Jacques Leblanc, consultant pour le Cniel* : Combiner des prix négociés et une couverture à terme

Propos recueillis par Bernard Griffoul

Jacques Leblanc, consultant pour le Cniel* : Combiner des prix négociés et une couverture à terme

Les marchés à terme pourraient être une piste pour amortir les fluctuations de prix des produits industriels. En couvrant les surplus de production « prévisibles. »

En quoi les marchés à terme peuvent-ils venir au secours des produits laitiers menacés par la volatilité des prix ?

Le résultat d'une opération à terme compense l'écart subi par l'entreprise sur le marché physique. Il ne l'annule pas. En cas de baisse, on a bien un manque à gagner sur la vente du physique, mais en même temps on a un profit sur le contrat à terme qui compense la perte sur le contrat physique. L'arbitrage en couverture d'actif protège contre une évolution défavorable des prix mais, en revanche, elle prive d'une évolution favorable des cours.

Comment fonctionnent les contrats de couverture à terme ?

Il existe deux familles de contrats à terme : les contrats sur marchés organisés et les contrats de gré à gré. Sur un marché organisé, les contrats sont standardisés (seul le prix est négocié), alors que dans un contrat de gré à gré, les deux parties sont libres de fixer les paramètres selon leur convenance. Les contrats sur marchés organisés peuvent être négociés à tout moment pendant leur durée de vie pour maximiser le profit. C'est l'activité de trading. Mais je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée pour l'industrie laitière de se lancer dans ce type d'opération parce que ça demande un vrai savoir-faire. De toute manière, dans le cas du lait, on vendra le contrat à son échéance, et pour cela il n'y a pas besoin de traders. Le seul but de l'entreprise est de couvrir le prix de son stock ou sa production à venir et non pas de maximiser le profit sur les contrats à terme.

De quelle manière le secteur laitier pourrait-il utiliser ces contrats ?

La couverture directe du prix du lait au producteur, comme aux États-Unis, semble mal adaptée au contexte français. De plus, en France, 70 à 80 % du lait est utilisé pour les PGC (produits de grande consommation) pour lesquels les transformateurs nous disent qu'ils ont une certaine maîtrise de leur prix de vente. Nous travaillons sur un système combinant des prix entièrement négociés pour les PGC avec une couverture à terme pour les produits pour lesquels les transformateurs subissent les prix du marché (beurre, poudre, lactosérum).
Comment ce double système de prix pourrait-il être mis en oeuvre ?
Le producteur ne peut pas s'engager à produire la quantité de lait nécessaire pour fabriquer les PGC sans s'exposer à produire plus. Ce surplus de lait comporte des excédents saisonniers relativement prévisibles, des surplus aléatoires liés aux conditions météorologiques et sanitaires, et des surplus délibérés de la part de producteurs dont les coûts de production marginaux le permettent.

Nous avons donc trois catégories de lait : celui qui est nécessaire au PGC ; les surplus saisonniers et les surplus délibérés que je regroupe sous le nom de surplus prévisibles, auxquels il faut rajouter les coproduits du lait utilisés pour fabriquer les PGC, par exemple le lactosérum ou la matière grasse ; et enfin les surplus aléatoires, imprévisibles. Les marchés à terme peuvent s'appliquer à la catégorie intermédiaire des surplus prévisibles. Le transformateur peut donc s'engager un an à l'avance sur le prix auquel il va acheter le lait nécessaire pour les PGC, parce qu'il aura négocié avec la grande distribution un prix de vente de ces produits, et sur tout ce qui est couvert par les marchés à terme car, en fonction de la quantité que l'éleveur va annoncer, il pourra prendre une couverture. Pour les surplus imprévisibles, le transformateur écoulerait le lait dans les meilleures conditions possibles et reverserait au producteur le produit de la vente diminué des frais de collecte. Mais, attention, pour un éleveur s'engager sur une quantité n'est pas un acte à prendre à la légère. S'il n'arrive pas à tenir son engagement, il devra acheter la différence sur le marché.

* Jacques Leblanc, expert des matières premières, a été sollicité par le Cniel pour son expertise dans les marchés à terme agricoles et pétroliers. Il a été chargé d'étudier l'intérêt des marchés à terme pour les produits laitiers afin de faire avancer l'idée de contractualisation.

Source Réussir Lait Elevage Juillet-Août 2009

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