départ est important mais la culture est implantée pour vingt ans. Les charges sont réduites grâce à la quasi-absence d'interventions. Le prix d'achat du miscanthus varie selon le niveau de valorisation aval. Comptez 60 à 80 euros pour une tonne ensilée à une humidité de 20 % maximum. La récolte commence la seconde année avec 50 % du rendement maximum. Il faut cinq à sept ans pour atteindre le plateau de productivité maximale. Si le résultat agricole se compare favorablement par rapport à une production céréalière classique, l'étude économique doit se faire au cas par cas, suivant le parcellaire, la valorisation du temps libéré par l'agriculteur et les politiques d'investissement en matériel.

 

Source Réussir Lait Elevage Mars 2008

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