Isabelle Veissier*, Inra de Theix : Mieux faire appliquer la réglementation sur le bien-être animal

Propos recueillis par Costie Pruilh

l'issue de la troisième réunion du groupe 3 des Rencontres animal et société, Isabelle Veissier, chercheuse à l'Inra de Theix, dresse une synthèse des discussions.

Ces Rencontres vont-elles déboucher sur plus de réglementation pour le bien-être animal ?

Notre groupe a abordé les conditions d'élevage et de transport, et parlé des animaux
utilisés dans les spectacles. Ce qui ressort de ces rencontres, ce n'est pas plus de
réglementation. C'est avant tout mieux faire comprendre et appliquer ce qui existe déjà, et
traiter les flous réglementaires.
Si les éleveurs s'inquiètent de l'évolution future de la réglementation sur le bien-être animal,
ils peuvent s'inspirer de l'agriculture biologique, en avance sur ce thème.
On sait aussi qu'on ira vers plus de liberté (suppression de l'attache), plus d'élevage en
groupe, vers la limitation des interventions de convenance comme l'écornage, peut-être une
obligation de sortir au pâturage pour les bovins.





Isabelle Veissier : « Le règlement européen sur le transport des animaux est trop complexe. Nous avons proposé qu'il soit clarifié. » (DR)

Isabelle Veissier : « Le règlement européen sur le transport des animaux est trop complexe. Nous avons proposé qu'il soit clarifié. » (DR)

Que ressort-il des propositions des différents collèges (2) ?

Il y a eu consensus sur l'importance d'informer les acteurs de l'élevage sur la
réglementation, entre autres via l'enseignement. Une réflexion est d'ailleurs en cours à la
direction de l'enseignement.
Nous avons discuté de l'information des consommateurs, et de la question d'un label bien-
être à apposer sur les produits. Nous sommes d'accord pour dire que ce n'est pas un label
bien-être qu'il faudrait, mais intégrer le bien-être animal dans les labels existants. Car il y a
déjà beaucoup de labels et d'informations sur les produits, et que le consommateur estime
qu'un label qualité doit intégrer tous les éléments de la qualité, donc le bien-être.
Il faut aussi soutenir la recherche, pour qu'elle aboutisse à des références techniques.
Enfin, nous avons souligné l'intérêt de mettre en place des groupes de travail. Un groupe
permanent d'experts scientifiques pourrait aider le ministère lors de l'élaboration des
règlements, et pour les décliner ensuite en références pratiques, qui permettraient de mieux
appliquer la réglementation. Nous avons aussi proposé des groupes de travail, réunissant
des associations de protection animale et des acteurs des filières de l'élevage, qui
réfléchiraient à l'élaboration de bonnes pratiques en élevage. Le ministère pourrait ensuite
avaliser ce travail.




Que s'est-il dit à propos du transport ?

Sur le transport, il y a eu consensus entre les différents collèges pour dire que le règlement
européen est trop complexe, et qu'il est du coup très difficile à appliquer et à contrôler.
Nous avons donc proposé qu'il soit simplifié et clarifié. Par exemple, le concept de
transportabilité est flou et mérite d'être précisé. Comment faut-il procéder si l'animal est
considéré comme non transportable ? S'il faut l'euthanasier, le règlement n'est pas clair sur
les modalités pratiques. Certains ont proposé que les techniciens puissent être formés pour
pouvoir le faire.
Un guide pratique pourrait être rédigé par un groupe associant, par exemple, l'Institut de
l'élevage et des associations de protection des animaux, puis visé par le ministère.



Et sur les conditions d'élevage ?

Les discussions sur les conditions d'élevage ont surtout concernés les porcs et les poules
pondeuses. Le traitement de la douleur en élevage a été abordé, en particulier pour
l'écornage des bovins. Il est souhaité que les éleveurs puissent réaliser eux-mêmes des
traitements qui limiteraient la douleur.
Des recommandations, un guide des bonnes pratiques d'écornage, serait très utile, à
l'image des recommandations émises par le ministère de l'Agriculture britannique.
Nous étions tous d'accord pour condamner les cas flagrants de maltraitance. Il existe des
règlements, mais le groupe a pointé un problème d'organisation qui empêche d'intervenir
rapidement. Il faudrait avoir une procédure, et déterminer qui paye le soin aux animaux
récupérés. Ces dérives sont essentiellement rencontrées chez des éleveurs en grande
difficulté. Il est souhaité que des cellules de surveillance et d'aide aux éleveurs en difficulté
soient mises en place ou réactivées.


(1) chercheuse à l'Inra de Theix, dans le domaine du bien-être animal. Elle fait partie du collège
scientifique du groupe 3 des Rencontres animal et société.

(2) acteurs de la filière, scientifiques, associations de protection.

Source Réussir Lait Elevage Juin 2008

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