Génétique : La race Normande dans une nouvelle zone de turbulence

Franck Mechekour

La génomique et la concurrence qui s'est accrue entre les entreprises de sélection ont scellé le sort du programme commun de création génétique porté par le GNA. L'activité de ce dernier cessera en janvier 2012.

Où va la race Normande ? La question est légitime à plus d'un titre. En effet, parmi les trois principales races laitières françaises en termes d'effectifs, c'est en Normande que l'érosion de l'activité insémination est la plus marquée.
Selon un audit mené par l'organisme de sélection à l'automne 2010, la race pâtit d'un déficit d'image auprès des éleveurs. Cela n'explique pas tout.
Pour compliquer la situation, la Normande doit faire face à un nouveau défi. La sélection génomique et la concurrence entre les entreprises de sélection ont signé la fin du programme commun de sélection porté par le GNA. La structure cessera toute activité en janvier 2012. « Un audit réalisé par l'Unceia conclut notamment que la génomique permet de trier beaucoup plus en ferme à condition d'investir dans des génotypages. Par ailleurs les perspectives d'indexer en génomiques les caractères évalués en contrôle individuel sur des données d'abattages, la forte baisse du nombre de taureaux à élever en station… font qu'au final, le maintien de la station du GNA avait moins d'intérêt technique et se traduisait par un surcoût économique important », explique Jean Christophe Boittin, chef produit race Normande d'Amélis.
Malgré des divergences de points de vue, tout le monde s'accorde sur au moins deux points. Primo, compte tenu de son effectif, « la race Normande ne peut pas se permettre d'avoir quatre schémas de sélection (Amélis, Créavia, Urcecof et Interselection Normande) », souligne Jérôme Bocquet, responsable schéma Normand de l'Urcécof. « Aucun schéma n'est assez gros pour pouvoir travailler seul », confirme Thierry Nicollas, chef produit Normande de Créavia.
Secundo, le travail de sélection mené sous l'égide du GNA a permis à la race de progresser « sur tous les postes tout en maintenant un certain niveau de variabilité génétique », précise Matthieu Chambrial, responsable création génétique en race Normande du CIA de l'Aigle.

Jusqu'en 2008, avant l'utilisation de la génomique, environ 130 veaux issus du contrôle individuel étaient répartis chaque année entre les 4 unités de sélection Normande. (archives GNA Domfront)

Jusqu'en 2008, avant l'utilisation de la génomique, environ 130 veaux issus du contrôle individuel étaient répartis chaque année entre les 4 unités de sélection Normande. (archives GNA Domfront)

La race ne peut pas conduire quatre schémas de sélection

Est-ce que cette dynamique peut voler en éclats avec la fin du GNA ? Comment en effet ne pas être tenté de faire plus ou moins l'impasse sur la variabilité génétique dans un contexte général devenu plus concurrentiel ? « Toutes les entreprises de sélection sont conscientes qu'il faut continuer à gérer la variabilité génétique », affirme Matthieu Chambrial. Le savoir c'est bien, en tenir compte c'est beaucoup mieux ! « Le risque est que tout le monde veuille avoir son O-Man comme cela s'est passé en Prim'Holstein. La création d'une commission pour la race Normande au sein de l'Unceia va permettre de favoriser le dialogue entre les différentes entreprises de sélection », souligne Thierry Nicollas. En toute logique, ce rôle devrait revenir à terme à l'organisme de sélection dont la direction vient d'être confiée à Alberic Valais.
De nouvelles alliances se créent. Ainsi Créavia et l'Urcecof viennent de conclure un accord de partenariat portant sur la création génétique et la diffusion.
Une connexion entre entreprises de sélection permet également une diffusion des taureaux génomiques (450 IAP par taureaux) dans les élevages quelle que soit leur situation géographique. Il s'agit de confirmer le plus rapidement possible sur descendances les index génomiques des taureaux. Par contre, l'avenir du fond commun de semences tel qu'il est organisé actuellement semble plus que compromis à terme. « Si toutes les entreprises proposent des taureaux génomiques avec des pedigrees et des profils semblables, le fond commun de semences n'aura plus lieu d'être », précise Matthieu Chambrial.

Accord de partenariat entre Créavia et l'Urcecof

« Le fond commun avec de la semence de taureaux polygéniques va encore durer deux à trois ans », précise cependant Thierry Nicollas.
La Normande aborde une nouvelle phase importante de son histoire. Espérons pour tous les passionnés de la race que ce nouveau virage sera abordé avec des projets porteurs.

Source Réussir Lait Mars 2011

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