Hanns-Christoph Eiden : Les paiements directs sont pour l'Allemagne le point central »

Propos recueillis par Annick Conté

Hanns-Christoph Eiden, directeur des affaires européennes et internationales du ministère de l'Agriculture allemand, nous explique la vision de l'Allemagne sur la PAC après 2013.

Les aides directes sont-elles pour l'Allemagne très importantes ?

Hanns-Christoph Eiden - « Oui, elles sont pour nous le point central du premier pilier : elles doivent être le principal instrument de soutien des agriculteurs. Car elles assurent une partie stable à leur revenu quand les prix fluctuent, et garantissent le respect des règles en matière de protection de l'environnement, de bien-être animal, de qualité des produits. Il s'agit donc aussi d'une remunération des biens publics « produits » par l'agriculteur.
Pour l'Allemagne, les mesures de soutien des marchés, qui sont elles aussi financées par le premier pilier, doivent se limiter aux crises exceptionnelles et très graves. Nous sommes aussi très réservés vis-à-vis des nouveaux outils comme les systèmes d'assurance public, car pour les financer, il faudrait réduire les paiements directs. Pour nous, ce n'est pas la façon la plus efficace de dépenser les fonds publics, alors que vraisemblablement l'Europe aura moins d'argent pour l'agriculture. L'approche de l'Allemagne pour le budget communautaire est de rester là où nous en sommes, c'est-à-dire à 1 % du revenu national brut des États membres ; le débat sur la part allouée à l'agriculture sera musclé.

Hanns-Christoph Eiden. « Il est crucial que les deux pays trouvent un accord pour faciliter l'aboutissement d'un compromis général. » (DR)

Hanns-Christoph Eiden. « Il est crucial que les deux pays trouvent un accord pour faciliter l'aboutissement d'un compromis général. » (DR)

Le découplage total doit-il être la règle ?

H.-C. E. - « Oui, le découplage doit être considéré comme le principe de base des paiements directs pour l'après-2013, ce qui n'exclue toutefois pas des exceptions limitées. La PAC doit assurer un niveau de sécurité générale avec les aides directes mais laisser aux agriculteurs la responsabilité de s'adapter au marché en choisissant de s'orienter vers telle ou telle production. Nous ne voulons plus intervenir dans leurs décisions. L'Allemagne a déjà fait une part du chemin. En 2013, dans chacun des seize Länder, les paiements directs seront versés sous la forme d'une aide à l'hectare homogène : il n'y aura plus de référence à des aides historiques, et aucune différence ne sera faite entre les cultures et les prairies. »

Comment envisagez-vous le rééquilibrage des aides entre États membres ?

H.-C. E. - « Nous n'envisageons pas la mise en place d'une aide unique par hectare car les conditions de production (prix de la terre, coût salarial…) et les niveaux de développement des économies nationales seront encore très différents en 2013. Quelques États (Pays baltes, Roumanie…) ont un niveau très bas de paiement direct ; on pourrait imaginer d'établir un seuil minimal pour ces États en réduisant les paiements directs de tous ceux qui sont au-dessus de la moyenne. Un tel seuil minimal pourrait augmenter entre 2014 et 2020. Il pourrait se situer autour de 150 €/ha, ce qui se traduirait pour l'Allemagne par une baisse de 7 %(1). »

Souhaitez-vous une forte hausse du 2e pilier ?

H.-C. E. - « Le 2e pilier est important pour répondre aux exigences nouvelles (climat, environnement…) avec des contrats spécifiques et co-financés par les États membres. Mais il ne sert à rien de demander une forte hausse du second pilier si les États n'ont pas la capacité d'en assurer le co-financement. Or même en Allemagne, les Länder ont de plus en plus de mal à le financer. »

L'Allemagne est-elle favorable à une évolution du droit de la concurrence ?

H.-C. E. - « Nous soutenons les approches qui permettent de renforcer le pouvoir des producteurs et de s'organiser en groupements. Mais nous sommes opposés à toute obligation venue » d'en haut « Et nous voulons que le marché unique européen puisse fonctionner correctement. »

(1) NDLR : un peu moins pour la France.

Source Réussir Lait Mai 2010

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