Dégradation de la trésorerie : N'allez pas voir votre banquier les mains vides

Véronique Rychembusch

Il est important de faire le point avec votre banquier, de lui présenter les difficultés chiffrées et les pistes envisagées.

Des prix du lait en berne et des coûts de revient à la hausse, l'équation se traduit inéluctablement par un revenu en régression. « La baisse est déjà perceptible sur les clôtures du premier trimestre 2009 et elle va s'accentuer pour les clôtures à venir suite à la baisse de prix enregistrée depuis », explique Pascale Morin, conseillère lait à la chambre d'agriculture du Finistère.
Pour la ferme laitière bretonne moyenne – 326 000 litres vendus et 1,62 UTH - sur la base de l'accord national de juin dernier, le revenu à attendre en 2009 sera d'environ 12 000 €/UTH. 60 % des exploitations devraient se situer à moins de 15 000 €/UTH et 17 % risquent d'avoir un résultat nul ou négatif.

« Mais, au-delà du résultat, de plus en plus d'exploitations se trouvent dans une situation tendue en termes de trésorerie. Quelques solutions peuvent être mises en oeuvre pour aider à passer ce cap. » La première chose à faire est de procéder à un état des lieux le plus précis possible de la situation de l'ensemble des comptes, qu'ils concernent l'exploitation ou le privé, en y intégrant les recettes et dépenses prévues, au minimum sur un trimestre. Cette première approche permet de mesurer l'ampleur du déficit de trésorerie à attendre et les solutions les mieux adaptées pour y faire face. « L'une des possibilités les moins coûteuses en la matière est le recours à l'ouverture de crédit », rappelait Pascale Morin. Les banques accordent en général une ouverture d'un montant équivalent à un mois moyen de recette laitière, soit environ 12 000 € pour un quota de 400 000 litres. L'éleveur a intérêt à vérifier qu'il dispose bien d'une ouverture de crédit de ce niveau.
« Il vaut mieux en effet être à découvert sur les comptes d'exploitation où les taux d'intérêt sont de 7 à 8 % que sur les comptes privés où ces taux avoisinent 17 %. »

Mieux vaut prendre les devants et demander un rendez-vous avec votre banquier sans attendre. (S. Leitenberger)

Mieux vaut prendre les devants et demander un rendez-vous avec votre banquier sans attendre. (S. Leitenberger)

 

Établir un échéancier des paiements

Si la ligne d'ouverture de crédit se révèle insuffisante, d'autres solutions peuvent être envisagées comme le recours à un crédit court terme. Adossé à une recette certaine (DPU, subventions, TVA…) et avec un taux d'intérêt généralement compris entre 4 et 5,5 %, il peut vous aider à passer une période délicate, à condition d'être vigilant sur son remboursement une fois la recette perçue, sous peine de vous enfoncer dans des difficultés plus importantes.« Il est également possible de recourir à un emprunt à moyen ou long terme en post-financement d'investissements autofinancés. »
Cette solution est envisageable dans les exploitations où le niveau des annuités reste contenu, de l'ordre de 60 à 70 €/1 000 litres, et qui ont autofinancé des investissements au cours des dix-huit derniers mois. Le prêt souscrit permet alors de récupérer de la liquidité pour assainir la trésorerie.
Autre mesure à mettre en oeuvre : essayer d'établir un échéancier des paiements le plus en phase possible avec les recettes de l'exploitation. Au concret, cet objectif passe souvent par une suspension des prélèvements automatiques au profit de règlements par chèques ou TIP qui permettent de reprendre la main sur la gestion des paiements dans le temps.

Suspension des prélèvements automatiques

Des délais et étalements de règlements peuvent aussi être obtenus en négociant avec les fournisseurs. « Dans le même ordre d'idée, un éleveur qui pressent des difficultés pour payer ses cotisations MSA a intérêt à le signaler à sa caisse pour éviter les 10 % de pénalités de retard. »
En ce qui concerne les emprunts, il est bon de faire le point avec son banquier sur les possibilités éventuelles de moduler le montant de certaines échéances ou d'en reporter une ou plusieurs en fin de période de remboursement. « Dans les situations les plus difficiles, avec un niveau d'annuités important - plus de 90 €/1000 litres - la solution passera sans doute par une consolidation des prêts. »

Si une épargne de précaution est disponible, elle peut être réinjectée dans l'exploitation et/ou permettre à l'exploitant de « faire le gros dos » en privé en gelant pendant quelques mois les prélèvements privés. Enfin, certaines laiteries acceptent de verser un acompte sur la paie de lait aux producteurs qui en font la demande. Ces dispositions mises bout à bout peuvent permettre de limiter la dégradation de la trésorerie.
Dans tous les cas, il est important, si vous prévoyez des difficultés de trésorerie, de prendre rendez-vous sans attendre avec votre banquier pour faire le point sur la situation (placements, ouverture de crédit, annuités d'emprunts…), lui présenter les difficultés attendues, chiffrées, et les pistes envisagées pour y pallier. Vous serez ainsi en situation plus favorable pour discuter des solutions possibles, analyser les propositions de la banque et définir un plan d'actions.

Source Réussir Lait Elevage Juillet-Août 2009

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