Débat de société : Pourrons-nous « nourrir la planète » en 2050 ?

Annick Conté

Face à la forte augmentation des besoins mondiaux en nourriture, l'Amérique du Sud a le plus fort potentiel de développement. Telles sont les hypothèses formulées par Michel Griffon de l'Agence nationale de la Recherche.

« Les besoins mondiaux en calories devraient doubler en 2050 », a démontré Michel
Griffon, directeur adjoint de l'ANR et auteur du livre « Nourrir la planète » le 5 juin dernier
lors d'une journée de l'élevage ruminants. L'appel à l'accroissement de production se fera
d'abord dans les régions de croissance démographique (le Sud), mais aussi dans les
régions économiquement émergentes du Sud et du Nord (ex-Peco). « À l'échelle globale, on
peut penser qu'il sera possible mais difficile d'assurer la sécurité alimentaire », a-t-il
expliqué. L'Asie et la région Afrique du Nord - Moyen-Orient (ANMO) seront fortement
importatrices de nourriture. L'Afrique serait plus ou moins autosuffisante(1). L'Amérique du
Sud serait fortement exportarice mais avec des risques écologiques : elle dispose
d'avantages compétitifs à long terme uniques (espace, climat, capitaux, main d'oeuvre,
technologie). À l'inverse, l'Australie et le Canada sont limités. Quant aux USA et à l'Europe,
ils ont des possibilités de réponse restreintes : les espaces sont déjà largement utilisés et
les coûts de production sont élevés. Le changement climatique pourrait, en revanche,
favoriser les immenses plaines de la Russie ainsi que le Canada.

La Chine va développer l'élevage laitier et viande mais devra tout de même importer. (P. Le Douarin)

La Chine va développer l'élevage laitier et viande mais devra tout de même importer. (P. Le Douarin)

Compétitivité de l'Amérique du Sud

Qui satisfera les besoins supplémentaires en lait et en viande bovine ? Michel Griffon
dresse les hypothèses suivantes. La Chine développera l'élevage laitier et viande mais
devra tout de même importer ; le reste de l'Asie devra importer. L'Amérique latine sera
candidate à des exportations vers l'Asie, en remplacement partiel de l'Australie. L'ANMO
continuera à importer et le Canada continuera ses exportations vers les USA. Quant à la
Russie et l'Europe de l'Est, Michel Griffon pense qu'ils amélioreront leurs performances et
leurs effectifs.
Et l'élevage bovin européen dans tout çela ? L'Europe devrait avoir une possibilité
d'exportation vers l'Est et vers la Russie (momentanément) et vers l'ANMO (plus
durablement ?). Elle aura aussi une possibilité d'exportation de produits de qualité en
maîtrisant les difficultés sanitaires. Le danger potentiel de concurrence de la viande latino-
américaine dépendra de l'évolution de l'OMC et de la PAC ; le principal atout de résistance
sera la proximité élevage-consommateurs. Et pour tirer son épingle du jeu, l'Europe devra,
selon Michel Griffon, anticiper les nouvelles demandes sociétales.
Ce qui est sûr c'est que « la hausse des coûts de production renforce la compétitivité des
plus compétitifs donc de l'Amérique du Sud. Le vrai problème, c'est le risque de tension
permanente sur les prix. »


(1) Avec l'hypothèse que les pays sous-alimentés rejoignent la situation médiane de 1990
(calories et viande/végétal), sauf l'Afrique qui poursuit sa tendance actuelle.


Source Réussir Lait Elevage Juillet-Août 2008

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