Gestion : Des exploitations difficiles à reprendre par les jeunes

Amélie Villette

Malgré la crise, les transmissions d'exploitations se poursuivent, avec des structures en transit de plus en plus grandes, et des seuils de rentabilité de plus en plus hauts.

« Les installations en élevage laitier se font sur des fermes de plus en plus grandes. Il y a moins de dix ans, on voyait encore des jeunes reprendre des fermes avec 250 000 litres de quota. Aujourd'hui c'est plutôt 400 000 et, en dessous, il s'agit plus souvent d'aller agrandir une autre exploitation que de rester siège principal. » Ce sont les observations formulées par Bernard Charlotin, de Quatuor Transactions, une agence immobilière spécialisée dans les transactions d'exploitations agricoles dans l'Ouest de la France. Près des trois quarts de leurs transactions concernent des élevages laitiers.
Les deux tiers de leurs acquéreurs ont moins de 40 ans, et 50 % s'installent. Il y a aussi beaucoup de réinstallations (25 %), d'éleveurs venant du Nord de la France, depuis la Haute Normandie jusqu'à la Belgique, là où la pression sur l'agriculture est forte et les prix élevés. « On assiste au développement d'une forme de nomadisme agricole, où les agriculteurs n'hésitent pas a changer de ferme, de région pour se développer », commente Bernard Charlotin. Les derniers 25 % sont des exploitants qui veulent s'agrandir et recherchent des terres seules ou avec un petit atelier de production. La fin prévue des quotas, la volonté d'amortir la mise aux normes sont autant d'incitations à acquérir des terres pour augmenter le volume de production.

Quant aux cédants, 70 % ont plus de 50 ans. Dans 58 % des cas c'est un départ à la retraite qui provoque la vente. 20 % changent d'activité, 8 % invoquent des problèmes familiaux et personnels et 8 % des difficultés financières. Enfin 6 % se réinstallent.
Malgré la conjoncture, les acquéreurs potentiels ne manquent pas et sont plus nombreux que les cédants, même si leur nombre stagne un peu depuis six mois sous l'effet de la crise du lait. Mais les doutes sur la rentabilité financière rendent les négociations de plus en plus serrées, les études de financement de plus en plus longues. Les reprises se font toujours, au moins partiellement, par financement bancaire et ce sont les banques qui ont le dernier mot. La forte baisse des revenus provoque un resserrement des seuils de rentabilité pris en compte par ces dernières.

Les exploitations à reprendre ont été agrandies, modernisées, mises aux normes et valent donc de plus en plus cher. (A. Conté)

Les exploitations à reprendre ont été agrandies, modernisées, mises aux normes et valent donc de plus en plus cher. (A. Conté)

 

Les seuils de rentabilité pour les reprises se resserrent

Cependant, la valeur des exploitations continue à progresser car elles sont de taille croissante et ont toutes réalisé des investissements récents de mise aux normes. Ainsi, chez Quatuor, les prix sont généralement compris entre 300 000 et 700 000 €. Elles sont donc très difficiles à reprendre par des jeunes qui peuvent rarement s'appuyer sur un autofinancement important.

Source Réussir Lait Juin 2010

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