Crise laitière et agricole : 500 millions d’euros suffiront-ils ?

Crise laitière et agricole : 500 millions d’euros suffiront-ils ?

Au lendemain de l’annonce de la Commission européenne d’une nouvelle enveloppe de 500 millions d'euros pour soutenir le marché laitier, les réactions se succèdent, entre satisfaction et goût d’inachevé.

«C'est la première fois depuis la fin des quotas laitiers qu'on se pose la question de la maîtrise de la production en cas de déséquilibre des marchés», a noté avec satisfaction Stéphane Le Foll, ministre français de l'Agriculture et partisan depuis près d'un an d'une intervention de ce type. Dans un communiqué, celui-ci précise que « sur ces 500 millions d’euros, 150 millions permettront de mettre en place une mesure de régulation du volume de lait produit au niveau européen ». L’UE va compenser financièrement les producteurs individuellement (et non au travers de coopératives ou d’organisations interprofessionnelles), pour chaque litre de lait non produit. « C’est le principe du premier arrivé, premier servi », a précisé M. Hogan lors d’une conférence de presse. Le dépôt des dossiers ouvrira en septembre et le système sera lancé le 1er octobre.

Le ministre français de l’Agriculture précise que « les 350 autres millions seront délégués aux Etats membres qui pourront les utiliser dans le cadre de mesures de soutien, en adéquation avec la logique de maîtrise volontaire de la production laitière ou à d’autres actions permettant de redonner des perspectives de marché à d’autres filières et notamment la viande bovine ».

Vigilance des syndicats agricoles

Selon l'Assemblée permanente des chambres d'agriculture, «le budget alloué à ces mesures est dérisoire au vu de l'ampleur économique et sociale de la crise»

«Les producteurs français laitiers ne veulent pas que leurs aides soient conditionnées à une réduction de la production», a réagi Xavier Beulin, président de la FNSEA, estimant que la France avait fait sa part et que l'Europe du Nord devait maintenant s'y atteler.

La Coordination rurale s’interroge : « d’après les premiers montants d’indemnisations communiqués, un agriculteur réduisant sa production toucherait, à une date incertaine, environ 100 euros par tonne non produite, contre environ 250 euros pour une tonne produite (soit bien en-dessous des coûts de production). Quel intérêt un agriculteur aurait-il donc à réduire sa production de lait sauf si son choix s’inscrit dans la cessation de cette activité ? »

La Confédération Paysanne estime qu'une «réduction obligatoire de la production de 4% via l'article 221» serait plus efficace «qu'une rallonge d'aides directes, gérées pays par pays». 

Le principal syndicat européen d'agriculteurs, le Copa-Cogeca, s'est dit satisfait des annonces, même s'il attend de savoir «comment tous les agriculteurs auront accès au programme sous les mêmes conditions».

Du « bricolé » ?

Olivier Picot, président de la fédération nationale de l’industrie laitière (FNIL), a salué la décision de la Commission européenne. « Cela fait du sens », estime-t-il, se déclarant favorable à une aide corrélée à la réduction de la production. Il prévient néanmoins : « l’appareillage technique à mettre en œuvre va être très compliqué ». Il regrette le manque d’anticipation. « C’est bricolé, même si le fond est bon », résume-t-il.

Michel Dantin, député européen, se montre lui aussi mesuré : « le paquet de mesures proposé par le Commissaire Hogan, bien qu’allant dans la bonne direction, évoque un sentiment amer : trop peu et trop tard ! » Il propose : « Pour utiliser cet argent utilement, ces crédits doivent être conditionnés à des mesures de sortie de crise : je propose de mettre en place un programme de soutien à la cessation d’activité et aux retraites anticipées, afin de permettre aux éleveurs qui n’en peuvent plus, de partir dignement ».

L’objectif de la Commission est d’arriver à réduire la production de 1,4 million de tonnes. Selon les derniers chiffres disponibles par Eurostat, l’UE a produit un peu moins de 148 millions de tonnes de lait en 2014. 

Sur le même sujet :  L'UE débloque une nouvelle enveloppe de 500 millions d'euros pour soutenir l'agriculture en crise

Source Lise Monteillet, avec AFP

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Commentaires 2

JCA61

L'Europe n'est pas réaliste face à la crise laitière, mais elle répond parfaitement aux lobbyings des industriels et de l'état, qui souhaite offrir un accès aux bien alimentaires le moins cher possible aux consommateurs.
Bref politique de concentration des structures et désertification des campagnes à outrance, perte d'autonomie alimentaire et gaspillage de l'argent publique investie dans les structure actuelles dont les problèmes de financement des immobilisations comme des besoins en fonctionnement se font sentir.
Alors une bonne fois pour toute arrêtons de rêver, les poussières européennes nous n'en voulons plus, Nous voulons des contrats producteurs entreprises, avec des prix corrects pour tous les intervenants économiques.

CR45

L'effet d'annonce est certain ...mais que représente
500 millions d'euros à l'echelle européenne. C'est se moquer des gens qui bossent .Les agriculteurs éleveurs ne sont pas dupes .Eux ils savent compter et bien sûr le compte n'y est pas !

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