Des éleveurs créent leur laiterie

Véronique Bargain

Des éleveurs créent leur laiterie
De gauche à droite : Fabrice Hégron, président de l'association En direct des éleveurs, Jacky Gauvrit, responsable du groupe de Poitou-Charentes, et Philippe Clavier, du comité de direction. Les éleveurs adhérents devront tous être impliqués dans le projet mais pas forcément actionnaires. - © V. Bargain

Au-delà de l'outil, c'est tout un modèle économique qu'un groupe d'éleveurs de Loire-Atlantique et Poitou-Charentes veut développer.

Des éleveurs créent leur laiterie
Edde

Lait UHT en poche éco-conçue

Le packaging Ecolean choisi par les éleveurs est d'origine suédoise et produit sur une machine suédoise, le reste du matériel ayant été acheté localement. Le paquet, constitué d'un mélange de plastique et carbonate de calcium, est recyclable, 55 % plus léger qu'un emballage carton alimentaire et il utilise 68 fois moins d'eau que le même emballage carton. Il est refermable, micro-ondable et une poignée rigide permet de verser le lait facilement. Un QR code assure la traçabilité du lait.

Produire, transformer et vendre elles-mêmes leur lait ! Après quatre années d'études, 14 exploitations de Loire-Atlantique et Poitou-Charentes viennent de créer leur laiterie à Remouillé, en Loire-Atlantique. L'outil, qui entrera en fonctionnement en août  et emploiera 20 personnes, pourra transformer 20 M litres de lait en lait UHT, crème et beurre commercialisés en GMS et restauration hors foyer. « L'idée, explique Fabrice Hégron, un des éleveurs à l'origine du projet, est que les agriculteurs sont des chefs d'entreprise et qu'ils doivent se prendre en main. Nous produisons un lait sans huile de palme ni OGM, qui est actuellement mal valorisé. La réflexion, née après la crise du lait de 2009, nous a amenés à vouloir le transformer et le vendre nous-mêmes. » Quatre années ont été nécessaires pour définir les besoins, établir des partenariats, créer la SAS « De nous à vous » et la marque « En direct des éleveurs » et réunir les financements pour créer une laiterie. « Leclerc et Système U ont été des partenaires dès le départ, précise Fabrice Hégron. Ils nous ont permis de définir les attentes des consommateurs pour du lait tracé, respectueux de leur santé et de l'environnement et en circuit court. » La décision a été prise de vendre du lait UHT, produit très consommé mais considéré comme industriel et absent des circuits courts. Un cahier des charges a été établi, basé sur un lait riche en oméga3 naturels (filière Bleu-Blanc-Coeur), sans huile de palme ni OGM. Le choix a été fait aussi de conditionner le lait dans une poche souple innovante. Et un contrat a été passé avec Biolait pour la commercialisation de lait bio. L'investissement, de 8,4 M€, a été financé par des emprunts (42,5%), des fonds d'investissement (25%), des subventions de la région et du département (14%), du crowfunding (11%) et par les éleveurs à l'origine du projet (7,5%).

Dupliquer le modèle dans d'autres régions

Le projet réunit aujourd'hui sept exploitations des Pays de la Loire, sept de Poitou-Charentes et bientôt une dizaine de Bretagne, pour un total de 12 M litres de lait. Le lait sera collecté tous les deux jours, transformé à Remouillé sans possibilité de mélange et commercialisé dans sa région de collecte. Et au-delà de l'outil, c'est tout un modèle que les éleveurs veulent développer. Tous les éleveurs adhérents devront ainsi avoir la même volonté d'être acteurs de la filière de la production à la consommation. Un audit réalisé par un organisme indépendant avant toute adhésion permettra de vérifier ces valeurs et d'évaluer les compétences de chacun. La commercialisation sera assurée par les éleveurs. « Dans chaque exploitation, un éleveur participera au suivi commercial et chaque magasin aura un référent éleveur », explique Fabrice Hégron. Les éleveurs seront aussi impliqués dans le suivi administratif et la maintenance de l'outil. Une programme de formation de 10-12 jours par an pendant trois ans a été établi pour donner à chaque éleveur des compétences en commercial, marketing, juridique, communication, gestion... Quant au prix de vente, il devrait être de 0,93 à  0,95 €/l, dans la moyenne du marché pour un lait premium. Deux centrales, Système U et Leclerc, ont déjà donné leur accord de référencement. « Le prix, qui incluera un indice coût de production et sera rediscuté deux fois par an, devrait permettre une juste rémunération du travail des éleveurs. » Et pour la suite, le groupe a encore d'autres objectifs. « Notre volonté est que l'outil de transformation reste à taille humaine, pour que chaque éleveur puisse s'y impliquer. L'organisation sur trois régions permet de limiter les risques commerciaux au démarrage. Mais notre objectif est de dupliquer le modèle en créant des mini-laiteries dans d'autres régions. Les consommateurs recherchent des produits en circuit court. Et nous avons de nombreuses demandes d'éleveurs en France et ailleurs. »

Source Réussir Lait

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Commentaires 1

Pat 47

Bravo à ces entrepreneurs
Ca change de l'attitude "lutte des classe" de la plupart de nos responsables
Enfin des éleveurs qui ont compris que la Valeur Ajouté il faut aller la chercher en s'appuyant autour de Organisations Collectives et Economiques
c'est comme cela qu'on prépare l'avenir !

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