Désinsectisation : L'efficacité des traitements insecticides est mal connue

Franck Mechekour

La FCO a pris tout le monde de court. On sait peu de choses sur la biologie des culicoïdes incriminés et sur l'efficacité de la désinsectisation pour réduire la transmission de la maladie.

Avant la mise au point d'un vaccin inactivé contre le sérotype 8, la désinsectisation était le seul moyen de limiter la transmission du virus de la fièvre catarrhale par les culicoïdes. « Parmi les insecticides autorisés, la quasi-totalité appartiennent à la famille des pyréthrinoïdes. Ils ne présentent pas de délai d'attente pour le lait ou la viande, à l'exception du Butox 50 pour mille (trois jours d'attente pour la viande) », précise Thomas Balenghien, entomologiste au Cirad(1). « Les pyréthrinoïdes ont aussi a priori un effet excito-répulsif à courte distance, et un effet irritant au contact », souligne le scientifique.
Reste que l'efficacité des traitements insecticides sur les animaux est encore mal connue pour plusieurs raisons. Plutôt discrets, les culicoïdes, présents depuis la nuit des temps dans le monde, n'ont fait, pour la majorité des espèces signalées en France, que l'objet de recherches faunistique et systématique.

Les insecticides utilisés actuellement ont une autorisation de mise sur le marché (AMM) sur d'autres insectes comme les mouches mais pas pour les culicoïdes. (S. Leitenberger)

Les insecticides utilisés actuellement ont une autorisation de mise sur le marché (AMM) sur d'autres insectes comme les mouches mais pas pour les culicoïdes. (S. Leitenberger)

Six espèces de culicoïdes suspectées

Par contre, l'étude des moeurs (éthologie), la capacité vectorielle de ces espèces, et les moyens de lutter contre ces espèces n'ont fait l'objet jusqu'ici que de peu d'investigations. Pour preuve, avant l'apparition de la fièvre catarrhale ovine en Corse en 2000, seul Jean-Claude Delécolle, entomologiste à l'université Louis Pasteur de Strasbourg, continuait en France à étudier ces minuscules moucherons de 1 à 3 mm de long.
On sait qu'« il existe quatre-vingt espèces de culicoïdes en France dont six sont suspectées de transmettre la FCO », précise l'entomologiste. Autrement dit, nous ne savons pas précisément aujourd'hui quel est ou quels sont les culicoïdes responsables de la propagation du sérotype 8 dans l'Hexagone.

Il ne s'agit pas de C. imicola, venu d'Afrique, qui est présent en France uniquement en Corse et dans le Var. Mais s'agit-il de C. obsoletus, de C. scoticus, de C. pulicaris, de C. dewulfi ou de C. nubeculosus ? « Catherine Cêtre-Sossah, virologiste au Cirad, a réussi récemment à extraire du virus de l'espèce C. chiopterus », souligne Jean-Claude Delécolle, faisant de cette espèce un nouveau coupable potentiel. « Compte tenu notamment de l'étendue de la zone infectée en France, rien ne permet de croire qu'une seule espèce soit responsable de la transmission », commente Fabienne Biteau, épidémiologiste au Cirad.
Les culicoïdes présents dans le Nord de l'Europe n'ayant pas posé de problèmes sanitaires jusqu'en 2006, il n'existe pas d'insecticide ayant (en France) une autorisation de mise sur le marché (AMM) avec une indication pour les culicoïdes. « Ce sont des diptères comme les mouches. On se réfère donc aux produits qui ont une AMM pour les mouches », explique Thomas Balenghien. Mais ces préconisations restent empiriques. Les doses d'emploi, la rémanence de l'effet insecticide, l'efficacité globale… n'ont pas encore fait l'objet « d'études précises ».

Jean-Claude Delécolle, entomologiste : « Il existe 80 espèces de culicoïdes en France dont 6 sont suspectées de transmettre la FCO ». (DR)

Jean-Claude Delécolle, entomologiste : « Il existe 80 espèces de culicoïdes en France dont 6 sont suspectées de transmettre la FCO ». (DR)

 

Pas de lutte anti-larvaire

Les préconisations réglementaires s'appuient avant tout sur l'efficacité des pyréthrinoïdes pour lutter contre les mouches et sur les résultats d'expérimentations menées notamment aux États-Unis et en Australie. Mais ces données ne sont pas forcément transposables aux conditions qui prévalent dans le Nord de l'Europe.
Une équipe allemande a certes récemment testé avec succès l'efficacité de deux insecticides pour-on, mais les résultats et les conditions expérimentales ne sont pas décrites dans le détail, ce qui appelle à la prudence dans l'interprétation des résultats. L'absence de connaissances approfondies sur la biologie de certaines espèces de culicoïdes, notamment sur leurs gîtes larvaires, rend impossible une lutte anti-larvaire.

« Les culicoïdes peuvent vivre un mois, voire plus, dans des conditions optimales de température et d'humidité. Une femelle peut pondre en moyenne jusqu'à 250 oeufs par ponte et réaliser cela au maximum quatre fois ». Les femelles pondent dans des biotopes très variés selon les espèces, et « nos connaissances dans ce domaine sont encore très limitées pour certaines espèces actuellement suspectées de pouvoir transmettre le virus », selon Jean-Claude Delécolle.
« Le traitement des animaux reste donc le seul moyen de lutte, tout en sachant que les études scientifiques publiées à l'heure actuelle ne permettent pas d'évaluer précisément l'efficacité des traitements insecticides contre nos espèces européennes, souligne Thomas Balenghien. Un animal traité ne sera pas protégé à 100 %, mais la transmission du virus devrait être moins importante. »

Environ 250 oeufs par ponte

Une enquête sur la désinsectisation menée par la FNGDS, a surtout permis de constater que « la désinsectisation n'a pas été massivement réalisée malgré les obligations réglementaires et les messages d'encouragement, note Joëlle Dop, vétérinaire à la FNGDS. Et dans ces conditions imparfaites de traitement, nous n'avons pas observé de différences significatives entre les animaux traités et les non traités. » Mais une tendance se dégage toutefois à partir de l'expérience de terrain.

Thomas Balenghien, chercheur au Cirad : « Nous ne savons pas encore quelles sont les espèces de culicoïdes qui transmettent le virus. » (DR)

Thomas Balenghien, chercheur au Cirad : « Nous ne savons pas encore quelles sont les espèces de culicoïdes qui transmettent le virus. » (DR)

 

Moins de pression virale

Ainsi, selon Vincent Fournier, directeur du GDS du Pas-de-Calais, l'enquête sur la désinsectisation des animaux menée auprès de 450 éleveurs du département montre que « la pression de la maladie s'est avérée moins élevée dans les cheptels correctement désinsectisés ». L'analyse est la même dans les Ardennes. « Les signes cliniques dans les troupeaux où les éleveurs ont respecté les obligations réglementaires ont été moins marqués », souligne Alain Mayer, vétérinaire dans ce département. « L'application d'un insecticide diminue le nombre de moucherons et donc la pression virale sur les troupeaux. Mais la gravité des signes cliniques dépend également de l'état sanitaire du troupeau. » Et de conclure : « L'éleveur qui fait correctement la désinsectisation de ses animaux soigne son portefeuille ! Par contre, ça n'a aucun intérêt pour son voisin. »

Quoi qu'il en soit, personne ne s'avance aujourd'hui à garantir une efficacité de 100 %. Par ailleurs, la désinsectisation ne peut donner de résultats probants que si l'on respecte le protocole d'utilisation du produit utilisé (dose, quantité, fréquence…).
« La période de rémanence annoncée par le fabricant dépend du produit et de l'espèce cible, mais rien ne prouve que ces préconisations soient extrapolables aux culicoïdes », précise Thomas Balenghien.
Par ailleurs, le niveau de pression virale et l'état sanitaire des troupeaux avant la contamination expliquent certaines observations contradictoires rapportées du terrain.
Les travaux portant sur l'efficacité de la désinsectisation menée par l'EID(2) de Montpellier depuis avril devraient apporter des premiers éléments de réponse « d'ici juin 2008 », selon Bruno Mathieu.

(1) Centre de coopération international en recherche agronomique pour le développement.
(2) Entente interdépartementale pour la démoustication du littoral méditerranéen.

Source Réussir Lait Elevage Mai 2008

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