FNPL : deux jours d’échanges intenses autour de la valeur

Anne Sophie LESAGE

FNPL : deux jours d’échanges intenses autour de la valeur

Ce mercredi et jeudi, avait lieu la 73ème Assemblée générale de la Fédération Nationale des Producteurs de Lait (FNPL), à Langres, en Haute-Marne. Au programme, deux temps forts : une table ronde « tirer les leçons de la crise », ainsi qu’une matinée d’échange avec le Commissaire européen à l’Agriculture, Phil Hogan.

« Quand ca dure plus de 2 ans, est-ce qu’on parle encore de crise ou est-ce qu’on est dans un état permanent ? » s’interroge Marie Thérèse Bonneau, vice-présidente de la FNPL. Une chose est sûre pour Jérémy Decerle, Président des Jeunes Agriculteurs, « les producteurs ont besoin de revenus et de considération. Aujourd’hui, il n’y a ni l’un, ni l’autre. » Le sociologue des mondes agricoles, François Purseigle, relève un malaise chez les producteurs, « il y a une conscientisation que demain les éleveurs peuvent disparaître. » « Jusqu’à maintenant, on avait l’assurance que les enfants allaient reprendre l’exploitation mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. Ca crée un sentiment de perte de contrôle. » Pour le sociologue, ce qui est le plus dur à vivre, c’est que « le malaise touche aujourd’hui les éleveurs qui ont fait les efforts nécessaires. » « Ca ne touche pas des “archaïques“, ça peut toucher toutes les exploitations. » Il faut noter, d’après François Purseigle, que « ces situations d’incertitude traversent toutes les filières. » 

Irlande : des contrats à prix fixes 

Les Irlandais vivent une crise bien différente des français. Depuis 2010, éleveurs et industriels ont contractualisé sur un prix fixe, pour une durée pouvant aller de 1 à 3 ans. Catherine Lascurettes, Irish Farmer’s Association, précise « il faut un accord entre le producteur, le transformateur et le client. » Cette contractualisation ne porte en général que sur une partie des volumes de l’exploitation, mais assure une stabilité de revenus. Ils sont à peu près un tiers de producteurs irlandais à avoir contractualisé à un prix fixe.

Catherine Lascurettes insiste, « on a un intérêt commun. » « En Irlande on appelle ça le point Boucle d’or : le prix idéal. Celui qui permet de couvrir les coûts de production » et à l’acheteur de dégager une marge. Grâce à ces contrats à prix fixes, les éleveurs ont pu être payés 280€/1000L quand les prix étaient à 220€ sur le marché, en juin 2016, au plus fort de la crise en Irlande. En 2014, le revenu moyen d’un producteur de lait irlandais était de 68 000 euros et en 2016, il devrait sensiblement baisser et être proche de 40 000 euros. (Les chiffres officiels ne sont pas encore communiqués)

« Cette crise nous écrase ! »

En présence de Phil Hogan, Commissaire européen à l’Agriculture, Thierry Roquefeuil, Président de la FNPL a indiqué « il ne s’agit pas de nous apitoyer sur notre sort, monsieur le commissaire, mais cette crise est exceptionnelle tant par sa durée que par son intensité. » Le Président de la FNPL insiste « cette crise nous écrase ! » Il précise « le pire pour nous, producteurs de lait, n’est pas la mise en place des quotas laitiers mais la libéralisation des marchés ! » Thierry Roquefeuil s’insurge « ce n’est pas aux seuls producteurs de lait, de porter l’amplitude des cours mondiaux ! »

Phil Hogan a tenté de rassurer les producteurs de lait au sujet des 350 000 tonnes de poudre de lait stockée par la Commission, qui représente 30% de la production annuelle. « Nous veillerons à ne pas perturber le marché. La commission ne vendra pas les stocks tant que le prix n’aura pas atteint un niveau suffisant. »

Le Commissaire européen à l’agriculture a vigoureusement mis en garde les producteurs de lait, contre la sortie de l’Europe. Pour lui, il ne faut pas oublier que « les agriculteurs français sont les principaux bénéficiaires de la Pac. » Avant d’insister « Croyez-vous vraiment que sans la Politique Agricole Commune, vous aurez les mêmes perspectives d’avenir qu’aujourd’hui ? » D’après Phil Hogan, « la politique agricole renationalisée (des britanniques, ndlr) n’assurera pas d’aides aux revenus pour les agriculteurs britanniques après 2020 ! » Le Commissaire européen à l’agriculture a également encouragé les producteurs à continuer de travailler « collectivement. » 

Sur le même sujet

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires